mercredi 26 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2401838 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | DHIB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 juin 2024, M. B A, représenté par Me Dhib, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 13 mai 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de ces décisions ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var de tirer les conséquences d'une telle suspension au titre de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- l'arrêté attaqué le place dans une situation de précarité ; en effet, alors qu'il est titulaire d'un contrat à durée indéterminée en qualité de chauffeur-livreur, il risque de ne plus pouvoir travailler et subvenir aux besoins de sa famille ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de l'acte :
S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est privée de base légale par voie d'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour pendant un an :
- elle est dépourvue de base légale à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête, enregistrée le 11 juin 2024 sous le n° 2401827, tendant à l'annulation de l'arrêté en litige.
Vu :
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Bernabeu, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 juin 2024 :
- le rapport de Mme Bernabeu, juge des référés ;
- et les observations de Me Pacarin substituant Me Dhib pour M. A, qui confirme ses moyens, tout en précisant que l'intéressé ayant fait l'objet d'un refus de renouvellement de titre de séjour, la présomption d'urgence doit être retenue ; s'agissant du doute sérieux quant à la légalité de l'acte, il insiste tout particulièrement sur le défaut de saisine de la commission du titre de séjour qui l'a privé d'une garantie et sur l'absence de menace à l'ordre public, compte tenu de la double circonstance que le requérant a toujours été présent en France en situation régulière et qu'il est parfaitement intégré à la société française, étant père d'un enfant français et disposant d'un contrat de travail à durée indéterminée ;
- le préfet du Var n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience à 14 heures 20, en application des dispositions de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Un mémoire en défense, présenté par le préfet du Var, a été enregistré le 25 juin 2024 à 14 heures 31, postérieurement à l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien, né le 20 juin 1992 à Mahdia en Tunisie, demande au juge des référés de suspendre l'exécution de l'arrêté du 13 mai 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.
Sur les conclusions aux fins de suspension dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français :
2. L'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que le dépôt, dans le délai de recours, d'une requête en annulation contre un arrêté refusant la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français suspend l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, la décision fixant le pays à destination duquel l'intéressé pourra être reconduit et celle portant interdiction de retour sur le territoire français.
4. Le dépôt de la requête de M. A, enregistrée sous le n° 2401827 le 11 juin 2024, tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Var du 13 mai 2024 a eu pour effet de suspendre l'exécution de l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français et, par voie de conséquence, l'exécution de l'interdiction de retour sur le territoire français, qui en découle. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de ces décisions sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins de suspension dirigées contre la décision de refus de séjour :
5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ces effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
6. Les dispositions, précitées au point 2, de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient que le recours devant le juge administratif a un effet suspensif sur la seule obligation de quitter le territoire français, n'ont ni pour objet ni pour effet de priver le requérant de la possibilité de présenter une demande de suspension à l'encontre de la décision de refus de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour dans les conditions énoncées aux articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative.
7. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
8. En outre, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : / 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire ; () ". Aux termes de l'article L. 411-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : () 4° Une carte de séjour pluriannuelle () ".
9. Il est constant que M. A, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle en qualité de " salarié " expirant le 11 décembre 2023, n'a déposé sa demande de renouvellement de ce titre de séjour que le 18 décembre 2023, postérieurement à la durée de validité de ce titre. Il résulte des dispositions précitées au point 8 que sa demande ne peut être qualifiée de demande de renouvellement de titre de séjour mais doit être regardée comme une première demande. Ainsi, l'intéressé ne se trouve pas dans l'hypothèse d'un refus de renouvellement d'un titre de séjour, lui permettant de prétendre à la présomption d'urgence bénéficiant aux ressortissants étrangers auxquels est opposé un refus de renouvellement ou un retrait de titre de séjour en cours de validité. M. A fait valoir qu'il est actuellement employé en contrat à durée indéterminée et que l'arrêté critiqué compromet gravement ses perspectives professionnelles et le place dans un situation de grande précarité financière. Toutefois, l'intéressé ne justifie pas que son employeur lui aurait opposé sa situation administrative et suspendu son contrat de travail, alors même que l'arrêté litigieux a été pris il y a plus d'un mois à la date de la présente ordonnance. Dans ces conditions, et alors que la requête n° 2401827 par laquelle il sera statué au fond sur l'arrêté litigieux est inscrite au rôle d'une audience devant se tenir le 2 septembre 2024, l'existence d'une situation d'urgence justifiant que le juge des référés fasse usage, à très brève échéance, des pouvoirs qu'il tient des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas, en l'état du dossier, caractérisée.
10. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus de séjour, il y a lieu de rejeter la requête de M. A, en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet du Var.
Fait à Toulon, le 26 juin 2024.
La vice-présidente désignée,
Juge des référés
Signé
M. BERNABEU
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
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