mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2401840 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 juin 2024, M. B A, représenté par Me Dhib, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 18 mai 2024 par lequel le préfet du Var a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour.
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'urgence :
Elle est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- En l'absence de production de l'arrêté de délégation de signature, l'autorité, auteur de l'acte litigieux, est réputée incompétente ;
- La motivation de l'arrêté contesté fait défaut au point d'entacher sa légalité ;
- Le Préfet a refusé cette demande de renouvellement sans que la commission du titre de séjour n'ait été préalablement saisie pour avis. Ce défaut de de convocation rend ainsi la procédure irrégulière
- Il n'est pas possible d'affirmer sérieusement qu'il représenterait un trouble à l'ordre public. En conséquence, le Préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
- Il est manifeste qu'eu égard à la durée de présence en France, à la stabilité et l'intensité de son installation, la décision prise est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle porte atteinte, de façon disproportionnée, au respect de sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 juin 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le numéro 2401845 par laquelle le requérant demande l'annulation de l'arrêté attaqué.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Harang, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique ont été entendus :
- le rapport de M. Harang,
- les observations de Me Dhib, pour le requérant qui a repris les conclusions et moyens de la requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 dudit code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Enfin, le premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code prévoit que : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
2. M. B A, de nationalité turque, est entré en France en 2007. Il a obtenu une carte de résident valable du 12 décembre 2014 au 11 décembre 2023. Le 3 janvier 2024, il a sollicité des services de la préfecture le renouvellement de son titre de séjour. Par l'arrêté incriminé du 13 mai 2024, le préfet du Var a rejeté sa demande en invoquant une menace pour l'ordre public, sur le fondement de l'article L.432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
3. D'une part, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour. Il ne résulte de l'instruction aucune circonstance de nature à faire échec à la présomption d'urgence, qui doit être regardée comme remplie.
4. D'autre part, les moyens tirés de ce que le préfet du Var a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas saisi la commission du titre de séjour apparaissent, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Il en résulte que M. A est fondé à en demander la suspension.
5. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la requête tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 18 mai 2024 par lequel le préfet du Var a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de M. B A, est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet du Var.
Fait à Toulon, le 19 juin 2024.
Le juge des référés,
signé
Ph. Harang
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
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