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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2401853

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2401853

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2401853
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre - Juge Unique

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juin 2024, M. A B, représenté par Me Lagardère, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 mai 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et a procédé à son signalement au système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet du Var de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée et méconnaît ainsi les dispositions de l'article L.

613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-

- un retour en Turquie l'exposerait à des risques graves de persécutions et de traitements inhumains et dégradants.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elle est insuffisamment motivée et justifiée au regard des dispositions de l'article L.

612-10 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier. Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Toulon a désigné M. Martin pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 à L. 614-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aux articles L. 776-1 et L. 776-2, R. 776-1 à

R. 776-34 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martin ;

- les observations de Me Lagardère pour M. B.

Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turc, est entré irrégulièrement en France le 20 février 2023. Sa demande d'asile a été rejetée le 5 septembre 2023 par le directeur général de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et le 4 mars 2024 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 29 mai 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français de retour d'une durée d'un an.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

1.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Ces considérations sont suffisamment développées pour permettre à

M. B de comprendre et de discuter les motifs de cette décision et pour le juge d'exercer son contrôle. Ainsi, l'arrêté en litige rappelle notamment les conditions d'entrée en France de l'intéressé ainsi que sa situation actuelle. Cet arrêté justifie également la décision au regard des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegardes des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces éléments témoignent qu'un examen particulier a été porté sur la situation de M. B. Dès lors, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen particulier de la situation du requérant doivent être écartés.

4. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

5. M. B, dont au demeurant la demande d'asile a été rejetée d'abord, par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis, par la Cour nationale du droit d'asile, ne produit aucun élément de nature à établir qu'il serait exposé personnellement à un risque actuel de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Enfin la circonstance que l'intéressé bénéficie actuellement d'un suivi psychologique en France et que son diplôme turc en philosophie ait été reconnu comparable à diplôme européen est sans incidence sur la régularité de la décision attaquée. M. B n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que le préfet du Var aurait méconnu les dispositions précitées ou aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour et le signalement aux fins de non admission dans le système Schengen :

6. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

7. Il résulte des dispositions précitée qu'une décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte

1.

que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit, par ailleurs, faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

8. Il ressort des termes de l'arrêté litigieux que pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français l'encontre M. B, le préfet du Var s'est fondé sur " les circonstances propres au cas d'espèce ". Pour justifier la durée de l'interdiction de retour, le préfet a relevé qu'une interdiction de retour d'une durée d'un an n'apparait disproportionnée au regard de la situation privée et familiale du requérant. Il convient toutefois de relever qu'en l'espèce, le préfet a bien visé l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a rappelé au sein de l'arrêté attaqué la date et les conditions d'entrée en France du requérant ainsi que sa situation familiale actuelle. Par ailleurs, le préfet n'avait pas à se référer dans la motivation de sa décision à une précédente mesure d'éloignement qui n'existe pas. Il n'avait pas davantage à étudier le critère de la menace à l'ordre public dès lors qu'il ne soutient nullement que l'intéressé représenterait une telle menace. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, en fait et en droit, de la décision en litige doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 mai 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par

M. B n'appelle aucune mesure d'exécution. Pas conséquent, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante.

1.

D E C I D E:

Article 1er : M. B est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

J. MARTIN

La greffière,

Signé

I. REZOUG

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, P/La greffière en chef,

La greffière,

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