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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2401871

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2401871

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2401871
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a rejeté la requête de M. A, ressortissant tunisien, contestant l'arrêté préfectoral du 13 mai 2024 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et prononçant une interdiction de retour de cinq ans. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, l'insuffisance de motivation, la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, et l'erreur manifeste d'appréciation concernant la menace pour l'ordre public. La solution retenue confirme la légalité des décisions préfectorales fondées sur les articles L. 412-5 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juin 2024, M. B A, représenté par Me Lestrade, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 mai 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai et a prononcé une interdiction de retour d'une durée de cinq ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer un titre de séjour ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant cet examen.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente à défaut de délégation de signature ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;

- elle n'a pas été prise au regard d'un examen personnel de sa situation au regard de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sa durée de présence en France, et du fait qu'il travaille et prépare un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) ;

- elle est entachée d'atteinte au principe de présomption d'innocence, d'erreur de fait, d'erreur manifeste d'appréciation et d'absence d'étude approfondie de son dossier pour estimer que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public au sens de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente à défaut de délégation de signature ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard du principe de présomption d'innocence, du principe d'égalité devant la loi et de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;

- elle porte atteinte à sa vie privée au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte au principe de présomption d'innocence ;

- elle méconnaît son droit au séjour au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention franco-tunisienne ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle a été signée par une autorité incompétente à défaut de délégation de signature ;

- elle est insuffisamment motivée ;

S'agissant de l'interdiction de retour d'une durée de cinq ans :

- elle a été signée par une autorité incompétente à défaut de délégation de signature ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle porte atteinte à sa vie privée au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- sa durée est excessive.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 septembre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Cros a été entendu au cours de l'audience publique du 16 septembre 2024 lors de laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 22 janvier 2005, déclare être entré en France le 17 juin 2021, alors qu'il était donc mineur âgé de seize ans, sans toutefois justifier de cette date ni de la régularité de son entrée, reconnaissant au contraire qu'il ne détenait aucun visa. Après avoir été interpelé et placé en retenue administrative pour vérification du droit au séjour le 5 octobre 2023, il a déposé le 29 novembre suivant une première demande de carte de séjour temporaire sur le fondement des dispositions relatives à l'admission exceptionnelle au séjour de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 13 mai 2024, le préfet du Var a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, a assorti son refus d'une obligation de quitter sans délai le territoire français en fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai et a prononcé une interdiction de retour pendant une durée de cinq ans. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté attaqué : " () le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence () ". Selon l'article R. 613-1 de ce code : " L'autorité administrative compétente pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français est le préfet de département () ".

3. L'arrêté attaqué a été signé par M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var et sous-préfet de l'arrondissement de Toulon. Par un arrêté n° 2024/14/MCI du 12 avril 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture qui est d'ailleurs librement consultable sur le site internet de celle-ci, le préfet du Var avait donné délégation à M. C pour signer notamment tous actes, décisions et arrêtés en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait pour l'ensemble des décisions en litige.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques () ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ". Selon l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté attaqué : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ". Le 3° de l'article L. 611-1 de ce code vise le cas où " l'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ". Enfin, selon l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus () du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

5. L'arrêté attaqué, pris en ses différentes décisions, mentionne les dispositions applicables à la situation de M. A et précise suffisamment les éléments de fait relatifs à la vie privée et familiale de l'intéressé, sur lesquels le préfet du Var s'est fondé pour rejeter sa demande de titre de séjour, l'obliger à quitter sans délai le territoire français, fixer le pays de destination et prononcer une interdiction de retour pendant cinq ans. Dès lors, cet arrêté est suffisamment motivé et n'est pas entaché d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant. Contrairement à ce que soutient ce dernier, le préfet du Var n'était pas tenu de motiver spécialement l'arrêté au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni des stipulations de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, dès lors qu'il a estimé que la présence en France de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public faisant obstacle à la délivrance d'un titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 412-5 du même code. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté à l'égard de toutes les décisions contestées.

En ce qui concerne les moyens propres au refus de titre de séjour :

6. Pour rejeter la demande de carte de séjour temporaire présentée par M. A, le préfet du Var s'est fondé sur un unique motif tiré de ce que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public dès lors qu'il s'est fait défavorablement connaître des services de police et de gendarmerie pour être l'auteur de recel de bien provenant d'un vol en réunion (le 17 septembre 2021), de port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D (le 27 décembre 2021), de violence commise en réunion suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours (le 7 mai 2022), de viol commis sur un mineur de quinze ans (le 30 mai 2022) et de violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours (le 31 mai 2022).

7. En premier lieu, aux termes du I de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale : " Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, aux articles L. 114-1, L. 114-2, L. 211-11-1, L. 234-1 et L. 234-2 du code de la sécurité intérieure et à l'article L. 4123-9-1 du code de la défense, les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : / () 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code ". Aux termes de l'article 17-1 de la loi du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité : " Il est procédé à la consultation prévue à l'article L. 234-1 du code de la sécurité intérieure pour l'instruction des demandes () de délivrance () des titres relatifs () au séjour des étrangers () ". L'article L. 234-1 du code de la sécurité intérieure vise " la consultation des traitements automatisés de données à caractère personnel mentionnés à l'article 230-6 du code de procédure pénale, y compris pour les données portant sur des procédures judiciaires en cours, dans la stricte mesure exigée par la protection de la sécurité des personnes et la défense des intérêts fondamentaux de la Nation ". Enfin, l'article 230-6 du code de procédure pénale dispose que : " Afin de faciliter la constatation des infractions à la loi pénale, le rassemblement des preuves de ces infractions et la recherche de leurs auteurs, les services de la police nationale et de la gendarmerie nationale peuvent mettre en œuvre des traitements automatisés de données à caractère personnel recueillies : / 1° Au cours des enquêtes préliminaires ou de flagrance ou des investigations exécutées sur commission rogatoire et concernant tout crime ou délit ainsi que les contraventions de la cinquième classe sanctionnant : / a) Un trouble à la sécurité ou à la tranquillité publiques ; / b) Une atteinte aux personnes, aux biens ou à l'autorité de l'Etat ; / 2° Au cours des procédures de recherche des causes de la mort mentionnées à l'article 74 ou de recherche des causes d'une disparition mentionnées à l'article 74-1. / Ces traitements ont également pour objet l'exploitation des informations recueillies à des fins de recherches statistiques ".

8. M. A soutient que la décision de refus de séjour en litige, qui est motivée par de simples signalements d'infraction pour caractériser la menace à l'ordre public, a été prise au terme d'une procédure irrégulière au regard des dispositions précitées du 5° du I de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, dès lors que le préfet du Var n'a pas saisi, avant de prendre cette décision, les services de la police nationale ou les unités de la gendarmerie nationale compétents pour complément d'information, ni le ou les procureurs de la République compétents pour demande d'information sur les suites judiciaires. Toutefois, l'article R. 40-29 du code de procédure pénale relève d'une rubrique consacrée, parmi les différents fichiers de police judiciaire, au traitement d'antécédents judiciaires (TAJ). Au cas présent, l'arrêté attaqué ne fait aucune référence au TAJ et le préfet du Var indique dans son mémoire en défense, sans être contredit, que les infractions mentionnées dans cet arrêté sont issues de la consultation, non pas du TAJ, mais du fichier automatisé des empreintes digitales (FAED). Le préfet joint, à l'appui de son mémoire, le résultat des recherches effectuées dans le FAED concernant M. A, dont il résulte que les infractions signalées dans ce fichier correspondent à celles qui sont mentionnées dans l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, la décision de refus de séjour en litige doit être regardée comme fondée sur la consultation du FAED et non du TAJ. Or, le FAED est régi par une rubrique du code de procédure pénale qui est distincte de celle applicable au TAJ. Dès lors, le moyen tiré de la violation des dispositions du 5° du I de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, qui sont propres au TAJ et qui ne sont donc pas applicables en l'espèce, est inopérant.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance () de la carte de séjour temporaire () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que, par deux jugements des 13 juin 2022 et 16 février 2023, le tribunal pour enfants du tribunal judiciaire de Toulon a reconnu coupable et condamné M. A à une peine de 35 heures de travail d'intérêt général pour des faits de violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique, suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, commis le 31 mai 2022 alors qu'il était âgé de 17 ans. En outre, M. A reconnaît dans sa demande de titre de séjour avoir fait l'objet d'une seconde condamnation pénale pour des faits de port d'arme, là encore commis lorsqu'il était mineur, pour lesquels il indique avoir reçu un avertissement. En l'absence d'autre précision, ces faits doivent être regardés comme correspondant, parmi les infractions mentionnées dans l'arrêté attaqué, à celle commise le 27 décembre 2021, tenant au port sans motif légitime d'une arme blanche ou incapacitante de catégorie D. Enfin, le requérant ne conteste pas la matérialité des trois autres infractions mentionnées dans l'arrêté attaqué, pour lesquelles il est défavorablement connu des services de police et de gendarmerie, à savoir recel de bien provenant d'un vol en réunion, violence commise en réunion suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et, enfin, viol commis sur un mineur de quinze ans, respectivement commises les 17 septembre 2021, 7 mai 2022 et 30 mai 2022. S'agissant par ailleurs de son insertion dans la société française, si M. A soutient travailler et préparer un CAP, il n'apporte aucune précision ni pièce justificative à l'appui de ses allégations, hormis ses propres déclarations dans sa demande de titre de séjour, deux bulletins de salaire isolés de septembre et octobre 2023 pour un emploi d'apprenti dans une exploitation agricole située à Ollioules et deux attestations établies en novembre 2023 par un membre de cette exploitation. De plus, il ressort du procès-verbal de police du 5 octobre 2023 que M. A a déclaré ne pas avoir de domicile fixe et " travailler au noir pour manger ", sans faire aucune allusion à une quelconque formation. Dans ces conditions, compte tenu, d'une part, de la nature, de la gravité, de la répétition et du caractère récent des infractions précitées, alors même qu'elles ont été commises lorsque M. A était âgé de 16 ou 17 ans et, d'autre part, du défaut d'insertion sociale et professionnelle de l'intéressé, le préfet du Var n'a pas, en l'état du dossier soumis au tribunal, commis d'erreur de fait ni d'erreur d'appréciation en estimant que la présence du requérant sur le territoire français constituait une menace pour l'ordre public, faisant obstacle à la délivrance d'un titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En troisième lieu, le principe de présomption d'innocence, consacré notamment par les stipulations du 2 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne faisait pas obstacle à ce que le préfet du Var prenne en compte les faits mentionnés au point précédent pour apprécier l'existence d'une menace pour l'ordre public, alors même que ces faits n'ont pas tous donné lieu à une condamnation pénale.

12. En dernier lieu, dès lors que le préfet du Var a estimé, légalement ainsi qu'il a été dit ci-dessus, que la présence de M. A en France constituait une menace pour l'ordre public, cette circonstance faisait légalement obstacle à la délivrance de la carte de séjour temporaire sollicitée, en application de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le requérant ne peut utilement reprocher au préfet de ne pas avoir examiné sa situation au regard de l'article L. 435-3 du même code ou de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, dont il ne précise d'ailleurs pas quelles stipulations seraient en cause.

13. Par conséquent, les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, le moyen tiré de la violation des dispositions du 5° du I de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, dont le requérant fait valoir qu'elles doivent s'appliquer aux décisions d'obligation de quitter le territoire français en vertu du principe d'égalité devant la loi, doit, en tout état de cause, être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés ci-dessus concernant la décision de refus de titre de séjour. Il en va de même pour les moyens tirés de l'atteinte au principe de présomption d'innocence et du prétendu droit au séjour de l'intéressé sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988.

15. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

16. Il ressort des pièces du dossier que l'entrée de M. A sur le territoire français n'est pas établie avant le 17 septembre 2021, date de son premier signalement au fichier automatisé des empreintes digitales pour l'infraction de recel de bien provenant d'un vol en réunion. Le requérant est célibataire et sans enfant. Il n'établit aucune insertion sociale ni professionnelle en France. Il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, la Tunisie, où il a passé l'essentiel de sa vie jusqu'à l'âge de 16 ans et où résident, selon ses propres déclarations dans le procès-verbal d'audition du 5 octobre 2023, ses parents et ses frères et sœurs avec lesquels il est en contact par internet. Dans ces conditions, la décision litigieuse ne porte pas au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

17. Il s'ensuit que les conclusions de M. A dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne les moyens propres à l'interdiction de retour :

18. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté attaqué : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ".

19. Si M. A affirme qu'il travaille, qu'il suit une formation, qu'il a été placé à l'aide sociale à l'enfance et que la durée de cinq ans de l'interdiction de retour est excessive, il n'apporte aucune précision à l'appui de ses allégations qui ne peuvent, par suite, qu'être écartées. En tout état de cause, compte tenu de ce qui a été dit au point 10 concernant la menace pour l'ordre public que représente l'intéressé, la durée de cinq ans retenue par le préfet n'est pas disproportionnée.

20. En second lieu, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 16.

21. Il suit de là que les conclusions à fin d'annulation de la décision d'interdiction de retour pendant une durée de cinq ans doivent également être rejetées.

22. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

23. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par conséquent, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

M. Cros, premier conseiller,

M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

F. CROS

La présidente,

Signé

M. BERNABEU

La greffière,

Signé

G. BODIGER

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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