lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2401872 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 juin 2024, et un mémoire, enregistré le 10 septembre 2024, Mme C B épouse A, représentée par Me Bochnakian, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 mai 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de lui renouveler son certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, un certificat de résidence algérien portant la mention " commerçant/artisan " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le préfet a commis une erreur de droit en se fondant sur les dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il aurait dû statuer sur sa demande au regard des stipulations de l'article 7 c) de l'accord franco-algérien ;
- dans cette hypothèse, à l'occasion d'une première demande d'un certificat de résidence sur ce fondement, le préfet n'avait pas à vérifier, d'une part, la viabilité et l'effectivité de son activité économique et d'autre part, la condition tendant à ce qu'elle justifie de moyens d'existence suffisants.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leur famille ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martin,
- et les observations de Me Bochnakian pour Mme B épouse A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B épouse A, ressortissante algérienne, a bénéficié de la délivrance de plusieurs certificats de résidence portant la mention " étudiant " dont le dernier arrivait à expiration le 29 décembre 2022. Par une demande du 13 octobre 2022, l'intéressée a demandé le renouvellement de son droit au séjour avec un changement de statut en vue d'obtenir un certificat de résidence portant la mention " commerçant/artisan ". Par un arrêté du 15 mai 2024, le préfet du Var a refusé de lui renouveler son certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme B épouse A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis. () ". Aux termes de l'article 7 de cet accord : " a) Les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent après le contrôle médical d'usage un certificat valable un an renouvelable et portant la mention " visiteur " ; () c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité ".
3. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que pour refuser d'admettre au séjour Mme B épouse A, le préfet du Var s'est fondé sur l'application combinée, d'une part, des stipulations du a) de l'article 7 de l'accord franco-algérien et, d'autre part, des dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en relevant que l'intéressée ne justifiait ni de moyens d'existence suffisants ni d'une activité économique non-salariée viable.
4. Il ressort des pièces du dossier que la requérante exerce depuis 2022 une activité de livraison de repas à domicile en vélo, aide à domicile et garde d'enfants de plus de 3 ans, immatriculée au registre du commerce et des sociétés le 29 septembre 2022 sous le nom commercial " Th Speed Service ".
5. En premier lieu, dès lors que l'activité exercée par Mme B épouse A est une activité économique soumise à immatriculation au registre du commerce et des sociétés, cette activité doit être considérée comme une activité soumise à autorisation au sens de l'article 7 c) de l'accord franco-algérien. Or, la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement du c) du 7 de l'accord franco-algérien n'est pas conditionnée par la circonstance que l'étranger justifie de moyens d'existence suffisants.
6. En deuxième lieu, s'il appartient à l'administration, dans le cadre de l'instruction d'une demande de renouvellement d'un certificat de résidence accordé sur le fondement de l'article 5 de l'accord franco-algérien pour une activité professionnelle autre que salariée, de vérifier le caractère effectif de l'activité commerciale dont se prévaut le pétitionnaire, elle ne peut en revanche pas procéder à une telle vérification dans le cas d'une première demande, mais seulement apprécier la réalité du projet professionnel.
7. En dernier lieu, le préfet oppose dans ses écritures en défense que l'intéressée ne pouvait pas démarrer son activité professionnelle avant l'obtention de son certificat de résidence. Toutefois, dès lors que le certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " autorise à travailler à hauteur de 60 % de la durée de travail annuelle, et que le critère de la nature de l'activité professionnelle pouvant être occupée par un étudiant n'est pas précisé, Mme B épouse A a pu légalement, sous couvert d'un statut " étudiant ", créer son entreprise en tant qu'auto-entrepreneur. Par suite, à supposer que le préfet ait entendu se prévaloir d'une substitution de motif, le nouveau motif ainsi exposé n'est pas davantage de nature à justifier légalement la décision contestée.
8. Il résulte de ce qui précède que le préfet du Var a entaché sa décision d'erreur de droit. Par suite, Mme B épouse A est fondée à demander l'annulation de la décision de refus de séjour contestée, ainsi que par voie de conséquence, celles portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, qui sont dépourvues de base légale.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
9. Eu égard au motif d'annulation de l'arrêté attaqué, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Var de délivrer à la requérante un certificat de résidence algérien portant la mention " commerçant/artisan " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B épouse A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 15 mai 2024 par lequel le préfet du Var a rejeté la demande de renouvellement de certificat de résidence algérien de Mme B épouse A, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de délivrer à la requérante un certificat de résidence algérien portant la mention " commerçant/artisan " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme B épouse A une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B épouse A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 16 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Bernabeu, présidente,
- M. Cros, premier conseiller,
- M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. MARTIN
La présidente,
Signé
M. BERNABEULa greffière,
Signé
G. BODIGER
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
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