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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2401873

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2401873

lundi 17 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2401873
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif a désigné Mme Duran-Gottschalk, première conseillère, pour statuer sur les demandes présentées sur le fondement de l'article L. 779-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 juin 2024 :

- le rapport de Mme Duran-Gottschalk, magistrat désigné,

- les observations de Me Candon, qui a pris connaissance de la pièces n° 5 annoncée dans le mémoire en défense et non produite, a persisté dans ses écritures, a précisé renoncer au moyen tiré du caractère non exécutoire de l'arrêté du 1er mars 2024 du maire de La Garde, et a soulevé le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté,

- les observations de M. B, représentant le préfet du Var.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique en application des dispositions de l'article R. 779-5 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Selon l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 : " I.- Le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er peut, par arrêté, interdire en dehors de ces aires et terrains le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées au même article 1er, dès lors que l'une des conditions suivantes est remplie : 1° L'établissement public de coopération intercommunale a satisfait aux obligations qui lui incombent en application de l'article 2 () II.- En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I ou au I bis, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. Elle est notifiée aux occupants et publiée sous forme d'affichage en mairie et sur les lieux. Le cas échéant, elle est notifiée au propriétaire ou titulaire du droit d'usage du terrain. "

2. En premier lieu, la mise en demeure litigieuse a été signée par Mme D, directrice de cabinet du préfet, qui bénéficiait, par arrêté du 12 avril 2024, publié le même jour au recueil des actes de la préfecture du Var, d'une délégation à fin de signer tous actes et décisions dans les domaines relevant des attributions de la direction des sécurités. Si les requérants soutiennent qu'il n'est pas démontré que la compétence en matière d'accueil des gens du voyage relève de la direction des sécurités, il ressort de l'arrêté du 21 août 2023 du préfet du Var portant organisation de la préfecture, accessible depuis le site internet de la préfecture du Var, que la gestion de l'accueil des gens du voyage, et notamment les mises en demeure de quitter les lieux, relève de la direction des sécurités. Le moyen soulevé manque donc en fait.

3. En deuxième lieu, lorsqu'une commune inscrite au schéma départemental est dotée d'une aire d'accueil ou est membre d'un groupement de commune compétent pour la mise en œuvre du schéma départemental, le préfet ne peut mettre en œuvre la procédure prévue à l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 que si un arrêté interdisant le stationnement des résidences mobiles a auparavant été pris par le maire. Si les obligations d'une commune en matière de réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage ont été transférées à un établissement public de coopération intercommunal à fiscalité propre, il appartient alors soit au président de cet établissement public, soit au maire de la commune en cause lorsqu'il s'est opposé au transfert de ses pouvoirs de police en la matière, de prendre l'arrêté interdisant le stationnement des résidences mobiles et de saisir le préfet d'une demande tendant à ce qu'il mette en demeure les intéressés d'évacuer les lieux.

4. La légalité de l'arrêté de mise en demeure litigieuse prise sur le fondement du II de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 est subordonnée à celle de l'arrêté du maire de La Garde, en date du 1er mars 2024, interdisant le stationnement des résidences mobiles des gens du voyage sur l'ensemble du territoire communal, sur le fondement des dispositions du I de l'article 9 de la même loi.

5. Les requérants soutiennent d'une part que cet arrêté du maire du 1er mars 2024 a été signé par un adjoint ne bénéficiant d'aucune délégation de signature. Or, l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales dispose que : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal ", et l'arrêté du maire du 1er mars 2024 vise un autre arrêté municipal n° ARR-2022/0657 du 8 novembre 2022 portant délégation de fonctions à cet adjoint, dont la légalité n'est pas contestée. Dans ces conditions, le moyen invoqué manque en fait.

6. Les requérants soutiennent d'autre part que l'arrêté du maire est également illégal car toutes les obligations prescrites par l'article 1er de la loi du 5 juillet 2000 et par le schéma départemental d'accueil des gens du voyage du Var n'ont pas été satisfaites car d'une part, il n'existe aucune aire de 4 hectares nécessaires pour accueillir les groupes de 200 caravanes et la dérogation accordée par le préfet en ce qui concerne les aires de 4 hectares n'a été édictée que postérieurement à l'arrêté du maire et d'autre part, l'aire située à La Garde dénommé " la Chaberte " est occupée par des familles sédentarisées.

7. En ce qui concerne l'absence d'une aire de 4 hectares, il ressort des pièces du dossier que le préfet a accordé au président de Toulon Provence Méditerranée une dérogation sur ce point, par arrêté du 15 mars 2024, en application de l'article 1er du décret du 5 mars 2019 relatif aux aires de grand passage, qui dispose que " la surface d'une aire de grand passage est d'au moins 4 hectares. Le préfet, après avis du président du conseil départemental, peut y déroger pour tenir compte des disponibilités foncières, des spécificités topographiques ou des besoins particuliers définis par le schéma départemental. " La circonstance que cette dérogation soit postérieure à l'arrêté du maire du 1er mars 2024 ne rend pas ce dernier illégal, dès lors que le schéma départemental d'accueil et d'habitat des gens du voyage prescrit la réalisation de deux aires d'accueil et d'une aire de grand passage, qui ont été mises en place, et que la dérogation ne concerne que la surface de l'aire et non son existence même. Il ne peut donc être soutenu que la commune n'aurait pas satisfait à ses obligations découlant du schéma départemental précité.

8. En ce qui concerne l'aire dénommée " la Chaberte ", située sur la commune de La Garde, qui est utilisée de façon pérenne par des familles sédentarisées, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait été identifiée par le schéma départemental d'accueil et d'habitat des gens du voyage comme devant être libérée pour accueillir les communautés itinérantes, même si le schéma préconise que ces familles sédentarisées soient relogées. Les requérants ne sont dons pas fondés à soutenir que les obligations prescrites par le schéma départemental n'auraient pas été respectées.

9. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'arrêté du maire de La Garde du 1er mars 2024 doit être écarté.

10. En troisième lieu, les services de la police nationale ont constaté par procès-verbal du 11 juin 2024, après l'installation de la communauté des gens du voyage sur le terrain appartenant au département, notamment que les eaux usées étaient déversées dans la nature, que les fils électriques raccordés aux compteurs d'électricité traversent des champs d'herbes sèches, que les containers poubelles étaient déjà emplis de déchets. L'existence de risques d'atteinte à la salubrité et à la sécurité publiques est dès lors démontrée, nonobstant la production par les requérants de photographies, insuffisamment probantes.

11. En quatrième et dernier lieu, le 3ème alinéa du II de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 prévoit que la mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. Par suite, en prescrivant un délai de 24 heures pour quitter les lieux, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

12. Il s'ensuit que la requête de M. C et autres doit être rejetée, y compris leurs conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2024.

Le magistrat désigné, La greffière,

SignéSigné

K. DURAN-GOTTSCHALK C. PICARD

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

N° 2401873

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