lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2401925 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 juin 2024, M. A B, représenté par Me Bochnakian, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l'arrêté attaqué méconnaît le droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 septembre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 septembre 2024 :
- le rapport de M. Cros ;
- et les observations de Me Bochnakian pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né le 5 octobre 1987, allègue être entré en France le 1er janvier 2018 sans justifier de cette date ni de la régularité de son entrée. Après avoir épousé le 29 mars 2019 à Cavalaire-sur-Mer une ressortissante française née le 14 novembre 1972, il a sollicité un titre de séjour en qualité de conjoint de Français. Par un arrêté du 26 novembre 2020, le sous-préfet de Draguignan a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. L'intéressé, qui ne conteste pas s'être soustrait à l'exécution de cette mesure d'éloignement, s'est maintenu de manière irrégulière sur le territoire. Afin de régulariser sa situation, il a présenté le 3 octobre 2022 une nouvelle demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 16 mai 2024, le préfet du Var a refusé cette délivrance et assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. B réside sur le territoire français depuis au moins le 28 juin 2018 et qu'il a épousé à Cavalaire-sur-Mer une ressortissante française le 29 mars 2019. Il produit des pièces nombreuses et diverses, telles que documents médicaux, courriers de l'assurance-maladie, demande d'ouverture et relevés de livret A, convention de compte bancaire commun, factures et relevés de consommation d'électricité, contrat de travail, bulletins de salaires, attestations de paiement de la caisse d'allocations familiales du Var et demande de logement locatif social, qui mentionnent toutes la même adresse commune des époux à Cavalaire-sur-Mer depuis l'année 2018, adresse à laquelle vit également le fils de l'épouse du requérant, né le 29 avril 2005 d'une précédente union. Le préfet du Var n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause la réalité et la continuité de la vie commune de M. B et de son épouse. En particulier, ces derniers ont signé le 6 mai 2024 une déclaration commune de revenus au titre de l'année 2022 rectifiant leurs déclarations séparées qui avaient donné lieu à deux avis d'imposition distincts sur les revenus 2022. Dès lors, le requérant justifie d'une communauté de vie ininterrompue avec son épouse depuis cinq ans et un mois à la date de l'arrêté attaqué. La circonstance que le couple n'a pas eu d'enfant en commun est indifférente à cet égard. Par ailleurs, M. B, qui produit un contrat à durée indéterminée en qualité de manœuvre dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, conclu avec effet au 11 octobre 2022 soit depuis un an et sept mois à la date de l'arrêté attaqué, justifie d'une insertion professionnelle et de revenus. Dans ces conditions, quand bien même M. B ne soutient pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, le préfet du Var a porté au droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels le refus de séjour a été pris.
4. Il résulte de ce qui précède que la décision de refus de titre de séjour en litige doit être annulée, de même que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
5. L'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement que le préfet du Var délivre à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de procéder à cette délivrance dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 16 mai 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 16 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente,
M. Cros, premier conseiller,
M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
F. CROS
La présidente,
Signé
M. BERNABEU
La greffière,
Signé
G. BODIGER
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
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