vendredi 21 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2401936 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 juin 2024, M. B A, représenté par Me Bochnakian, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 13 mai 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, en application de l'article L. 911-3 du même code ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur le doute sérieux quant à la légalité de l'acte :
- l'administration ne cite à aucun moment dans l'arrêté critiqué les dispositions spécifiques de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce qui atteste du défaut d'examen particulier de sa demande de titre de séjour ;
- elle a omis de solliciter, en violation des dispositions précitées, l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ;
- l'arrêté litigieux ne comporte pas les motifs pour lesquels le préfet a écarté la présomption de validité de l'acte d'état civil qui établit son identité ; le préfet se borne à faire référence à des avis défavorables de la police aux frontières sans s'en approprier les motifs ; son identité est justifiée par la production de deux actes de naissance qui ont été légalisés :
- la décision de refus de séjour procède d'une erreur d'appréciation sur l'atteinte portée à sa vie privée et familiale et il peut revendiquer l'application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur l'urgence :
- en tant que jeune majeur confié à l'aide sociale à l'enfance et bénéficiant d'un placement provisoire depuis le 22 septembre 2020, il est actuellement employé par la société EB Restauration dans le cadre d'un contrat d'apprentissage ;
- l'arrêté critiqué prévoit dans son article 2 l'abrogation de son récépissé et donc de son autorisation de travail, ce qui compromet gravement ses perspectives professionnelles puisque l'employeur va être contraint d'arrêter le contrat de travail et, par voie de conséquence, son apprentissage.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête, enregistrée le 12 juin 2024 sous le n° 2301856, tendant à l'annulation de l'arrêté en litige.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Bernabeu, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". L'article L. 522-3 du même code permet au juge des référés de rejeter par une ordonnance motivée, sans mener de procédure contradictoire et sans audience, une demande en référé notamment lorsqu'elle ne présente pas un caractère d'urgence. Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
2. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
3. M. B A, né le 30 novembre 2004 à Mandi Bahauddin (Pakistan), de nationalité pakistanaise, est entré irrégulièrement en France le 22 septembre 2020. Il a fait l'objet d'une ordonnance de placement provisoire d'un mineur en danger du parquet près le tribunal judiciaire de Grasse du 22 septembre 2020, puis, d'un jugement en assistance éducative du 29 juin 2021. Il a ensuite bénéficié de plusieurs contrats d'accompagnement à l'autonomie au profit des mineurs émancipés et des majeurs âgés de moins de 21 ans jusqu'en avril 2024. Il a sollicité son admission au séjour le 28 octobre 2022. Par arrêté du 13 mai 2024, le préfet du Var a toutefois refusé de lui délivrer un titre de séjour, décision dont la suspension est demandée dans la présente instance.
4. M. A soutient pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre la décision contestée que cette dernière le place en situation irrégulière pour la première fois depuis son entrée en France alors qu'il était mineur et pris en charge par l'aide sociale à l'enfance. Toutefois, la double circonstance que M. A, mineur jusqu'au 29 novembre 2022, pouvait jusqu'à cette date résider en France sans être titulaire d'un titre de séjour et qu'il a déposé sa première demande de titre de séjour avant même l'acquisition de sa majorité, n'est pas de nature à faire regarder sa situation comme identique à celle d'un étranger auquel est opposé un refus de renouvellement de son titre de séjour. La décision en litige refusant la délivrance d'un premier titre de séjour, la condition d'urgence ne peut être regardée comme nécessairement remplie. M. A fait valoir qu'il est actuellement employé par la société EB Restauration dans le cadre d'un contrat d'apprentissage et que l'arrêté critiqué prévoit dans son article 2 l'abrogation de son récépissé et donc de son autorisation de travail, ce qui compromet gravement ses perspectives professionnelles. Toutefois, l'intéressé ne justifie pas que son employeur lui ait opposé sa situation administrative et suspendu son contrat de travail, alors même que l'arrêté litigieux a été pris il y a plus d'un mois à la date de la présente ordonnance. Dans ces conditions, l'existence d'une situation d'urgence justifiant que le juge des référés fasse usage des pouvoirs qu'il tient des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas, en l'état du dossier, caractérisée. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus de séjour contestée, il y a lieu de rejeter la requête de l'intéressé, en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 précité du même code.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet du Var.
Fait à Toulon, le 21 juin 2024.
La vice-présidente désignée,
Signé
M. BERNABEU
La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
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