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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2401946

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2401946

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2401946
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a rejeté la requête de M. B, ressortissant tunisien, qui contestait le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet du Var. Le tribunal a jugé que le requérant ne justifiait pas, à la date de la décision, suivre depuis au moins six mois une formation professionnelle, condition requise par l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour l'admission exceptionnelle au séjour des anciens mineurs confiés à l'aide sociale à l'enfance. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions a été écarté, de même que celui fondé sur l'article L. 435-1 du même code, le préfet n'étant pas tenu d'examiner d'office cette autre base légale. La décision de refus de séjour n'étant pas illégale, l'obligation de quitter le territoire français a été maintenue.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juin 2024, M. C B, représenté par Me Marlinge, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 mars 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " ou à défaut, un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- en toute hypothèse, le préfet pouvait faire application des dispositions de l'article L. 435-1 du même code, dont il remplit également les conditions ;

- par voie de conséquence, la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur de droit et, à tout le moins, d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la mesure d'éloignement est illégale à raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 septembre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision du 3 septembre 2024, M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bernabeu a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 23 novembre 2005 à Medjez El Bab (Tunisie), qui déclare être entré sur le territoire français en octobre 2022, a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance le 13 octobre 2022. Il a présenté une demande de titre de séjour le 17 janvier 2024 au titre des dispositions de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 20 mars 2024, le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

3. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de "salarié" ou "travailleur temporaire", présentée sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

4. Il ressort des pièces du dossier qu'ainsi qu'il a été dit, M. B a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance à compter du 13 octobre 2022. Il a conclu, en vue de l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) de peintre applicateur de revêtements au centre de formation des apprentis (CFA) du bâtiment situé à Marseille, un contrat d'apprentissage avec la société Jabri Peinture située à Toulon à compter du 12 octobre 2023. Ainsi, à la date à laquelle la décision contestée a été prise, soit le 20 mars 2024, M. B ne justifiait pas suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle. Par suite, en estimant que les conditions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étaient pas remplies, au motif de la durée insuffisante de sa formation professionnalisante, le préfet du Var n'a entaché ni d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation le refus de délivrance de titre de séjour qu'il lui a opposé sur le fondement des dispositions précitées.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. M. B, célibataire et sans charge de famille, ne fait pas état de liens personnels ou familiaux particulièrement intenses, anciens et stables en France de nature à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels. En outre, il ressort du rapport d'insertion du 24 octobre 2023 établi par l'association départementale de sauvegarde de l'enfance, de l'adolescence et des adultes en difficulté du Var, que M. B a conservé des liens avec sa famille demeurant en Tunisie, notamment sa sœur qui lui a fait parvenir son livret de famille pour des démarches entreprises auprès du consulat de ce pays. Enfin, les seules circonstances qu'il a entrepris une formation professionnelle dans le secteur du bâtiment et qu'il donne satisfaction à son employeur ne sauraient suffire à établir que son admission au séjour répondait à des considérations humanitaires ou se justifiait au regard de motifs exceptionnels à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le préfet du Var n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit ou d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

8. Par conséquent, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour et de la mesure d'éloignement prises à son encontre ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

9. Par voie de conséquence, doivent être rejetées ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant au remboursement à son avocat des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Marlinge et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bernabeu, présidente-rapporteure,

- M. A et M. D, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

M. BERNABEUL'assesseur le plus ancien,

Signé

F. A

La greffière,

Signé

G. BODIGER

La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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