jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2401968 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 juin 2024, M. B A, représenté par Me Chaussade, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 mai 2024 par lequel le préfet du Var a refusé le renouvellement de sa carte de résident, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'illégalité dès lors qu'il n'a jamais été convoqué devant une commission de titre de séjour ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il a transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux ;
- la décision méconnait les dispositions de l'article L 631-2 du code de l'entrée du séjour et du droit d'asile dès lors qu'il réside en France depuis plus de 30 ans, qu'il justifie d'une intégration dans la société française et qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré au greffe le 28 août 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que le moyen de la requête n'est pas fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Karbal.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant pakistanais né le 1er janvier 1950, était titulaire de trois cartes de résident de dix ans valables du 14 février 1994 au 13 février 2004, puis du 14 février 2004 au 13 février 2014 et du 14 février 2014 au 13 février 2024. Le 19 décembre 2023, M. A a sollicité le renouvellement de sa carte de résident. Par un arrêté du 28 août 2024, le préfet du Var a refusé de renouveler sa carte de résident, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de résident d'un étranger qui a quitté le territoire français et a résidé à l'étranger pendant une période de plus de trois ans consécutifs est périmée, de même que la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE" accordée par la France lorsque son titulaire a résidé en dehors du territoire des Etats membres de l'Union européenne pendant une période de plus de trois ans consécutifs. / La période mentionnée au premier alinéa peut être prolongée si l'intéressé en a fait la demande avant son départ de France ou pendant son séjour à l'étranger. / En outre, est périmée la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE" accordée par la France lorsque son titulaire a, depuis sa délivrance, acquis ce statut dans un autre Etat membre de l'Union européenne, ou lorsqu'il a résidé en dehors du territoire national pendant une période de six ans consécutifs. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 432-3 de ce même code : " Sans préjudice des dispositions des articles R. 421-36, R. 421-37, R. 421-40 et R. 424-4, le titre de séjour est retiré dans les cas suivants : / () 6° L'étranger titulaire d'une carte de résident s'est absenté du territoire français pendant une période de plus de trois ans consécutifs sans que cette période ait fait l'objet d'une autorisation de prolongation ; / 7° L'étranger titulaire d'une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " accordée par la France a résidé en dehors du territoire des Etats membres de l'Union européenne pendant une période de plus de trois ans consécutifs sans que cette période ait fait l'objet d'une autorisation de prolongation, ou a résidé en dehors du territoire français pendant une période de plus de six ans consécutifs, ou a acquis le statut de résident de longue durée-UE dans un autre Etat membre de l'Union européenne ; / 8° L'étranger titulaire d'une carte de résident est condamné pour avoir commis sur un mineur de quinze ans l'infraction définie à l'article 222-9 du code pénal ou s'être rendu complice de celle-ci. ".
4. Pour refuser le renouvellement de la carte de résident sollicité par M. A, le préfet du Var s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé avait séjourné hors du territoire français pendant plus de trois années consécutives, entre le 13 août 2019 et le 5 novembre 2023.
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A a déclaré avoir séjourné en dehors de la France pour des raisons personnelles en août 2019. S'il soutient qu'il n'a pu revenir plus tôt, en raison de la pandémie liée à la Covid 19, il ne conteste pas avoir quitté le territoire français dès 2019. Dès lors, M. A n'établit pas que la durée de son absence du territoire national aurait été inférieure à trois ans à la date de la décision en litige. Par suite, et au regard des dispositions précitées de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Var a pu, sans entacher sa décision d'erreur d'appréciation, refuser de faire droit à la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. A.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'État ". L'article L. 110-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que ce code régit l'entrée, le séjour et l'éloignement des étrangers en France, sous réserve du droit de l'Union européenne et des conventions internationales.
7. Le moyen tiré de ce que le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour préalablement à sa décision, en application du second alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'en tout état de cause, être écarté, dès lors que M A ne justifie pas résider habituellement en France depuis plus de dix ans, le préfet du Var n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de prendre le refus de séjour litigieux. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Si M. A, âgé de soixante-quatorze ans à la date de la décision attaquée, soutient être entré en France en 1990 et y avoir travaillé dès 1991 jusqu'à son départ en retraite en 2005 et se prévaut, par ailleurs, d'avoir transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, il ne justifie aucunement avoir l'essentiel de ses liens personnels et familiaux en France. De plus, il n'établit pas être dépourvu de toute attache privée ou familiale dans son pays d'origine. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français ne peut être regardée comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette mesure a été prise. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
10. En dernier lieu, la mesure portant obligation de quitter le territoire qui a été opposée par le préfet du Var a été prononcée en application des dispositions de l'article L 611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le requérant ne saurait se prévaloir des dispositions de l'article L 631-2 du code précité et le moyen tiré de ce que l'intéressé est protégé contre une mesure d'expulsion est inopérant.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
12. Compte tenu de ses motifs, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par M. A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Harang, président,
M. Zouhaïr Karbal, conseiller,
Mme Mathilde Montalieu, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
Z. KARBAL
Le président,
Signé
Ph. HARANG
La greffière,
Signé
A. CAILLEAUX
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
N°2401968
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026