jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2402023 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 juin 2024, M. A B, représenté par
Me Bochnakian, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2024 par lequel le préfet du Var a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jours de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- le préfet a entaché sa décision d'une erreur de fait concernant la date de son entrée en France ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie d'une communauté de vie effective avec sa conjointe de nationalité française ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il conteste chacun des moyens invoqués.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Karbal,
- et les observations de Me Bochnakian, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien, né le 21 novembre 1987, déclare être entré en France le 16 août 2021 et ne plus avoir quitté le territoire depuis lors. Le 1er juillet 2023, le requérant a contracté mariage avec une ressortissante française à Toulon. Le 29 janvier 2024,
M. B a demandé un titre de séjour en sa qualité de conjoint de français. Par un arrêté du 10 juin 2024, le préfet du Var a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ".
3. Aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a déposé une demande de titre de séjour le 29 janvier 2024 en vue de se voir délivrer une carte de résident de 10 ans en sa qualité de conjoint de français. Pour rejeter sa demande, le préfet du Var a examiné sa situation au regard des stipulations de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié, mais également au regard des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles sont applicables aux ressortissants tunisiens en application des dispositions de l'article 7 quater dudit accord.
5. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française à M. B, le préfet du Var s'est fondé sur le motif tiré de l'absence d'entrée régulière sur le territoire français en retenant que le requérant a déclaré être entré en Espagne le
16 août 2021, et qu'à l'appui de sa demande de titre de séjour, il a produit un passeport vierge de tout tampon et un billet d'avion qui ne mentionne pas l'année.
6. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la copie de son passeport, que le requérant s'est vu délivrer par les autorités espagnoles en Tunisie, un visa Schengen valable du 18 août 2021 au 15 novembre 2021 à entrées multiples pour une durée de trente jours. En outre, ce passeport est revêtu d'un tampon d'entrée indiquant une entrée à Barcelone le 16 septembre 2021, et non le 16 août 2021 comme indiqué dans l'arrêté litigieux. Enfin, la copie du " boarding pass " indique que le requérant, dès le lendemain, a embarqué pour un vol à destination de Nice le
17 septembre 2021 à 17h40. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être accueilli.
7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour, que cette dernière doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. D'une part, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".
9. D'autre part, aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
10. Eu égard au motif retenu entachant d'illégalité l'arrêté du préfet du Var du 10 juin 2024, le présent jugement implique nécessairement que le préfet du Var procède au réexamen de la situation de M. B. Il y a lieu, en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Var d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire au séjour dans un délai de quinze jours. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 10 juin 2024 par lequel le préfet du Var a rejeté la demande de titre de séjour de M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de procéder au réexamen de la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans un délai de quinze jours, une autorisation provisoire de séjour pendant la durée de ce réexamen.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Harang, président,
M. Zouhaïr Karbal, conseiller,
Mme Mathilde Montalieu, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
Z. KARBAL
Le président,
Signé
Ph. HARANG
La greffière,
Signé
A. CAILLEAUX
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
N° 2302582402023
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