vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2402093 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 juin 2024, la société de gestion immobilière Agathos, représentée par Me Vicquenault, demande au tribunal sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Raphaël, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-3 du code de justice administrative, de dresser un procès-verbal de constat d'infraction des travaux réalisés sur la parcelle cadastrée BH 555, sur un terrain sis boulevard de la Baumette, quartier d'Agay 83700 Saint-Raphaël, et d'en transmettre immédiatement copie au procureur de la République ;
2°) d'assortir cette mesure d'une astreinte de 300 euros par jour de retard à compter du prononcé de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat ou de tout succombant une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société de gestion immobilière Agathos soutient que :
-la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse, dès lors que la construction n'a fait l'objet d'aucune autorisation d'urbanisme et qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L.421-1 du code de l'urbanisme ;
-la construction méconnaît la règle d'emprise au sol du plan local d'urbanisme, dès lors qu'elle est située en zone UDc où l'emprise au sol des constructions ne doit pas excéder 10% de la surface du terrain et qu'elle n'est pas régularisable ;
-la construction méconnaît les dispositions de l'article 3.4 du plan local d'urbanisme qui prévoit que les constructions doivent être implantées au moins à 6 mètres des limites séparatives, alors que la construction litigieuse est implantée contre la limite des parcelles cadastrées BH 554 et 557 ;
-la construction litigieuse méconnaît les dispositions de l'article UD4 du plan local d'urbanisme relatif à la qualité architecturale des constructions ;
- la condition d'urgence est remplie au sens de l'article L.521-3 du code de justice administrative, compte tenu que les faits sont constitutifs d'une infraction pénale et troublent l'ordre public, qu'ils portent des atteintes importantes aux droits de la requérante, qui a à subir les conséquences d'une construction qui méconnait les règles d'emprise au sol, de recul par rapport aux limites de propriété, et de qualité urbaine architecturale et environnementale du PLU, que la construction litigieuse est réalisée au bord d'une plage, sur un site particulièrement remarquable, et à proximité des biens loués de l'ensemble immobilier AGATHOS ;
- la mesure sollicitée est utile, dès lors qu'elle ne dispose pas d'autre moyen de droit pour contraindre la commune de Saint-Raphaël à faire usage de ses pouvoirs de police en matière d'urbanisme ;
- la mesure ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
La requête a été communiqué à la commune de Saint-Raphaël et au préfet du Var qui n'ont pas produit d'observations en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Sauton, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision. " et aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
2. Saisi sur ce fondement d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.
3. Il résulte de l'instruction que la société requérante, titulaire d'un bail à construction portant sur un ensemble immobilier situé dans le quartier d'Agay, sur le territoire de la commune de Saint-Raphaël, a constaté qu'une construction à destination de restaurant/bar avait été réalisée sur la parcelle cadastrée BH 555 contiguë, et ce, sans affichage d'autorisation d'urbanisme. L'intéressée a sollicité la commune de Saint-Raphaël afin que lui soit transmis l'ensemble des autorisations d'urbanisme déposées sur ladite parcelle, en vain. Par ailleurs, la requérante a constaté à compter du mois de mai 2024 qu'une nouvelle construction à destination de restaurant/bar, dénommé " La Favouille ", était en cours de réalisation sur cette même parcelle. Par un courrier en date du 20 mai 2024, la société de gestion immobilière Agathos a de nouveau sollicité la commune de Saint-Raphaël afin que lui soit transmise l'autorisation d'urbanisme, où à défaut de dresser un procès-verbal d'infraction aux règles d'urbanisme, en vain. Par la présente requête, la société de gestion immobilière Agathos demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Raphaël de dresser procès-verbal des infractions au code de l'urbanisme et de transmettre le procès-verbal au procureur de la République.
4. Aux termes des dispositions de l'article L.421-1 du code de l'urbanisme : " Les constructions, même ne comportant pas de fondations, doivent être précédées de la délivrance d'un permis de construire. () ". Aux termes de l'article L. 480-1 du même code : " Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'Etat et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. Les infractions mentionnées à l'article L. 480-4 peuvent être constatées par les agents commissionnés à cet effet par l'autorité administrative compétente et assermentés lorsqu'elles affectent des immeubles soumis aux dispositions législatives du code du patrimoine relatives aux monuments historiques, aux abords des monuments historiques ou aux sites patrimoniaux remarquables ou aux dispositions législatives du code de l'environnement relatives aux sites et qu'elles consistent soit dans le défaut de permis de construire, soit dans la non-conformité de la construction ou des travaux au permis de construire accordé. () Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal. Copie du procès-verbal constatant une infraction est transmise sans délai au ministère public.(). Aux termes de l'article L. 480-4 du même code : " Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 et L. 421-5-3 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable est puni d'une amende comprise entre 1 200 euros et un montant qui ne peut excéder, soit, dans le cas de construction d'une surface de plancher, une somme égale à 6 000 euros par mètre carré de surface construite, démolie ou rendue inutilisable au sens de l'article L. 430-2, soit, dans les autres cas, un montant de 300 000 euros. En cas de récidive, outre la peine d'amende ainsi définie un emprisonnement de six mois pourra être prononcé. Les peines prévues à l'alinéa précédent peuvent être prononcées contre les utilisateurs du sol, les bénéficiaires des travaux, les architectes, les entrepreneurs ou autres personnes responsables de l'exécution desdits travaux. () ".
5. La société de gestion immobilière Agathos soutient sans être contredite par la commune de Saint-Raphaël ou le préfet du Var, qui n'ont pas défendu dans l'instance, qu'aucun affichage d'une autorisation d'urbanisme n'est établi sur le terrain de la construction litigieuse. Par ailleurs, la parcelle BH 555 est classée en zone UDc du plan local d'urbanisme, qui prévoit dans son règlement que " l'emprise au sol des constructions ne doit pas excéder de 10% " et que " les constructions doivent être implantées à au moins 6 mètres des limites séparatives ". Il ressort du procès-verbal de constat effectué par un commissaire de justice, ainsi que des photographies versées au dossier, que l'emprise de la construction litigieuse, ainsi que sa plage privée attenante, mesure environ 36 mètres de long sur 10 mètres de large et qu'une clôture est contiguë à la parcelle 554 de la requérante et qu'enfin le toit du restaurant est constitué de plaques ondulées de PST maintenues par des parpaings. Par suite, en l'état de l'instruction, l'aménagement du bar/restaurant méconnait les dispositions du plan local d'urbanisme et a été édifié en l'absence d'autorisation d'urbanisme. Par suite, la présente demande de la requérante tendant à ce qu'il soit dressé un procès-verbal de l'infraction résultant de la construction du bar/restaurant ne se heurte à aucune contestation sérieuse et présente une utilité.
6. S'agissant de la condition tenant à l'urgence, il résulte de l'instruction, en l'état du dossier, que les faits sont constitutifs d'une infraction pénale et troublent l'ordre public, qu'ils portent des atteintes importantes aux droits de la requérante, qui subit les conséquences d'une construction qui méconnait les règles d'emprise au sol, de recul par rapport aux limites de propriété, et de qualité urbaine architecturale et environnementale du PLU, et qu'en outre la construction litigieuse est réalisée au bord d'une plage, sur un site particulièrement remarquable, et à proximité des biens loués de l'ensemble immobilier AGATHOS.
7. Ainsi, en ce cours de saison estivale, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Raphaël de dresser, dans un délai de 96 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, procès-verbal de constat d'infraction au code de l'urbanisme et d'en transmettre copie au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Draguignan. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte de 300 euros par jour de retard.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge du maire de la commune de Saint-Raphaël, pris en sa qualité d'agent de l'Etat, partie perdante, le versement à la société de gestion immobilière Agathos d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : Il est enjoint au maire de la commune de Saint-Raphaël de faire dresser, dans un délai de 96 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, et sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de ladite notification, procès-verbal de constat des infractions au code de l'urbanisme telles que précisées au point 5 et d'en transmettre copie au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Draguignan.
Article 2 : Le maire de la commune de Saint-Raphaël communiquera au juge des référés copie des actes pris en exécution de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à la société de gestion immobilière Agathos la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société de gestion immobilière Agathos, à la commune de Saint-Raphaël et au préfet du Var.
Fait à Toulon, le 19 juillet 2024.
Le juge des référés,
Signé
JF. SAUTON
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
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