jeudi 5 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2402102 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | PHELIP & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 juin 2024 et le 22 août 2024, M. A B, représenté par Me FREICHET, demande au tribunal d'ordonner une expertise, au contradictoire du département du Var, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, aux fins de déterminer l'étendue des préjudices en lien avec son accident de service du 9 novembre 2021.
M. B soutient que :
- son état de santé dégradé a été reconnu imputable au service comme résultant d'un accident de trajet survenu le 9 novembre 2021 ;
- l'expertise est utile car elle permettra de déterminer ses préjudices en lien avec l'accident de service et de les évaluer ; il a sollicité une indemnisation de la part de son employeur le département du Var.
Par un mémoire enregistré le 15 juillet 2024, la Caisse primaire d'assurance maladie du Var déclare ne pas souhaiter intervenir mais avoir exposé des débours en faveur de l'agent.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2024, le département du Var, représenté par Me Phelip, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le département du Var soutient que la mesure d'expertise sollicitée est inutile car le juge du fond pourrait ordonner lui-même une expertise si nécessaire.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Sauton, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article R. 532-1 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".
2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. A ce dernier titre, il ne peut faire droit à une demande d'expertise lorsque, en particulier, elle est formulée à l'appui de prétentions qui ne relèvent manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative, qui sont irrecevables ou qui se heurtent à la prescription. De même, il ne peut faire droit à une demande d'expertise permettant d'évaluer un préjudice, en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, en l'absence manifeste, en l'état de l'instruction, de fait générateur, de préjudice ou de lien de causalité entre celui-ci et le fait générateur.
3. S'il résulte de l'article R. 625-1 du code de justice administrative qu'il peut être fait application des dispositions de l'article R. 532-1 du même code, alors même qu'une requête au fond est en cours d'instruction, il appartient au juge des référés d'apprécier l'utilité de la mesure demandée sur ce fondement.
4. Il résulte de l'instruction qu'une instance au fond a été engagée par M. B devant le tribunal administratif de Toulon postérieurement à l'introduction de la présente procédure en référé. Cette instance au fond, plus récente, ne fait pas obstacle à l'exercice du présent référé, de nature à permettre le prononcé plus rapide d'une mesure d'expertise si les conditions en sont réunies.
5. La demande d'expertise présentée par M. B, aux fins de déterminer l'étendue de ses préjudices en lien avec son accident de service du 9 novembre 2021, qui a été reconnu en lien avec le service, présente un caractère utile dès lors que l'intéressé, agent du département du Var, envisage d'introduire une action en responsabilité contre son employeur en vue de l'indemnisation desdits préjudices, et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Par suite, il y a lieu d'y faire droit dans les conditions précisées au dispositif de la présente ordonnance.
6. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, les frais de l'expertise seront liquidés et taxés par ordonnance, laquelle désignera la partie qui les supportera.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge des parties une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : Le docteur D C, expert, demeurant Hôpital d'Enfants de la Timone, Boulevard Jean Moulin à Marseille (13385) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :
1°) Se faire communiquer et prendre connaissance de tous documents, administratifs ou médicaux relatifs à l'état de santé de M. B et utiles à l'évaluation des divers préjudices résultant de l'accident de service du 9 novembre 2021 ;
2°) Entendre contradictoirement les parties, leurs conseils convoqués et entendus ;
3°) Décrire l'état de santé de M. B antérieur à son accident de service et son état de santé postérieur ; déterminer la date de consolidation ; dire si il est apte à reprendre ses fonctions ;
4°) Apprécier l'ensemble des préjudices liés à l'accident de service du 9 novembre 2021 en se prononçant sur le taux et la durée du déficit fonctionnel temporaire, du déficit fonctionnel permanent, sur les souffrances endurées, sur le préjudice d'agrément, et notamment une atteinte aux conditions d'existence dans la vie quotidienne, en précisant la difficulté ou l'impossibilité de l'intéressé de continuer à s'adonner aux sports et activités de loisirs, et d'une manière générale, sur tous les chefs de préjudice particuliers dont M. B pourrait faire état au cours des opérations d'expertise ;
5°) Donner au tribunal tout autre élément d'information qu'il estimera utile.
L'expert pourra, si faire se peut, concilier les parties à l'issue des opérations d'expertise. L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.
Article 2 : L'expert accomplira ses missions dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : L'expertise aura lieu en présence de M. B, des services du département du Var et de la caisse primaire d'assurance maladie du Var.
Article 4 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 5 : L'expert déposera ses rapports au greffe en deux exemplaires dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 6 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par ordonnance de la présidente du tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l'article R. 621-11 du code susvisé.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au département du Var, à la caisse primaire d'assurance maladie du Var et audocteur D C, expert.
Fait à Toulon, le 5 septembre 2024.
Le juge des référés,
signé
JF. SAUTON
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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