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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2402105

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2402105

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2402105
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a rejeté la requête de M. D, ressortissant mauricien, contestant l'arrêté du préfet du Var du 31 mai 2024 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence du signataire, faute pour le requérant de prouver l'absence ou l'empêchement du délégant. Il a également jugé que la décision de refus de séjour était suffisamment motivée, notamment au regard des articles 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'accord franco-mauricien. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de M. D.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 juillet 2024 et le 20 août 2024, M. F, représenté par Me Borie Belcour, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 5221-5, L. 8251-1 et L. 1221-2 du code du travail et les stipulations de l'article 2.2.2 de l'accord franco-mauricien du 23 septembre 2008 ; le préfet a commis une erreur de fait en n'étudiant pas la situation de l'emploi ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article

L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles 2, 7 et 12 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet s'est estimé en situation de compétence liée pour fixer le délai de départ volontaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-mauricien du 23 septembre 2008 ;

- la directive (UE) n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Montalieu, conseillère,

- et les observations de Me Merienne, substituant Me Borie Belcour, représentant M. D ;

- le préfet du Var n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant mauricien né le 24 septembre 1996, est entré en France en mai 2023 selon ses déclarations. Il a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français en date du 9 novembre 2023. Par un jugement du 5 janvier 2024, le tribunal a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet du Var de réexaminer sa situation administrative. Le 1er février 2024, M. D a présenté une demande de titre de séjour au titre du travail. Par un arrêté du 31 mai 2024, le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :

2. Par un arrêté n° 2024/14/MCI du 12 avril 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, numéro n° 83-2024-069, le préfet du Var a donné délégation à M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var, à l'effet de signer, notamment, tous les actes et décisions en matière de police des étrangers. En cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, la délégation est exercée par Mme E G, directrice de cabinet du préfet du Var, et en cas d'absence ou d'empêchement de cette dernière, à Mme A C, sous-préfète, chargée de mission auprès du préfet du Var. Dès lors qu'il appartient à la partie contestant la qualité du bénéficiaire d'une délégation de signature d'établir que le délégant n'était ni absent ni empêché à la date où la décision contestée a été prise et que M. D n'allègue ni ne rapporte cette preuve, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté contesté vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'accord franco-mauricien du 23 septembre 2008. Il précise que M. D, titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée, ne remplit pas les conditions des articles 2.2.1 et 2.2.2 de l'accord précité dès lors que l'autorisation de travail a été délivrée à son employeur pour un étranger " résidant hors de France ", alors que l'intéressé était déjà présent sur le territoire français, que M. D est entré en France sans visa et qu'il ne justifie pas de diplôme ou d'expérience professionnelle dans le secteur de la restauration. Il indique également qu'il est entré sur le territoire national avec sa concubine, de nationalité mauricienne et en situation irrégulière, que le couple n'a pas d'enfant et que, compte tenu de ces éléments, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit et au respect de sa privée et familiale. L'arrêté contesté comporte ainsi l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui fondent la décision portant refus de titre de séjour et révèle en outre que le préfet a procédé à un examen complet de la situation personnelle de l'intéressé, alors même qu'il ne fait pas état de ses bulletins de salaire et de l'enfant du couple à naître. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 2.2.2 de l'accord franco-mauricien : " Les deux Parties conviennent de développer entre elles des échanges de jeunes professionnels français et mauriciens, âgés de 18 à 35 ans, déjà engagés ou entrant dans la vie active qui se rendent dans l'autre État pour améliorer leurs perspectives de carrière grâce à une expérience de travail salarié dans une entreprise qui exerce une activité de nature sanitaire, sociale, agricole, artisanale, industrielle, commerciale ou libérale et approfondir leurs connaissances de la société d'accueil. / Ces jeunes professionnels sont autorisés à occuper un emploi dans les conditions prévues au présent paragraphe sans que soit prise en considération la situation de l'emploi. Dans le cas de professions réglementées, les jeunes professionnels sont soumis aux conditions d'exercice définies par l'État d'accueil. / Ils doivent être titulaires d'un diplôme correspondant à la qualification requise pour l'emploi offert ou posséder une expérience professionnelle dans le domaine d'activité concerné. / La durée autorisée de travail est de douze mois. Elle peut cependant faire l'objet d'une prolongation de six mois. / Un titre de séjour temporaire d'une durée de douze mois leur est délivré sur présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité compétente. / Pendant la période de validité de ce titre de séjour, son titulaire est autorisé à séjourner dans l'État d'accueil et à y exercer l'activité professionnelle prévue par son contrat de travail. A l'issue de cette période, il peut obtenir une prolongation de son séjour pour une durée de six mois maximum. () ".

5. M. D soutient qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des stipulations citées au point précédent dès lors qu'il est titulaire d'un contrat à durée indéterminée depuis le 1er juillet 2023 en qualité de commis de cuisine, pour lequel une autorisation de travail a été délivrée à son employeur. Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il serait titulaire d'un diplôme en restauration ni même qu'il aurait travaillé dans ce secteur d'activité avant d'arriver en France. Au surplus, l'autorisation de travail a été délivrée pour un étranger résidant hors de France, permettant à celui-ci de solliciter la délivrance d'un visa auprès des autorités consulaires françaises, et non pour régulariser la situation M. D déjà présent sur le territoire national et entré de manière irrégulière. Enfin, en tout état de cause et contrairement à ce qui est soutenu, le préfet n'avait pas à apprécier la situation de l'emploi occupé par le requérant dès lors que ce critère est expressément exclu par les stipulations précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet du Var n'a, en tout état de cause, pas davantage méconnu les dispositions des articles L. 5221-5, L. 8251-1 et L. 1221-2 du code du travail, ni commis d'erreur de fait.

6. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou de l'une des stipulations de l'accord international, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code ou stipulation de cet accord, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Dans ces conditions, M. D n'ayant pas expressément saisi le préfet d'une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le préfet n'a pas examiné d'office le droit au séjour de l'intéressé sur ce fondement, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut être utilement invoqué.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. D fait valoir qu'il travaille en France afin d'acquérir des compétences professionnelles et qu'une rupture dans son parcours serait préjudiciable, et se prévaut de la présence sur le territoire français de sa concubine qui est enceinte. Toutefois, il est constant que son arrivée en France, de manière irrégulière, est très récente et que sa concubine est une compatriote également en situation irrégulière. Au demeurant, M. D indique lui-même qu'il ne souhaite pas s'installer en France. Dans ces conditions, la décision de refus de titre de séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but poursuivi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

10. Dans les circonstances précédemment décrites, il ne ressort pas des pièces du dossier que le refus de titre de séjour serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. D. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 8, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ :

12. En premier lieu, M. D ne peut utilement soutenir que la décision a méconnu les dispositions des articles 2, 7 et 12 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008, dès lors que celles-ci ont été transposées en droit interne et qu'il n'est pas soutenu que cette transposition aurait méconnu les objectifs fixés par ladite directive.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

14. En se bornant à se prévaloir de sa situation professionnelle et de son enfant à naître, prévu pour le mois de novembre 2024, alors que, en tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de santé de sa compagne ne lui permettrait pas de voyager sans risque, M. D n'établit pas que le délai de trente jours qui lui a été accordé était manifestement insuffisant.

15. En dernier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté, ni des autres pièces du dossier que le préfet se serait cru en situation de compétence liée pour fixer le délai de départ volontaire.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

Mme Mathilde Montalieu, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

M. MONTALIEU

Le président,

Signé

Ph. HARANG

La greffière,

Signé

A. CAILLEAUX

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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