mardi 9 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2402141 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2024, M. B A, représenté par
Me Chaussade, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet du Var de procéder à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour en lui octroyant, pour ce faire, un rendez-vous, dans un délai de 72 heures, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de 72 heures, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, puis de lui délivrer un titre de séjour temporaire ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa situation caractérise une situation d'extrême urgence dès lors qu'il poursuit sa formation professionnelle dans le cadre d'un contrat d'apprentissage et qu'il doit bénéficier d'une autorisation de travail ; à défaut, il s'expose à une rupture de ce contrat de travail et doit pouvoir justifier avoir régularisé sa situation administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Karbal, conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 9 juillet 2024 à 9 heures en présence de Mme Picard, greffière d'audience, ont été entendus :
- le rapport de M. Karbal, juge des référés ;
- et les observations de Me Malardot, substituant Me Chaussade, représentant M. B A qui a conclu aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;
- le préfet du Var n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
2. M. A, ressortissant tunisien, né le 4 juillet 2006, est entré en France en avril 2023 à l'âge de 17 ans. M. A a été pris en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance à compter du 9 février 2024. Il est inscrit, pour l'année 2023-2024, dans un centre de formation pour apprentis. Le 6 juin 2024, il a bénéficié d'un contrat jeune majeur et, le 13 juin 2024, a entrepris des démarches en vue de demander son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, les services de la sous-préfecture de Draguignan ont refusé de lui fixer un rendez-vous afin de lui permettre de déposer son dossier de demande de titre de séjour. M. A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Var d'enregistrer sa demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire et de lui délivrer un récépissé de sa demande l'autorisant à travailler.
3. Le requérant établit être titulaire d'un contrat d'apprentissage et suivre une formation professionnelle depuis le mois de juin 2024, la poursuite de ce contrat étant subordonnée à la justification de la régularité de son séjour en France ainsi que l'a rappelé son employeur par courrier du 26 juin 2024. Il se trouve dans l'impossibilité, en dépit des démarches de son éducatrice auprès des services de la sous-préfecture de Draguignan, de justifier de sa situation au regard du droit au séjour, à défaut de s'être vu remettre un récépissé de sa demande de délivrance de titre de séjour, ce qui fait peser un risque immédiat sur la poursuite de sa formation professionnelle. Dès lors, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie dans les circonstances de l'espèce.
4. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ". Et aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : 1° Les documents justifiants de son état civil ; () La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents () ". Enfin, aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. / () ". Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet.
5. Il ne résulte pas des pièces soumises à l'instruction et il n'est pas allégué par l'administration, qui n'a présenté aucune observation en défense dans la présente instance, que le dossier de la demande de délivrance de titre de séjour déposé par M. A serait incomplet. Dès lors, en s'abstenant, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers précitées de délivrer à l'intéressé un récépissé de demande de son titre de séjour, le préfet du Var a porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales de M. A que constituent la liberté d'aller et venir et le droit au travail.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet du Var, qui ne conteste pas avoir reçu la demande de titre de séjour " vie privée et familiale " du requérant, d'accuser réception et d'enregistrer sa demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de trois jours suivant la notification de la présente instance et de lui délivrer dans le même délai un récépissé de sa demande portant autorisation de travail. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet du Var d'accuser réception et d'enregistrer la demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " de M. A et de lui délivrer un récépissé de cette demande de séjour " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler, dans le délai de trois jours suivant la notification de la présente instance.
Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet du Var.
Fait à Toulon, le 9 juillet 2024.
Le juge des référés,
Signé
Z. Karbal
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
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