lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2402144 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante : Par une requête enregistrée le 4 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Chaussade, demande au tribunal : 1°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ; 2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il soutient que l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés. Le 29 juillet 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le code civil ; - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Hélayel, conseiller, - les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public. Considérant ce qui suit : 1. M. A B, ressortissant burkinabé, est entré en France le 8 novembre 2021, selon ses déclarations. Le 27 juin 2023, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire. Par un arrêté du 6 juin 2024, le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. 2. D'une part, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". 3. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. 4. D'autre part, selon l'article R. 431-10 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1°Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / () La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". L'article 47 du code civil prévoit que : " Tout acte de l'état civil des français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". 5. La délivrance à un étranger d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est subordonnée au respect par l'étranger des conditions qu'il prévoit, en particulier concernant l'âge de l'intéressé, que l'administration vérifie au vu notamment des documents d'état civil produits par celui-ci. A cet égard, la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. 6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, le 8 novembre 2021, le conseil départemental du Gard a considéré que M. A était majeur et que l'intéressé a quitté le dispositif de ce département le 16 novembre suivant. Le 18 novembre 2021, le conseil départemental de l'Hérault a également émis un doute quant à la minorité de l'intéressé et a sollicité une expertise, mais le requérant a à nouveau quitté le dispositif, le 28 février 2022. Le conseil départemental des Alpes-de-Haute-Provence a lui aussi émis un doute quant à la minorité de M. A et ce faisant, un non-lieu à assistance éducative a été émis par le procureur de la République. Si, par un jugement en assistance éducative du 5 juillet 2022, le juge des enfants du tribunal judiciaire de Nîmes a confié le requérant auprès de l'aide sociale à l'enfance du Var jusqu'au 15 avril 2023, les documents d'état civil de l'intéressé n'avaient alors fait l'objet d'aucune vérification. Or, par deux rapports postérieurs des 22 décembre 2022 et 19 décembre 2023, la police aux frontières a relevé que son certificat de nationalité n'avait pas fait l'objet d'une légalisation et que le tampon humide était illisible. Selon ces rapports, son extrait de naissance présente également des irrégularités, dès lors que sa retranscription a été effectuée en dehors des délais légaux, qu'il contient un tampon illisible, une date de réception de l'acte en chiffres, qu'il ne mentionne pas l'heure de naissance ni l'existence d'un jugement supplétif. Dans ces conditions, la seule détention par M. A d'une carte consulaire mentionnant une date de naissance du 15 avril 2005 n'est pas de nature à établir avec certitude qu'il avait entre seize et dix-huit ans lorsqu'il a été confié à l'aide sociale en l'enfance, ni qu'il était jeune majeur lors de sa demande de titre de séjour, présentée sur le fondement des dispositions précitées. 7. Par ailleurs, compte tenu de l'importance des absences injustifiées relevées dans le bulletin de notes de M. A lors du deuxième semestre de son apprentissage et de ce qu'il n'est pas établi que l'intéressé serait dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, le préfet du Var n'a pas commis d'erreur manifeste dans son appréciation globale de la situation individuelle du requérant. 8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.D É C I D E :Article 1er : La requête de M. A est rejetée.Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Var. Délibéré après l'audience du 2024, à laquelle siégeaient :M. Philippe Harang, président, M. Zouhaïr Karbal, conseiller,M. David Hélayel, conseiller. Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024. Le rapporteur,SignéD. HELAYEL Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéF. POUPLY La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière.2N° 2402144
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