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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2402166

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2402166

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2402166
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Toulon a rejeté la requête de Mme B, ressortissante marocaine, qui contestait le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet du Var. La requête a été jugée irrecevable car tardive, la notification de l'arrêté étant réputée avoir été régulièrement effectuée le 21 mai 2024, faisant courir un délai de recours de trente jours en application des articles L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et R. 776-2 du code de justice administrative. La requérante n'a pas démontré d'irrégularité dans la notification.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 5 juillet 2024, le 17 juillet 2024 et les 22 et 23 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Alet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 mai 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'elle n'a reçu notification de l'arrêté attaqué que le 4 juillet 2024 ;

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain et les dispositions de l'article R. 5221-2 du code du travail ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable comme tardive.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Montalieu, conseillère,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,

- et les observations de Me Alet, avocat de la requérante,

- le préfet du Var n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine née le 16 septembre 1990, est entrée en France le 11 juillet 2021 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour mention " vie privée et familiale ", délivré en qualité de conjointe de français. Elle a bénéficié d'un premier titre de séjour, en cette même qualité, valable du 21 avril 2022 au 20 avril 2023. Suite à son divorce prononcé le 24 janvier 2023, elle a sollicité, le 17 février 2023, la délivrance d'un titre de séjour avec changement de statut en qualité de salarié. Par un arrêté du 18 mai 2024, le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Var :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ". Aux termes de l'article L. 614-4 du même code, dans sa rédaction alors en vigueur : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative, alors en vigueur : " I.-Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application () des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. () ". Aux termes de l'article R. 421-5 de ce code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

4. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du document de suivi d'envoi édité par le site internet de La Poste qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que le pli contenant l'arrêté en litige, comportant la mention exacte des voies et délais de recours contentieux, a été présenté au domicile de Mme B avec dépôt d'un avis de passage le 21 mai 2024, puis mis à disposition en point relais jusqu'au 7 juin 2024 où il a été retourné en préfecture en l'absence de réclamation. En faisant valoir que seul son prénom est indiqué sur sa boîte aux lettres et que celle-ci peut être confondue avec celle d'une voisine ayant un prénom similaire, Mme B n'apporte pas d'éléments de nature à remettre en cause les informations indiquées par La Poste. Par ailleurs, la circonstance que le numéro d'appartement n'ait pas été mentionné sur le pli ne permet pas d'entacher la notification d'irrégularité, la requérante n'alléguant au demeurant pas avoir donné cette précision à la préfecture. Dans ces conditions, l'arrêté du 18 mai 2024 doit être regardé comme régulièrement notifié à la date de présentation du pli. A cet égard, la circonstance que cet arrêté ait été par ailleurs remis à la requérante le 4 juillet 2024 alors qu'elle se trouvait en zone d'attente de l'aéroport de Marseille, suite au refus d'entrée qui lui a été opposé, est sans incidence. Par suite, la requête ayant été enregistrée au greffe du tribunal après l'expiration du délai de trente jours fixé par les dispositions citées aux points précédents, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête doit être accueillie.

4. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

Mme Mathilde Montalieu, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

M. MONTALIEU

Le président,

Signé

Ph. HARANG

La greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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