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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2402168

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2402168

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2402168
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a rejeté la requête de l'association ATIAM agissant pour M. A, un ressortissant guinéen, qui demandait l'annulation de l'arrêté préfectoral du 7 juin 2024 refusant le renouvellement de son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a estimé que le signataire de l'arrêté était compétent, que la convocation à la commission du titre de séjour était régulière malgré l'absence de notification au tuteur, et que le refus était justifié par la menace à l'ordre public que constituait la condamnation pénale de M. A pour violences. La solution s'appuie sur les articles L. 412-5 et L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête enregistrée le 5 juillet 2024, l'association tutélaire des personnes protégées des Alpes méridionales (ATIAM), représentée par Me Rea-Rolland, demande au tribunal : 1°) de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. B A ; 2°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2024 par lequel le préfet du Var a rejeté la demande de renouvellement du titre de séjour de M. B A, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ; 3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que : - l'arrêté a été édicté par une autorité incompétente ; - il est entaché d'un vice de procédure, en l'absence de convocation régulière à la commission du titre de séjour, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ; - la décision l'obligeant de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de séjour. Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Hélayel, conseiller, - les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public, - les observations de Me Rea-Rolland, représentant l'ATIAM. Considérant ce qui suit : 1. M. B A, ressortissant guinéen né le 5 janvier 2003, est entré en France le 20 décembre 2018. Le 1er août 2023, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 7 juin 2024, le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle : 2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". 3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Sur les conclusions aux fins d'annulation : 4. En premier lieu, M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var, a reçu, par arrêté du 12 avril 2024 régulièrement publié le même jour au recueil n° 83-2024-069 des actes administratifs de cette préfecture, délégation du préfet du Var pour signer les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté manque en fait et doit être écarté. 5. En deuxième lieu, l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". Aux termes de l'article L. 432-15 du même code : " L'étranger est convoqué par écrit au moins quinze jours avant la date de la réunion de la commission qui doit avoir lieu dans les trois mois qui suivent sa saisine () ". 6. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 22 avril 2024, renvoyé à l'expéditeur le 6 septembre 2024, M. A a été convoqué devant la commission du titre de séjour le 14 mai 2024. Ce courrier a été envoyé à l'adresse qu'il avait renseignée dans sa demande de titre de séjour. Si l'association requérante fait valoir que la convocation aurait dû lui être adressée, en sa qualité de tuteur désignée par jugement du 23 janvier 2024, il appartenait à celle-ci de faire connaître à l'administration son changement d'adresse ou de procéder à la réexpédition du courrier de M. A. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté. 7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ". 8. La requérante soutient que le comportement de M. A ne constitue pas une menace à l'ordre public, qu'il est inscrit au certificat d'aptitude professionnelle en boulangerie, qu'aucune difficulté n'a été relevée par son organisme de formation et qu'il fait l'objet d'un suivi en psychiatrie. Toutefois, par un jugement du 23 mars 2023, l'intéressé a été condamné par le tribunal correctionnel de Toulon à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis, pour des faits de violence sur une personne exerçant une activité privée de sécurité, suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, commis le 14 novembre 2022. Il n'est par ailleurs pas contesté que M. A a été l'auteur d'offre ou de cession non autorisée de stupéfiants le 9 janvier 2022, d'une tentative de vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à huit jours le 21 mars 2023 et d'usage illicite de stupéfiants le 3 janvier 2024. Compte tenu de la gravité des faits reprochés à M. A, de leur caractère récent et de leur réitération, son comportement doit être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet du Var n'a pas commis d'erreur d'appréciation en lui refusant le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées. Par suite, ce moyen doit être écarté. 9. En quatrième et dernier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision refusant de renouveler le titre de séjour de M. A, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit, par voie de conséquence, être annulée ne peut qu'être écarté. 10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées. Sur les frais du litige : 11. Par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées. D É C I D E :Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'ATIAM et au préfet du Var. Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :M. Philippe Harang, président, M. Zouhaïr Karbal, conseiller,M. David Hélayel, conseiller. Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024. Le rapporteur,SignéD. HELAYEL Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéF. POUPLY La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière.2N° 2402168

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