lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2402173 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 juillet 2024, M. A C, représenté par Me Dhib, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 mai 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et ce sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;
3°) à défaut d'enjoindre au préfet du Var, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser directement à Me Dhib en application des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'une incompétence de son auteur en ce qu'il n'est pas démontré que M. Guidicelli, secrétaire général, disposait bien d'une délégation pour signer la décision attaquée ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 412-5 et L. 421-3 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense enregistré le 13 septembre 2024, le préfet du Var conclut à ce qu'il n'y ait pas lieu de statuer sur la requête.
Il fait valoir qu'il a procédé au retrait de l'arrêté en litige du 13 mai 2024 et invité le requérant à déposer une nouvelle demande de titre de séjour.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juillet 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulon.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 octobre 2024 :
- le rapport de M. Karbal ;
- et les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant marocain né le 1er mai 1989, demande l'annulation de l'arrêté du 13 mai 2024 par lequel le préfet du Var a rejeté sa demande de titre de séjour et assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai.
Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet du Var :
2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le pourvoi formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.
3. Si le préfet du Var fait valoir qu'il a décidé le 13 septembre 2024 de retirer l'arrêté attaqué et invité M. C à déposer une nouvelle demande de titre de séjour, pour autant, ce retrait, postérieur à l'introduction de la requête, n'a pas acquis au jour du jugement un caractère définitif. Par suite, les conclusions de la requête ne sont pas devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsque la rupture du lien conjugal ou la rupture de la vie commune est constatée au cours de la durée de validité de la carte de séjour prévue aux articles L. 423-1 ou L. 423-2, cette dernière peut être retirée. Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française ".
5. D'autre part, la délivrance d'un titre de séjour " salarié " pour un ressortissant de nationalité marocaine est régie par les dispositions de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, aux termes desquelles : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles ". En outre, les dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes desquelles : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ", sont applicables. L'article L. 433-6 du même code dispose que : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle sur un autre fondement que celui au titre duquel lui a été délivré la carte de séjour ou le visa de long séjour mentionné au 2° de l'article L. 411-1, se voit délivrer le titre demandé lorsque les conditions de délivrance, correspondant au motif de séjour invoqué, sont remplies, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
6. Pour refuser de renouveler le titre de séjour du requérant, le préfet du Var s'est fondé sur les dispositions des articles L. 421-1 à L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la rupture du lien du mariage de l'intéressé avec Mme B qu'il a épousée le 26 février 2021. La décision attaquée mentionne également que la communauté de vie avec son épouse aurait cessé depuis le 12 juin 2023. Cette même décision indique que cette dernière a demandé le divorce.
7. Il ressort cependant des pièces du dossier, et notamment de la pochette de demande de titre de séjour, que M. C a déposé le 7 août 2023 une demande de renouvellement de son titre de séjour en qualité de travailleur temporaire et qu'il a bien précisé sa nationalité marocaine. Le préfet était dès lors tenu d'examiner le droit au séjour de l'intéressé sur le fondement des stipulations ou dispositions encadrant la délivrance d'un tel titre. Par suite,
M. C est fondé à soutenir que le préfet du Var a entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux de sa situation.
8. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté attaqué doit être annulé, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. D'une part, aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative :
" Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ".
10. D'autre part, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
11. Eu égard au motif retenu entachant d'illégalité l'arrêté du préfet du Var du 13 mai 2024, le présent jugement implique nécessairement que le préfet du Var procède au réexamen de la situation de M. C. Il y a lieu, en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Var d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire au séjour dans un délai de quinze jours. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. M. C ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Dhib, sous réserve de la renonciation de celle-ci à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 13 septembre 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de procéder au réexamen de la demande de
M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans un délai de quinze jours, une autorisation provisoire de séjour pendant la durée de ce réexamen.
Article 3 : L'Etat versera à Me Dhib, avocat de M. C, la somme de
1 500 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Dhib renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Dhib et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Harang, président,
M. Zouhaïr Karbal, conseiller,
M. David Helayel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
Z. KARBAL
Le président,
Signé
Ph. HARANG
La greffière,
Signé
F. POUPLY
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026