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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2402224

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2402224

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2402224
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon (2ème chambre) a rejeté la requête de Mme A, ressortissante turque, qui contestait l'arrêté préfectoral du 31 mai 2024 refusant son titre de séjour "vie privée et familiale" et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a jugé que la demande de titre devait être regardée comme une première demande en raison de l'expiration de son précédent titre, et que le préfet n'avait pas commis d'erreur d'appréciation au regard des articles L. 423-23 du CESEDA et 8 de la CEDH, ni méconnu l'article 3-1 de la CIDE. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requérante, incluant les demandes d'injonction et de frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2024, Mme B A épouse A, représentée par Me Bochnakian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2024 par lequel le préfet du Var a rejeté sa demande de titre de séjour mention vie privée et familiale, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au sous-préfet de Draguignan, sur le fondement de l'article L.911-1 du code de justice administrative, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et ce, sous astreinte de 50 euros par jour de retard en application de l'article L.911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'arrêté dans son ensemble est illégal car :

- le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée par suite de la circonstance que la requérante aurait commis l'infraction de faux ou d'usage de faux ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation au regard de l'application de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet du Var n'établit pas que la requérante aurait commis l'infraction pénale de faux ou d'usage de faux au titre des dispositions des articles 441-1 et 441-2 du code pénal ;

- il méconnaît les dispositions des articles L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique ayant été, sur sa proposition, dispensée de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 4 octobre 2024 :

- le rapport de M. Sauton,

- et les observations de Me Bochnakian, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante turque née en 1990, déclare être entrée en France en 2011 et ne plus avoir quitté le territoire français. L'intéressée demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 31 mai 2024 par lequel le préfet du Var a rejeté sa demande de titre de séjour mention vie privée et familiale, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'un document de séjour doit, en l'absence de présentation de demande de délivrance d'un nouveau document de séjour six mois après sa date d'expiration, justifier à nouveau, pour l'obtention d'un document de séjour, des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance d'un document de séjour () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'un étranger présente, après l'expiration du délai de renouvellement du titre qu'il détenait précédemment, une nouvelle demande de titre de séjour, cette demande de titre doit être regardée comme une première demande.

3. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Aux termes d'autre part de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à tout étranger : () 2° Ayant commis les faits qui l'exposent à l'une des condamnations prévues aux articles 441-1 et 441-2 du code pénal.

5. Il est constant que la requérante n'a pas renouvelé sa demande de titre de séjour dans les six mois précédant l'expiration du titre dont elle était titulaire, et qu'elle était en situation irrégulière sur le territoire à la date de la décision contestée. Aussi, c'est à bon droit que le préfet du Var a examiné sa demande de renouvellement comme une première demande de titre de séjour.

6. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée régulièrement sur le territoire en France avec un visa touristique en 2011, qu'elle a bénéficié de plusieurs récépissés de demande de carte de séjour et de titres de séjour portant la mention " vie privée et familiale " entre l'année 2011 et l'année 2023, soit pendant plus de dix ans, qu'elle est titulaire d'une attestation de formation civique et d'une attestation de formation vivre et accéder à l'emploi en France délivrée par l'Office français de l'Immigration et de l'Intégration. En outre, Mme A fait valoir son mariage avec M. C A, dont sont issus deux enfants, nés respectivement en 2012 et en 2015 à Draguignan, qui sont scolarisés en France. Diverses pièces - tels que des factures, avis d'impôts, certificats médicaux - permettent d'établir que la requérante a développé une vie privée et familiale réelle et stable en France depuis son entrée sur le territoire. Ainsi, et à supposer même que Mme A ait commis les faits qui l'exposent à l'une des condamnations prévues aux articles 441-1 et 441-2 du code pénal en demandant en mairie en 2023 une carte d'identité et un passeport français en produisant un document falsifié de convocation à une cérémonie d'accueil dans la nationalité française, eu égard à la réalité et la stabilité des liens personnels et familiaux effectifs que Mme A a établis en France, le préfet du Var a méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'application de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de régulariser sa situation au regard du séjour, en l'obligeant à quitter le territoire français et en fixant le pays de destination.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation des décisions portant refus de délivrance de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination.

Sur l'injonction et l'astreinte :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

9. Il y a lieu, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l'intéressée, par application de ces dispositions, d'enjoindre au préfet du Var de délivrer à la requérante une carte de séjour mention vie privée et familiale, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de lui délivrer dans un délai de 15 jours une autorisation provisoire au séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du préfet du Var la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Var en date du 31 mai 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de délivrer à Mme A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de la munir, dans un délai de quinze jours, d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : le surplus de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Var.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Toulon, en application des dispositions de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

JF. SAUTON

L'assesseur le plus ancien,

Signé

B. QUAGLIERINI

La greffière,

Signé

B. BALLESTRACCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

N°2402224

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