vendredi 2 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2402265 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | IM AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par un référé enregistré le 15 juillet 2024, le préfet du Var demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, :
- d'ordonner la suspension, sur le fondement de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, de la décision du maire de Ramatuelle du 9 avril 2024 par laquelle ce dernier a autorisé la SAS Sogat à occuper temporairement la parcelle cadastrée section AH n°428 P sur le territoire de la commune.
Il soutient que :
- le maire a délivré, sur la parcelle cadastrée section AH n°428 faisant partie du domaine public communal, une autorisation d'occupation temporaire (AOT) à la société SOGAT pour l'exploitation d'un parking privatif réservé à sa clientèle ;
- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 2122-1-1 du code général des collectivités territoriales, aucune mesure de publicité ou de mise en concurrence n'ayant été effectuée préalablement à la délivrance de l'autorisation d'occupation temporaire du domaine public ; la dérogation prévue au 2° de l'article L. 2122-1-2 du code général des collectivités territoriales ne peut trouver à s'appliquer car la délégation de service public conférée à la société SOGAT n'intègre pas l'autorisation d'occupation de la parcelle AH n°428 P ;
- la décision attaquée ne peut bénéficier de la dérogation prévue à l'article L. 2122-1-3 du code général des collectivités territoriales en l'absence d'un contrôle étroit exercé par la commune sur le titulaire de l'autorisation d'occupation temporaire (AOT).
Par un mémoire en défense enregistré le 26 juillet 2024, la commune de Ramatuelle, représentée par Me Parisi, conclut au rejet du référé et demande à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- La plage de Pampelonne accueille, durant la période estivale, 30 000 usagers par jour, et a été déclarée " pôle mondial du tourisme " dans le plan de l'Etat ;
- Le boulevard Patch sert d'accès aux usagers du service public balnéaire municipal, délégué à la société SOGAT pour le lot n°15 et à d'autres sociétés pour les autres lots ;
- La décision n°29/2024 du 9 avril 2024 est une simple information donnée au conseil municipal et n'a pas de caractère décisoire ; cette information ne produit aucun effet de droit et n'est susceptible d'aucun recours ; seul le contrat conclu, le 27 mai 2024, entre le maire habilité et la société SOGAT, produit de tels effets juridiques ;
- Aucun moyen soulevé par le préfet n'est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 9 avril 2024.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 juillet 2024, la société SAS Sogat, représentée par son président en exercice, doit être regardée comme concluant au rejet du référé du préfet du Var.
Elle fait valoir que :
- Le parking privé dont ils disposent sur leur propriété est de faible capacité et insuffisant, en particulier pendant la période estivale ;
- Depuis 2012, la société Sogat utilise la parcelle cadastrée section AH n°428, qui appartient à la commune de Ramatuelle, avec en contrepartie le paiement d'une redevance non négligeable ; les places de parking ainsi mises à disposition de la clientèle le sont à titre gratuit et ne font l'objet d'aucune transaction commerciale avec les clients ; l'efficacité de cette opération est facilitée par les voituriers, salariés de l'entreprise " Le Club 55 ", qui optimisent le dispositif ;
- La société exploite le seul établissement au bas du boulevard Patch à être situé en amont du parking communal ; il s'agit donc du seul établissement qui peut apporter une amélioration à l'accès au parking communal et au désengorgement du boulevard Patch ; la société supporte entièrement la charge financière du dispositif, qui est d'intérêt général.
Vu :
- la décision du 9 avril 2024 par laquelle le maire de la commune de Ramatuelle a délivré une autorisation d'occupation temporaire de la parcelle cadastrée section AH n°428 P sur le domaine public communal ;
- les autres pièces du dossier ;
- le déféré n° 2402274, enregistré le 15 juillet 2024, par lequel le préfet du Var demande l'annulation de la décision susvisée du 9 avril 2024.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2023, la présidente du tribunal a désigné M. Bailleux, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 juillet 2024 :
- le rapport de M. Bailleux, juge des référés ;
- les observations de M A pour la Préfecture du Var ;
- les observations de Me Parisi pour la commune de Ramatuelle.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions afin de suspension :
1. Le maire de la commune de Ramatuelle a, par une décision du 9 avril 2024, autorisé la SAS Sogat à occuper de manière temporaire la parcelle communale cadastrée section AH n°428 P, dite parking du patch, pour permettre le stationnement de véhicules à compter de la signature de cette décision, jusqu'au 13 octobre 2024. Le maire de la commune de Ramatuelle, a délivré le titre d'occupation à l'amiable, en s'affranchissant des dispositions de l'article L. 2122-1-1 du code de la propriété des personnes publiques qui imposent l'organisation, par l'autorité compétente, d'une procédure de sélection préalable présentant toutes les garanties d'impartialité et de transparence, et s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 2122-1-3 du même code pour ce faire. Cette décision a été transmise en préfecture le 16 mai 2024. Dans le cadre de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, le préfet du Var a déféré au tribunal administratif de Toulon cette décision sous le déféré n°2202274, et il a assorti son recours d'une demande de suspension, en se fondant sur les dispositions de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales.
2. Aux termes de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, " - Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. () Le représentant de l'Etat dans le département peut assortir son recours d'une demande de sursis à exécution. Il est fait droit à cette demande si l'un des moyens invoqués paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué. Il est statué dans un délai d'un mois () ".
3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés dans le référé du préfet du Var n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin de suspension de la décision du 9 avril 2024 contenues dans le présent référé préfectoral, et ce sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de Ramatuelle en défense.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
4. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Ramatuelle présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE
Article 1 : Le référé préfectoral est rejeté.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Ramatuelle présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3: La présente ordonnance sera notifiée au préfet du Var, à la commune de Ramatuelle et à la SAS Sogat.
Fait à Toulon, le 2 août 2024.
Le juge des référés,
Signé
F. BAILLEUX
La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
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