mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2402278 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Pothet, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre la décision " 48SI " du 21 mai 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire pour cause d'un solde de point nul et lui a demandé de le restituer auprès des services préfectoraux ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est caractérisée au regard des conséquences sur son activité professionnelle ;
- la possession de son permis de conduire est une condition essentielle de son contrat de travail au sein du restaurant " Peanut's café " ;
- son activité de traiteur/chef à domicile exige des déplacements fréquents au sein du golfe de Saint-Tropez ;
- cette situation la place en difficulté financière ;
- son comportement n'apparait pas incompatible avec les exigences de la sécurité routière ;
- la décision dont la suspension est demandée a été signée par une personne incompétente ;
- cette décision est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article 3 de la loi du 11 juillet 1979 ;
- à l'issue des infractions commises le 18 mai 2020, le 22 octobre 2021, le 11 mai 2023 et le 14 avril 2024, l'administration ne l'a pas informée, en méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, des pertes successives de ses points ainsi que de l'évolution du solde de ses points ;
- il existe ainsi un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont il est demandé la suspension.
Vu la requête, enregistrée le 12 juillet 2024 sous le numéro 2402267, par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision " 48SI " du 21 mai 2024 ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Toulon a désigné M. Martin pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
3. Pour établir l'urgence à suspendre l'exécution de la décision en litige, Mme B soutient que la détention de son permis de conduire est nécessaire à l'exercice de son activité professionnelle, d'une part, en tant que salariée au sein du restaurant " Peanut's café ", ainsi d'autre part, que dans le cadre de son entreprise individuelle de traiteur/chef à domicile dans le golfe de Saint-Tropez.
4. En premier lieu, si le contrat de travail de l'intéressée stipule que " le salarié pourra être amené à se déplacer partout où les nécessités du travail l'exigeront " et que son employeur atteste que Mme B est sollicitée au quotidien pour effectuer, avec son véhicule personnel, des livraisons de commandes ou des prestations de traiteur au domicile des clients, ces documents ne permettent pas d'établir qu'aucune solution temporaire alternative d'organisation de ses fonctions ne pourrait être mise en œuvre ni qu'il lui serait impossible de recourir à des modes de transport alternatifs, notamment en utilisant un véhicule ne nécessitant pas la détention du permis de conduire ou en se faisant véhiculer par un tiers.
5. En deuxième lieu, si la requérante fait valoir que cette situation l'expose à des conséquences financières dramatiques, cette allégation n'est pas établie par les différentes pièces produites à l'appui de la requête.
6. En dernier lieu, le relevé d'information intégral du permis de conduire de Mme B fait état de cinq infractions depuis l'obtention de son permis de conduire en janvier 2019, dont trois au cours de la période probatoire. S'il peut être admis que ce document ne fait pas ressortir d'infractions particulièrement graves tels que des excès de vitesse importants, il témoigne néanmoins d'un non-respect récurrent et persistant des règles du code de la route.
7. Pour l'ensemble de ces raisons, il n'apparait pas, en l'espèce, que la condition d'urgence soit remplie. Les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision en litige doivent, par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée, être rejetées. Il en va de même et par voie de conséquence des conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.
Fait à Toulon le 16 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
J. Martin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière
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