mardi 30 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2402300 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Bochnakian, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L.521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre la décision du 13 juin 2024 par laquelle le préfet du Var lui a refusé de lui renouveler sa carte de résident et l'a invité à se présenter à la préfecture pour restituer son titre de séjour et se voir délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var de réexaminer sa situation au regard du droit au séjour dans un délai de 15 jours, sous astreinte de 50 euros par jours de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est présumée remplie, dès lors qu'il s'agit d'un refus de renouvellement du titre de séjour, et qu'il est porté atteinte à sa situation professionnelle et à ses droits sociaux ;
- il existe un moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors qu'elle est fondée sur une unique et ancienne condamnation qui n'est pas, par elle-même, de nature à caractériser une menace grave à l'ordre public.
Vu :
- la requête en annulation enregistrée sous le n°2402044 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Karbal, conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 30 juillet 2024 :
- le rapport de M. Karbal, juge des référés ;
- et les observations de Me Bochnakian pour Mme B A ;
- le préfet n'étant présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante chinoise, a obtenu une carte de résident valable du 24 avril 2023 au 23 avril 2033. Par un courrier du 13 juin 2024, le préfet du Var l'a informée du retrait de sa carte de séjour, à la suite de sa condamnation le 11 janvier 2019 par le tribunal correctionnel de Toulon pour des faits de proxénétisme, aide, assistance ou protection de la prostitution d'autrui et à une amende de 3 000 euros. Mme A demande au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ". L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.
3. Aux termes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Art. L.432-4. - / Une carte de résident ou la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " peut, par décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public. Art. L.432-12. - L'article L. 611-1 n'est pas applicable lorsque l'étranger titulaire d'une carte de résident se voit :/ 1° Refuser le renouvellement de sa carte de résident en application du 1° de l'article L.432-3 ;/ 2° Retirer sa carte de résident en application de l'article L.432-4./ Lorsque l'étranger qui fait l'objet d'une mesure mentionnée aux 1° ou 2° du présent article ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application des articles L.631-2 ou L.631-3, une autorisation provisoire de séjour lui est délivrée de droit. ".
4. Il résulte de la décision querellée, que le préfet du Var a invité la requérante à se présenter à la préfecture pour restituer son titre de séjour et se voir délivrer une autorisation provisoire de séjour en application des dispositions de l'article L.432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte qu'elle n'a dans l'immédiat et n'aura, aucun effet sur la possibilité de la requérante de se maintenir sur le territoire et d'y travailler. Le fait que la décision querellée est fondée sur la circonstance que le comportement de l'intéressée représente une menace grave pour l'ordre public et dont le recours au fond sera prochainement examiné par une formation collégiale du tribunal, n'est pas de nature à caractériser l'urgence requise par les dispositions précitées de l'article L.521-1 du code de justice administrative. Dès lors, la condition d'urgence exigée ne peut être regardée comme remplie et par suite, sans qu'il soit nécessaire d'examiner s'il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, il y a lieu de rejeter la requête présentée par Mme B A, ensemble ses conclusions tendant au prononcé d'une injonction et celles au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet du Var.
Fait à Toulon, le 30 juillet 2024.
Le juge des référés,
Signé
Z. Karbal
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef
Ou par délégation, la greffière,
N°2402300
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