jeudi 25 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2402392 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Bertelle, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 13 juin 2024 par laquelle le préfet du Var a refusé de renouveler sa carte de résident ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une carte de résident et à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande et ce, dans les quinze jours suivant l'ordonnance à intervenir ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors d'une part, que la décision attaquée vise un refus de renouvellement et, d'autre part, que cette même décision a pour effet de le placer dans une situation précaire ;
- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté préfectoral attaqué est remplie dès lors que : la décision est entachée d'un vice de procédure en l'absence de consultation de la commission du titre de séjour ; elle devait faire l'objet d'une saisine préalable des services compétents concernant le traitement des antécédents judiciaires ; la décision est entachée d'une erreur de droit, les faits retenus pour justifier du refus de renouvellement du titre de séjour sont des faits anciens et d'une faible gravité au sens de l'article L. 432-3 du CESEDA ; elle méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête en annulation enregistrée le 23 juillet 2024 sous le numéro 2402393, par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Faucher, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain né le 11 décembre 1979, a obtenu une carte de résident valable du 23 avril 2014 au 22 avril 2024 dont il a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 13 juin 2024, le préfet du Var l'a informé du refus de renouvellement de sa carte de résident. Cette même décision l'informe qu'une autorisation provisoire de séjour lui sera délivrée, après restitution de sa carte de résident. M B demande au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative () fait l'objet d'une requête en annulation (), le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. Aux termes de l'article L.522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L.522-1. ".
4. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.
5. Aux termes de l'article L. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Le renouvellement de la carte de résident peut être refusé à tout étranger lorsque : / 1° Sa présence constitue une menace grave pour l'ordre public () ". L'article L. 432-12 du même code prévoit que " L'article L. 611-1 n'est pas applicable lorsque l'étranger titulaire d'une carte de résident se voit :/ 1° Refuser le renouvellement de sa carte de résident en application du 1° de l'article L.432-3 ; (). Lorsque l'étranger qui fait l'objet d'une mesure mentionnée aux 1° ou 2° du présent article ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application des articles L.631-2 ou L.631-3, une autorisation provisoire de séjour lui est délivrée de droit. ".
6. En l'espèce, s'il résulte de la décision attaquée que le requérant s'est vu refuser le renouvellement de sa carte de résident, la même décision lui accorde une autorisation provisoire de séjour en application des dispositions de l'article L.432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant dispose donc, malgré le refus de renouvellement de sa carte de résident, d'une autorisation provisoire de séjour lui permettant de justifier de la régularité de son séjour en France, de sorte que la décision attaquée n'a, dans l'immédiat, aucun effet sur la possibilité du requérant de se maintenir sur le territoire et d'y travailler. Ainsi, la condition d'urgence, qui est en principe constatée, ainsi qu'il a été dit au point 4, dans le cas du refus de renouvellement d'un titre de séjour, ne peut ici, compte tenu de la nature et de la portée de la décision attaquée, être regardée comme remplie.
7. Dans sa requête en référé, pour justifier de l'urgence, le requérant se borne à faire état du fait que " la décision attaquée vise bien un refus de renouvellement et, d'autre part, que cette même décision a pour effet de [le] placer dans une situation précaire ". Par cette formulation vague et stéréotypée, il ne justifie pas d'une atteinte grave et immédiate à sa situation, comme par exemple de l'impossibilité de continuer de travailler ou de mener une vie familiale normale. La simple circonstance que la législation désormais applicable, issue de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration, prévoit la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, alors que sous l'empire des dispositions antérieures, le texte prévoyait la délivrance de plein droit d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", ne saurait à elle seule caractériser une situation d'urgence, alors que, au demeurant, le requérant n'a saisi le juge des référés que le 24 juillet 2024 contre la décision querellée qui lui a été notifiée le 14 juin précédent.
8. Dès lors, la condition d'urgence exigée ne peut être regardée comme remplie et par suite, sans qu'il soit nécessaire d'examiner s'il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, il y a lieu de rejeter, en application des dispositions de l'article L.522-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. B, ensemble ses conclusions formulées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à A B.
Copie en sera adressée au préfet du Var.
Fait à Toulon, le 25 juillet 2024.
La juge des référés,
signé
S. Faucher
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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