mercredi 7 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2402416 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Oloumi, demande au juge des référés du tribunal :
1°) d'enjoindre au préfet du Var de lui fixer un rendez-vous pour déposer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de 7 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la mesure sollicitée ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative ;
- la condition est remplie dès lors que cela fait plus d'un an qu'elle tente de régulariser sa situation administrative et de déposer une demande de titre de séjour, qu'elle est en situation irrégulière sans autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et est susceptible d'être exposée à une mesure d'éloignement ;
- la mesure est utile dès lors que l'enregistrement de sa demande de titre de séjour conduit à ce que lui soit délivré un récépissé valant autorisation provisoire de séjour.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 août 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- l'intéressée ne justifie pas de la condition d'urgence dès lors que l'irrégularité de sa situation, à défaut de justifier de la régularité de son entrée sur le territoire français, lui est directement imputable ;
- le refus d'enregistrer sa demande de titre de séjour est fondé, à défaut pour l'intéressée de justifier des conditions d'obtention du titre de séjour prévues à l'article 3 de l'accord franco-marocain et celles permettant de justifier de la mise en œuvre de son pouvoir discrétionnaire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Toulon a désigné, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, Mme Martin pour statuer sur les requêtes en référé présentées en application des dispositions du livre V du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
2. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
3. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé par courriel à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu l'obtenir, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
4. Il résulte de l'instruction que, le 3 juillet 2023, Mme A B a envoyé le premier courriel à la préfecture pour le dépôt d'une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 4 mars 1994. En réponse au courriel de retour de la préfecture du Var du 4 juillet 2023, l'intéressée lui transmettait, le 25 septembre suivant, l'ensemble des informations sollicitées. Faisant suite à deux demandes de la préfecture des 28 septembre et 6 novembre 2023, Mme B a transmis de nouvelles pièces, les 23 octobre 2023 et 24 février 2024. Depuis cette date, sa demande de titre de séjour n'a toujours pas été prise en compte par les services de la préfecture en dépit cinq relances sur les six mois qui ont suivi. L'impossibilité d'obtenir un rendez-vous contribue à la précarité de la requérante, laquelle ne peut travailler, et l'expose à une mesure d'éloignement. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie. Par ailleurs, la mesure demandée, qui ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative, est utile.
5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet du Var de fixer un rendez-vous à Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance afin de permettre à l'intéressée de déposer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer le récépissé correspondant, sous réserve de la présentation d'un dossier complet. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet du Var de fixer un rendez-vous à Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance afin de permettre à l'intéressée de déposer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer le récépissé correspondant, sous réserve de la présentation d'un dossier complet.
Article 2 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au préfet du Var.
Fait à Toulon, le 7 août 2024.
La juge des référés,
Signé
K. Martin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
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