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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2402453

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2402453

vendredi 2 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2402453
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal Administratif de Toulon concerne une demande de suspension d’un arrêté préfectoral du 25 juillet 2024 ordonnant la fermeture en urgence de l’établissement "Drop In Dracénie" pour des activités aquatiques. Le juge des référés a rejeté la requête, considérant que la condition d’urgence n’était pas remplie, la fermeture ne concernant que les activités de baignade et non l’ensemble de l’établissement, et que la société n’établissait pas de conséquences financières irréversibles. La décision s’appuie sur les articles L. 521-2 du code de justice administrative et L. 322-5 du code du sport, sans faire droit aux moyens tirés de la méconnaissance du contradictoire ou de la liberté du commerce et de l’industrie.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2024, la SARL Drop In Dracénie, représentée par Me Fraysse, demande au juge des référés :

A titre principal

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'ensemble des articles de l'arrêté du préfet du Var en date du 25 juillet 2024 portant fermeture en urgence de l'établissement Drop In Dracénie, dans lequel sont pratiquées des activités physiques ou sportives ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision portant rejet de la demande de réouverture de l'établissement Drop In Dracénie en date du 26 juillet 2024 ;

A titre subsidiaire

3°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision portant rejet de la demande de réouverture de l'établissement Drop In Dracénie en date du 26 juillet 2024 ;

4°) d'ordonner la réouverture de l'établissement Drop In Dracénie ;

En tout état de cause,

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 5 000 euros à verser à la SARL Drop In Dracénie sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- M. C A est en mesure de représenter la société Drop In Dracénie en justice ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'une mesure destinée à sauvegarder une liberté fondamentale doit être prise dans les 48 heures, ou à tout le moins à très bref délai ;

- l'activité de la société Drop In Dracénie est une activité saisonnière qui s'étend du mois de juin à la fin du mois d'août ou au début du mois de septembre ; la fermeture du centre sans préavis aura des conséquences financières dramatiques sur la situation financière de la société, avec un chiffre d'affaires journalier compris entre 20 000 et 30 000 euros ; la fermeture de l'établissement met en péril l'établissement et menace les emplois dans la région de Vidauban ;

- la décision attaquée est illégale car la requérante n'a pas été à même de faire part de ses observations écrites, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ; la fermeture totale de l'établissement Drop In Dracénie a pour effet de réduire à néant la liberté du commerce et de l'industrie, car celle-ci ne peut plus exploiter les 4 activités de son exploitation ;

- les motifs ne permettent pas de justifier la décision en litige ; aucun accident au sens de l'article R. 322-6 du code du sport ne s'est produit sur l'établissement, et notamment le jour du contrôle ; les activités de structures aquatiques gonflables ne sont pas réglementées ; la société Drop In Dracénie a même, de sa propre initiative, mis en place des procédures spécifiques de sécurité/ surveillance, afin d'améliorer la sécurité des usagers ; les pratiquants sont équipés d'un gilet de sauvetage et d'un casque ; les pratiquants participent à un briefing ; 4 à 6 titulaires du brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique surveillent les activités de " Water-Jump " et de " structures aquatiques gonflables " ; 1 titulaire du PSE 1 est présent sur le Parc de loisirs ; le gérant, M. A, dispose d'une expérience en matière de secours à la personne en milieu aquatique (BE2) ; la société Drop In Dracénie dispose de l'ensemble des équipements nécessaires au premier secours ;

- la déclaration au préfet de la participation à la surveillance de l'établissement doit être faite par les titulaires du BNSSA et non par l'établissement lui-même.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 juillet 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable car M. C A n'a pas la qualité à agir pour le compte de la société, le tribunal de commerce de Perpignan ayant désigné la société FHB comme administrateur provisoire pour gérer et administrer couramment la société Drop In Dracénie ; la requête aurait donc dû être introduite par Me Samson ;

- la fermeture du centre n'est pas totale, seules les activités de baignade ayant étant concernées par l'arrêté de fermeture ; ainsi la condition d'urgence n'est pas remplie ; la mesure contestée, prise sur le fondement des dispositions des articles L. 322-5 et R. 322-9 du code du sport ne concernent que les activités présentant un risque évident pour les clients usagers, à savoir les activités aquatiques ; il n'est en outre pas établi que la fermeture de cet établissement prive le requérant et ses salariés de tout moyen de subsistance, la société Drop In Dracénie étant incluse dans un groupe de 6 entreprises pour lesquelles M. C A assurant un mandat social ;

- l'arrêté de fermeture administrative du 26 juillet 2024 n'est pas respecté, la société Drop In Dracénie ayant été ouverte, y compris pour la baignade le vendredi 26 dans l'après-midi et le dimanche 28 juillet 2024 ;

- la mesure n'est pas disproportionnée car depuis 2022 la société Drop In Dracénie dispose des moyens techniques, humains, et financiers pour assurer une surveillance permanente, constante et active des activités aquatiques ; en outre, la fermeture de l'établissement n'est pas totale puisque des activités ludiques, de restauration et de débits de boissons ne sont pas concernées par la mesure de fermeture ; la fermeture est limitée dans le temps car elle n'impacte que faiblement la période d'ouverture de cette structure ;

- des contrôles ont eu lieu au sein de l'établissement les 3 août 2022 et 20 juillet 2023 et ils ont permis d'informer M. C A des obligations législatives et réglementaires applicables aux établissements organisant la pratique d'activités aquatiques et ludiques ; les mises en demeure réalisées le 3 août 2022 et en 2023 ont permis d'informer formellement cet établissement des progrès restants à accomplir pour assurer la sécurité des pratiquants des activités aquatiques ; la mise en demeure du 3 août 2022 comportait déjà des mesures visant à améliorer la sécurité comme la réorganisation de la présence et du nombre de surveillants pendant la haute saison, en respectant les éléments mentionnés dans le POSS, la mise en place des tenues vestimentaires identifiables pour les nageurs sauveteurs, et la réalisation d'un exercice de simulation de secours au sein de l'établissement ; en outre, aucune réponse n'a été apportée par écrit par la société Drop In Dracénie en 2022, 2023 ou 2024 ; en cas d'urgence, et en application des dispositions des articles L. 322-5 et R. 322-9 du code du sport, l'urgence de la situation permettait de procéder à la fermeture de l'établissement sans faire de mise en demeure ;

- en 2023, les pompiers sont intervenus à 21 reprises à Drop In Dracénie et en 2024 ils sont intervenus à 10 reprises, et à chaque fois les blessés ont été conduites aux urgences ; le requérant ne peut donc soutenir qu'aucun incident n'est intervenu au sens des dispositions de l'article R. 322-6 du code du sport ;

- il a été constaté, lors de la visite du 25 juillet 2024, une insuffisance de surveillance des activités aquatiques qui justifient la fermeture des activités proposées ;

- l'employeur a l'obligation de vérifier que le personnel qu'il embauche pour la surveillance de la baignade est diplômé et déclaré auprès de la préfecture.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code du sport ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2023, la présidente du tribunal a désigné M. Bailleux pour statuer sur les demandes de référé, en application des dispositions de l'article L. 511-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties que l'audience se tiendrait publiquement le 31 juillet 2024 à 10 heures, au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de M. Bailleux, juge des référés ;

- les observations de Mme B, représentant le préfet du Var.

Les parties ont été informées que l'instruction serait close à l'issue de l'audience, en application des dispositions de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Drop In Dracénie exploite, sur le territoire de la commune de Vidauban, un parc de loisirs dénommé " Drop In Dracénie " qui propose diverses activités dont des activités aquatiques de " Water Jump " et une activité de jeux gonflables aquatiques. Le 25 juillet 2024, le service départemental à la jeunesse, à l'engagement et aux sports du Var (SDJES 83), a effectué un contrôle du parc de loisirs, qui a permis de mettre à jour un certain nombre de manquements, notamment concernant la sécurité des usagers du parc. Le même jour, le secrétaire général de la préfecture du Var a pris l'arrêté préfectoral n°2024/09 du 25 juillet 2024 portant fermeture en urgence d'un établissement dans lequel sont pratiquées des activités physiques ou sportives. Cet arrêté a été notifié à la société Drop In Dracénie le 26 juillet 2024. Le 26 juillet 2024, la société Drop In Dracénie a demandé, par courriel la réouverture de l'établissement " Drop In Dracénie " en joignant des pièces justificatives. Le SDJES 83 a répondu, par un courriel du 26 juillet 2024, en rejetant cette demande de réouverture. Par la présente requête, la SARL " Drop In Dracénie " demande au juge des référés la suspension de l'exécution des décisions du 25 juillet 2024 et de rejet de la demande de réouverture du 26 juillet 2024.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". En outre, selon les dispositions de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

3. Le représentant du préfet du Var fait valoir à l'audience que M. C A, qui se présente comme le gérant de la société " Drop In Dracénie ", a été placé en garde à vue de dimanche 28 juillet 2024 à 18 heures 30 au lundi 29 juillet 2024 pour n'avoir pas respecté la décision de fermeture du 25 juillet 2024. A sa sortie de garde à vue, il a appelé les personnes responsables de la préfecture du Var pour les informer que les mesures préconisées par l'arrêté préfectoral du 25 juillet 2024 avaient été prises et que l'établissement était désormais en conformité avec ces prescriptions. Le mardi 30 juillet 2024, le service de la préfecture s'est à nouveau rendu sur les lieux de l'établissement " Drop In Dracénie " et a vérifié que les mesures préconisées avaient bien été prises. Les personnes du SDJES 83 ont donné leurs ultimes conseils au gérant de l'établissement et ont considéré que celui-ci était conforme à la réglementation. Ils indiquent avoir notifié le mardi 30 juillet 2024 l'arrêté n°2024/12 du 30 juillet 2024 qui autorise la réouverture de l'établissement " Drop In Dracénie ", qui prend effet le 30 juillet 2024 à 15 heures, date de sa notification au gérant de l'établissement. En outre, ce même arrêté abroge explicitement le précédent arrêté n°2024/09 du 25 juillet 2024 ayant prononcé la fermeture de l'établissement. Le représentant du préfet du Var produit au cours de l'audience ledit arrêté de réouverture. Dans ces conditions, il y a lieu de considérer que l'établissement " Drop In Dracénie " est réouvert, au moment où le juge des référés doit statuer. Ainsi, il y a lieu de constater qu'il n'y a plus lieu, en l'état, de statuer sur les conclusions de la société requérante à fin de suspendre l'exécution des décisions en litige.

Sur les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

4. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions de la société " Drop In Dracénie " présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions afin de suspendre l'exécution de la décision du 25 juillet 2024 de fermeture de l'établissement " Drop In Dracénie " et de la décision de rejet du recours gracieux de la société Drop In Dracénie.

Article 2: Les conclusions présentées par la SARL Drop In Dracénie présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SARL Drop In Dracénie et au préfet du Var.

Fait à Toulon, le 2 août 2024.

Le juge des référés,

Signé

F. Bailleux

La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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