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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2402456

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2402456

vendredi 2 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2402456
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon, statuant en référé, a rejeté la requête de M. A C contestant le renouvellement des mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance (MICAS) prises à son encontre par le ministre de l'intérieur. Le juge a estimé que les conditions posées par l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure étaient toujours réunies, en raison de la menace grave pour la sécurité publique que représente le comportement du requérant, notamment ses relations avec des personnes impliquées dans des actes de terrorisme. Il a considéré que les restrictions à sa liberté d'aller et venir, limitées à trois mois, étaient proportionnées et justifiées par le contexte de menace terroriste élevée, sans que ses résultats scolaires ou son respect des obligations antérieures ne puissent remettre en cause la légalité de la décision. La solution retenue confirme ainsi la légalité de l'arrêté ministériel fondé sur les dispositions du code de la sécurité intérieure.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 juillet 2024, M. A C, représenté par son représentant légal, Mme B C, doit être regardé comme demandant au magistrat désigné, statuant par application des dispositions de l'article L. 228-2 du code de sécurité intérieure :

- d'annuler, sur le fondement des dispositions de l'article L. 228-2 du code de sécurité intérieure, la décision du 23 juillet 2024, par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a renouvelé, par application des dispositions de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure, pour une durée de 3 mois à compter du 6 août 2024, les mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance prises à son encontre par un précédent arrêté du 4 mai 2024, lui interdisant de se déplacer en dehors du territoire de la commune de Toulon, et l'obligeant à se présenter tous les jours à 18 heures 30 au commissariat de Toulon.

Il soutient que :

- il est scolarisé au lycée professionnel Claret et à la recherche d'un stage en entreprise ;

- il est passé en 1ère bac professionnel avec de bonnes notes et de bonnes appréciations ;

- il a toujours respecté les limites de déplacement et a été présent à chaque rendez-vous des mesures d'investigation.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- Il existe une menace d'une particulière gravité résultant du comportement de M. C ; l'intéressé entretient des relations avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, ou il soutient, diffuse ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ;

- La menace terroriste sur le territoire national est très élevée et est exacerbée par la tenue des jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, qui se déroulent du 26 juillet 2024 au 8 septembre 2024 ;

- Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation tel que soulevé par le requérant, par l'intermédiaire de son représentant légal, sa mère, est infondé ;

- les conditions fixées par les dispositions de l'article L. 228-1 du code de sécurité intérieure sont toujours réunies ; l'arrêté est fondé sur des faits précis et circonstanciés et sur une note des services de renseignement ; les faits relatés par la note de renseignement produite par le ministre, qui a fait l'objet d'une communication, doivent être pris en compte, car ils sont précis en l'espèce ; il appartient au requérant d'apporter des éléments pour démontrer qu'il est étranger aux faits reprochés ; le renouvellement des mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance n'est pas subordonné à de nouveaux éléments ou des éléments complémentaires, mais seulement au maintien des conditions fixées par l'article L. 228-1 du code de sécurité intérieure ;

- Les éléments soutenus par la mère de M. C, sur les bonnes notes obtenues au cours de sa scolarité, sur le fait qu'il serait à la recherche d'un stage en entreprise, qu'il respecterait les périmètres qui lui sont fixés et qu'il se conformerait aux rendez-vous fixés, à les supposer établis, sont sans incidence sur la légalité de la décision, et sur le moyen tiré de l'erreur d'appréciation de l'arrêté en litige ;

- la mesure n'est pas disproportionnée et ne porte pas atteinte de manière disproportionnée à la liberté d'aller et venir du requérant, ni au respect de sa vie privée et à son droit de mener une vie familiale normale ;

- les restrictions imposées par l'arrêté attaqué, pour une durée limitée à 3 mois, apparaissent nécessaires et justifiées par la menace que représente l'intéressé pour la sécurité et l'ordre public.

Vu :

- l'arrêté du ministre de l'intérieur et des outre-mer du 23 juillet 2024 portant renouvellement des mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 25 juillet 2024, le vice-président délégué, a désigné X, pour statuer sur les recours formés contre les décisions portant renouvellement des mesures prises sur le fondement des alinéas 1° à 3° de l'article L. 228-2 du code de la sécurité intérieure.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de X a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant mineur de 16 ans de nationalité tunisienne, et domicilié à Toulon, s'est vu notifier le 6 mai 2024, l'arrêté du 4 mai 2024 du ministre de l'intérieur et des outre-mer, prononçant une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance (MICAS), pour une durée initiale de 3 mois. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer, considérant que les conditions de l'article L. 228-1 du code de sécurité intérieure continuaient d'être réunies, a pris un arrêté de renouvellement des mesures d'interdiction, pour une durée de 3 mois, par un arrêté du 23 juillet 2024, notifié le même jour à l'intéressé. Il s'agit de la décision contestée dans la présente instance.

2. Aux termes de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure, " Aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme, toute personne à l'égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et qui soit entre en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, soit soutient, diffuse, lorsque cette diffusion s'accompagne d'une manifestation d'adhésion à l'idéologie exprimée, ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes peut se voir prescrire par le ministre de l'intérieur les obligations prévues au présent chapitre ". En outre, l'article L. 228-2 du même code dispose que : " Le ministre de l'intérieur peut, après en avoir informé le procureur de la République antiterroriste et le procureur de la République territorialement compétent, faire obligation à la personne mentionnée à l'article L. 228-1 de : 1° Ne pas se déplacer à l'extérieur d'un périmètre géographique déterminé, qui ne peut être inférieur au territoire de la commune. La délimitation de ce périmètre permet à l'intéressé de poursuivre une vie familiale et professionnelle et s'étend, le cas échéant, aux territoires d'autres communes ou d'autres départements que ceux de son lieu habituel de résidence ; 2° Se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, dans la limite d'une fois par jour, en précisant si cette obligation s'applique les dimanches et jours fériés ou chômés ; 3° Déclarer et justifier de son lieu d'habitation ainsi que de tout changement de lieu d'habitation (). Les obligations prévues aux 1° à 3° du présent article sont prononcées pour une durée maximale de trois mois à compter de la notification de la décision du ministre. Elles peuvent être renouvelées par décision motivée, pour une durée maximale de trois mois, lorsque les conditions prévues à l'article L. 228-1 continuent d'être réunies. () Toute décision de renouvellement des obligations prévues aux 1° à 3° du présent article est notifiée à la personne concernée au plus tard cinq jours avant son entrée en vigueur. La personne concernée peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat qu'il délègue l'annulation de la décision dans un délai de quarante-huit heures à compter de sa notification. Il est statué sur la légalité de la décision au plus tard dans un délai de soixante-douze heures à compter de la saisine du tribunal. Dans ce cas, la mesure ne peut entrer en vigueur avant que le juge ait statué sur la demande. () "

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C s'est vu notifier le 6 mai 2024 l'arrêté du 4 mai 2024 du ministre de l'intérieur et des outre-mer prononçant une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance (MICAS) à son encontre. Il avait alors l'interdiction de se déplacer en dehors du territoire de la commune de Toulon, sauf dans le cas de l'obtention d'un sauf-conduit (autorisation écrite), l'obligation de se présenter une fois par jour au commissariat de police de Toulon et l'obligation de confirmer et justifier son lieu d'habitation auprès du commissariat de police de Toulon, et de tout changement de son lieu d'habitation. Le 23 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a pris un arrêté de renouvellement de cette mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance (MICAS) à l'encontre de M. C.

4. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer fait valoir dans ses écritures que le requérant doit être regardé comme soulevant le moyen tiré de l'erreur d'appréciation en ce que les obligations imposées par l'arrêté en litige ne seraient pas proportionnées ni nécessaires au vu du but poursuivi. Le requérant soutient ainsi avoir toujours respecté les limites de déplacement et être présent aux rendez-vous d'investigation qui lui ont été fixés. Il poursuit en soutenant être en bac professionnel et à la recherche d'un stage en entreprise. Toutefois, ces éléments, qui au demeurant ne sont étayés par aucune pièce du dossier, ne sont pas dirigés directement contre l'arrêté en litige, qui est pris sur le fondement des dispositions de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure. Le ministre sur ce point fait valoir que l'arrêté attaqué se fonde sur des faits précis et circonstanciés relatés dans une note des services de renseignements produite au débat contradictoire, et que le requérant n'a pas contesté. Ainsi que le fait valoir le ministre de l'intérieur, le requérant n'établit pas qu'il est étranger aux faits qui lui sont reprochés et qui ont justifié l'arrêté en litige et les mesures qui y figurent. En outre, le ministre de l'intérieur fait encore valoir que le renouvellement des mesures de surveillance et de contrôle administratif ne nécessite pas que des éléments nouveaux et complémentaires soient constatés, mais seulement que les conditions énumérées à l'article L. 228-1 du code de sécurité intérieure soient maintenues.

5. Il résulte de l'ensemble des pièces du dossier que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation du ministre de l'intérieur et des outre-mer dans la décision du 23 juillet 2024, tel que soulevé par le requérant, doit être écarté. L'unique moyen de la requête ayant été écarté, il y a lieu de rejeter les conclusions contenues dans la présente requête à fin d'annulation de la décision du 23 juillet 2024.

DECIDE

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2: La présente décision sera notifiée à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera faite au préfet du Var.

Fait à Toulon, le 2 août 2024.

Le magistrat désigné,La greffière

XY

La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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