mardi 10 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2402509 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre - Juge Unique |
| Avocat requérant | LAGARDERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 juillet 2024, M. B D, représenté par Me Carole Lagardère, demande à la présidente du tribunal administratif :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) à titre principal, d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du préfet du Var du 2 juillet 2024, plus particulièrement :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français (OQTF) dans un délai de 30 jours,
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an (IRTF),
- la décision fixant le pays de renvoi en tant qu'elle mentionne l'Arménie ;
3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'OQTF ;
4°) d'enjoindre au préfet du Var de réexaminer sa situation, dans un délai de 15 jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer d'effacer les données à caractère personnel relatives à son signalement dans le système d'information Schengen (SIS) ;
6°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à Me Lagardère, son avocat, en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative (CJA).
Il soutient que :
- l'OQTF est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- l'OQTF est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- le préfet du Var s'est cru en situation de compétence liée pour prendre l'OQTF ;
- l'OQTF méconnaît l'article L. 721-4, alinéa 5, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;
- l'OQTF méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH) ;
- il présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) en application de l'article L. 752-11 du CESEDA ;
- l'IRTF est entachée d'une insuffisance de motivation.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 août 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête en tant qu'elle concerne l'annulation des décisions attaquées.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH) ;
- le pacte international relatif aux droits civils et politiques, conclu à New York le 16 décembre 1966 ;
- la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, conclue à New York le 10 décembre 1984 ;
- le règlement (CE) n° 862/2007 du Parlement européen et du Conseil du 11 juillet 2007 relatif aux statistiques communautaires sur la migration et la protection internationale, et abrogeant le règlement (CEE) n° 311/76 du Conseil relatif à l'établissement de statistiques concernant les travailleurs étrangers ;
- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- la directive 2011/95/UE du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011 concernant les normes relatives aux conditions que doivent remplir les ressortissants des pays tiers ou les apatrides pour pouvoir bénéficier d'une protection internationale, à un statut uniforme pour les réfugiés ou les personnes pouvant bénéficier de la protection subsidiaire, et au contenu de cette protection ;
- la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale ;
- le règlement (UE) 2016/679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016 relatif à la protection des personnes physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données, et abrogeant la directive 95/46/CE ;
- le règlement (UE) 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006 ;
- le règlement (UE) 2021/2303 du Parlement européen et du Conseil du 15 décembre 2021 relatif à l'Agence de l'Union européenne pour l'asile et abrogeant le règlement (UE) n° 439/2010 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;
- le code des relations entre le public et l'administration (CRPA) ;
- le code de la sécurité intérieure (CSI) ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;
- le décret n° 2024-799 du 2 juillet 2024 pris pour l'application du titre VII de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration, relatif à la simplification des règles du contentieux ;
- la décision du conseil d'administration de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 9 octobre 2015 ;
- l'arrêté de la présidente du tribunal administratif du 15 juillet 2024 portant désignation des magistrats pour statuer sur les requêtes présentées dans le cadre du contentieux des étrangers ;
- le code de justice administrative (CJA).
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 septembre 2024 à 9h30 :
- le rapport de M. Kiecken, magistrat délégué,
- les observations de Me Lagardère, qui fait valoir que le préfet du Var s'est cru à tort en situation de compétence liée et que les décisions attaquées méconnaissent le principe de non-refoulement ;
- et les observations de M. D, entendu en arménien et assisté de Mme A C, interprète assermentée ;
- le préfet du Var et le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'étant ni présents ni représentés.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que M. D, de nationalité arménienne, né le 9 avril 1995, a présenté une demande de protection internationale à la France le 29 juin 2023. Statuant en procédure accélérée au motif qu'il provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr, l'OFPRA a pris une décision de rejet de sa demande qu'elle a considérée comme infondée le 25 mars 2024, notifiée le 29 mai 2024. L'intéressé a adressé une demande d'aide juridictionnelle pour la procédure de recours contre cette décision devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), au bureau d'aide juridictionnelle (BAJ) de la CNDA le 31 mai 2024. Le BAJ de la CNDA l'a admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 juin 2024, dont la date de notification ne résulte en tout état de cause pas de l'instruction. Le 12 juillet 2024, la CNDA a enregistré son recours (recours n° 24031527), sur lequel il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait été statué.
2. Estimant qu'en conséquence de la décision de l'OFPRA, M. D ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français et qu'il n'était titulaire d'aucun document de séjour au sens et pour l'application de l'article L. 611-1, point 4°, du CESEDA, le préfet du Var a décidé, par un arrêté du 2 juillet 2024, notifié le 18 juillet 2024, de l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, de lui interdire le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et de fixer notamment l'Arménie comme pays de renvoi. Dans le présent litige, le requérant demande essentiellement l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté et la suspension de l'exécution de l'OQTF.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
3. M. D ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Toulon du 3 septembre 2024 qui doit être regardée comme concernant non seulement la présente procédure au fond mais également la présente procédure spéciale de suspension sur le fondement de l'article L. 752-6 du CESEDA, il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission à titre provisoire présentée au titre des mêmes procédures.
Sur la demande d'annulation et la demande de suspension de l'exécution de l'OQTF :
En ce qui concerne l'office du juge :
4. Il appartient au juge saisi par un demandeur d'une protection internationale dont le droit de rester sur le territoire français a pris fin et qui fait l'objet d'une OQTF qui n'est pas devenue définitive, d'une demande d'annulation de l'OQTF et des décisions qui l'accompagnent et d'une demande de suspension de l'exécution de l'OQTF dans l'attente de l'issue de son recours devant la CNDA, de statuer prioritairement sur la demande d'annulation de l'OQTF.
5. Dans le cas où le juge fait droit à la demande d'annulation de l'OQTF, qui emporte normalement l'annulation par voie de conséquence des décisions qui l'accompagnent, il doit être regardé comme ayant épuisé son office.
6. Dans le cas où le juge ne fait pas droit à la demande d'annulation de l'OQTF, il lui appartient alors de statuer sur la demande de suspension de l'exécution de l'OQTF et sur la demande d'annulation des décisions qui accompagnent l'OQTF. Eu égard aux articles L. 131-1 et L. 131-2 du CESEDA relatifs à la compétence de la CNDA, l'examen de ces demandes ne doit toutefois pas conduire le tribunal administratif à porter une appréciation sur la décision de l'OFPRA qui fait l'objet d'un recours devant la CNDA, ni, plus généralement, à procéder à une évaluation de la demande de protection internationale, dans des conditions susceptibles de porter atteinte à la compétence de la CNDA pour statuer sur le recours dont elle est saisie.
En ce qui concerne la demande d'annulation de l'OQTF :
7. Il ressort de l'arrêté attaqué que l'OQTF comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, en particulier les éléments de la vie privée et familiale de M. D. Il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué, contrairement à ceux plus ambigus du mémoire en défense, que le préfet du Var se serait cru en situation de compétence liée pour prendre l'OQTF ni qu'il se serait abstenu d'examiner la situation particulière du requérant. Ces moyens doivent ainsi être écartés.
8. Il n'est donc pas fait droit à la demande d'annulation de l'OQTF.
En ce qui concerne la demande de suspension de l'exécution de l'OQTF :
S'agissant du cadre juridique du litige :
Quant à la CEDH et au droit international :
9. L'article 3 de la CEDH, intitulé " Interdiction de la torture ", prévoit : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". L'article 3, paragraphe 1, de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants prévoit : " Aucun Etat partie n'expulsera, ne refoulera, ni n'extradera une personne vers un autre Etat où il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture. ". L'article 7 du pacte international relatif aux droits civils et politiques prévoit : " Nul ne sera soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. () ".
Quant au droit de l'Union européenne (UE) et à la loi française :
10. D'une part, l'article 20 de la directive 2011/95, intitulé " Règles générales ", prévoit à son paragraphe 2 : " Le présent chapitre s'applique à la fois aux réfugiés et aux personnes pouvant bénéficier de la protection subsidiaire, sauf indication contraire. ". L'article 21 de la même directive, intitulé " Protection contre le refoulement ", prévoit à son paragraphe 1 : " Les États membres respectent le principe de non-refoulement en vertu de leurs obligations internationales. ".
11. D'autre part, l'article 32 la directive 2013/32, intitulé " Demandes infondées ", prévoit : " 1. () les États membres ne peuvent considérer une demande comme infondée que si l'autorité responsable de la détermination a établi que le demandeur ne remplit pas les conditions requises pour prétendre à une protection internationale en vertu de la directive 2011/95/UE. / 2. En cas de demande infondée correspondant à l'une des situations, quelle qu'elle soit, énumérées à l'article 31, paragraphe 8, les États membres peuvent également considérer une demande comme manifestement infondée, si elle est définie comme telle dans la législation nationale. ". L'article L. 352-1, alinéa 5, du CESEDA définit une demande manifestement infondée comme " une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. ".
12. Enfin, l'article 46 de la directive 2013/32, intitulé " Droit à un recours effectif ", prévoit à son paragraphe 6 : " En cas de décision : / a) considérant une demande comme () infondée après examen conformément à l'article 31, paragraphe 8, à l'exception des cas où les décisions sont fondées sur les circonstances visées à l'article 31, paragraphe 8, point h) () une juridiction est compétente pour décider si le demandeur peut rester sur le territoire de l'État membre, soit à la demande du demandeur ou de sa propre initiative, si cette décision a pour conséquence de mettre un terme au droit du demandeur de rester dans l'État membre et lorsque, dans ces cas, le droit de rester dans l'État membre dans l'attente de l'issue du recours n'est pas prévu par le droit national. ". Ces dispositions sont reprises sous l'article 68, paragraphes 3 et 4, du règlement 2024/1348 qui abrogera la directive 2013/32 et s'appliquera à partir du 12 juin 2026.
13. L'article L. 752-5 du CESEDA prévoit : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application [du d] du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". L'article L. 752-6 du même code prévoit : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application [de l'article L. 614-1], l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision. ". L'article L. 752-11 du code, anciennement codifié à l'article L. 743-3, dans sa version issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, dont l'objet a été de transposer l'article 46, paragraphe 6, point a), de la directive 2013/32, prévoit : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".
S'agissant de l'interprétation du cadre juridique du litige :
Quant à la jurisprudence du Conseil d'État statuant au contentieux sur l'article L. 752-11 du CESEDA :
14. Dans sa décision du 27 novembre 2020 rendu sur un recours pour excès de pouvoir contre le décret n° 2018-1159 du 14 décembre 2018 pris pour l'application de la loi n° 2018-778, le Conseil d'État statuant au contentieux a jugé que l'étranger qui saisit le tribunal administratif de conclusions aux fins de suspension de l'OQTF dans l'attente de l'issue de son recours devant la CNDA, peut " à l'appui de ses conclusions, () se prévaloir d'éléments apparus et de faits intervenus postérieurement à la décision de rejet ou d'irrecevabilité de sa demande de protection ou à l'obligation de quitter le territoire français, ou connus de lui postérieurement. " (décision n° 428178, point 11, non fichée sur ce point).
15. Dans sa décision du 2 octobre 2019 rendu sur une question prioritaire de constitutionnalité de l'article L. 743-3 du CESEDA dans sa version issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, au regard du droit à un recours effectif et du droit d'asile, le Conseil d'État statuant au contentieux a jugé : " la circonstance [qui] peut avoir pour effet de conduire deux juridictions administratives à examiner, l'une, le caractère sérieux des moyens dirigés contre la décision de rejet ou d'irrecevabilité de la demande d'asile, l'autre, le bien-fondé de cette décision, n'est pas par elle-même de nature à porter une atteinte substantielle au droit à un recours effectif garantie par la Constitution. " ; " la circonstance que, devant le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin, le préfet soit l'autorité défenderesse et que les pièces transmises au magistrat par le demandeur d'asile soient ainsi communiquées au préfet en application du principe du caractère contradictoire de la procédure, ne porte pas atteinte au respect de la confidentialité des informations relatives à la personne sollicitant l'asile, puisque () [et que] la requérante n'est ainsi pas fondée à soutenir que les dispositions législatives contestées porteraient atteinte au droit d'asile. " ; " la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par la requérante, qui n'est pas nouvelle, ne peut être regardée comme présentant un caractère sérieux. " (décision n° 432740, points 6 à 8, non fichée).
Quant à l'avis contentieux du Conseil d'État du 16 octobre 2019 :
16. Dans son avis sur une question de droit du 16 octobre 2019 examinée en application de l'article L. 113-1 du CJA, le Conseil d'État a estimé : " Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office. () " (avis contentieux n° 432147, point 5, fiché). Cet avis contentieux fixe donc pour l'essentiel un critère tenant à l'existence d'un " doute sérieux sur le bien-fondé de la décision () de l'OFPRA " pour que le tribunal administratif décide si le demandeur d'une protection internationale peut rester sur le territoire français dans l'attente de l'issue de son recours devant la CNDA.
17. L'article L. 113-1 du CJA, issu de l'article 12 de la loi n° 87-1127 du 31 décembre 1987 portant réforme du contentieux administratif, prévoit : " Avant de statuer sur une requête soulevant une question de droit nouvelle, présentant une difficulté sérieuse et se posant dans de nombreux litiges, le tribunal administratif ou la cour administrative d'appel peut, par une décision qui n'est susceptible d'aucun recours, transmettre le dossier de l'affaire au Conseil d'Etat, qui examine dans un délai de trois mois la question soulevée. Il est sursis à toute décision au fond jusqu'à un avis du Conseil d'Etat ou, à défaut, jusqu'à l'expiration de ce délai. ".
18. Si, en règle générale, les magistrats administratifs interprètent le droit qu'ils doivent appliquer conformément aux avis contentieux du Conseil d'État alors même que ces avis ne revêtent qu'un caractère consultatif, il ne s'agit pas d'une pratique contraignante et les tribunaux qui sont chargés d'assurer la solution juridictionnelle d'un litige au sens de l'article 6, paragraphe 1, de la CEDH peuvent à tout moment s'écarter de cette simple pratique interne (voir en ce sens, l'arrêt de la Cour européenne des droits de l'homme du 23 octobre 1985, Benthem c. Pays-Bas, n° 8848/80, paragraphe 40 et jurisprudence citée ; voir pour un exemple, le jugement du tribunal administratif de Versailles du 21 juin 1996, n° 962461, cité par Dominique Pouyaud dans " Les avis contentieux du Conseil d'État et de la Cour de cassation - La pratique ", Mélanges en l'honneur de Franck Moderne, Dalloz 2004, p. 337). Il ressort d'ailleurs des travaux préparatoires de la loi du 31 décembre 1987, en particulier des débats parlementaires, qu'un avis contentieux du Conseil d'État n'est pas " un arrêt de règlement () dans la mesure où, s'il est souhaitable que cette décision s'impose, les chambres restent libres de leurs propres décisions " (intervention de M. Pierre Mazeaud, rapporteur, à la séance publique de l'Assemblée nationale du 6 octobre 1987), qu'il est " purement indicatif " et que " les tribunaux administratifs comme les cours d'appel restent absolument libres de juger comme ils l'entendent " (intervention de M. Daniel Hoeffel, rapporteur, à la séance publique du Sénat du 10 novembre 1987).
19. L'avis contentieux du Conseil d'État du 16 octobre 2019 ne saurait donc avoir pour effet de faire obstacle à ce que le tribunal administratif donne des dispositions législatives qu'il doit appliquer, une interprétation respectueuse de la jurisprudence administrative, en particulier celle du Conseil d'État statuant au contentieux présentée ci-dessus aux points 14 et 15, de la compétence de la CNDA garantie par la loi et des principes résultant des engagements internationaux de la France.
Quant à l'interprétation de l'article L. 752-11 du CESEDA :
20. La directive 2013/32 ne fixe aucun critère pour l'exercice par la juridiction de sa compétence pour décider si le demandeur d'une protection internationale peut rester sur le territoire de l'État membre. L'article L. 752-11 du CESEDA se borne à prévoir qu'il est fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours. La jurisprudence administrative, en particulier celle du Conseil d'État statuant au contentieux, n'apporte pas d'éclairage particulièrement pertinent sur l'interprétation des dispositions législatives en cause. Le respect de la compétence de la CNDA implique que le tribunal administratif, auquel la loi attribue une compétence distincte de celle de la CNDA, ne soit pas conduit à porter une appréciation sur la décision de l'OFPRA dans des conditions susceptibles de porter atteinte à la compétence de la CNDA pour statuer sur le recours dont elle est saisie. Au nombre des principes résultant des engagements internationaux de la France figure le principe de non-refoulement. La directive 2011/95 prévoit que les États membres respectent le principe de non-refoulement en vertu de leurs obligations internationales et que la protection contre le refoulement s'applique, en l'absence d'indication contraire, aux réfugiés et aux personnes pouvant bénéficier de la protection subsidiaire.
21. Il résulte de ce qui précède que l'article L. 752-11 du CESEDA, lu à la lumière du principe de non-refoulement, doit être interprété en ce sens qu'il ne fait pas obstacle à ce que le juge puisse autoriser un demandeur dont la demande de protection internationale a été considérée comme infondée par l'OFPRA, à rester sur le territoire français dans l'attente de l'issue du recours devant la CNDA lorsque, par comparaison avec une demande considérée comme manifestement infondée, la demande n'apparaît pas sérieusement dénuée de pertinence au regard des conditions de reconnaissance du statut de réfugié ou du statut conféré par la protection subsidiaire ni sérieusement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou le risque de subir des atteintes graves.
S'agissant du litige :
22. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit ci-dessus au point 1, il ne résulte pas de l'instruction que la CNDA aurait, à la date du présent jugement, statué sur le recours enregistré le 12 juillet 2024, sous le n° 24031527. Il y a donc lieu de statuer sur la demande de suspension de l'exécution de l'OQTF.
23. En deuxième lieu, il ressort des statistiques accessibles au public contenues dans les bases de données créées par l'Agence de l'Union européenne pour l'asile (AUEA), que le nombre total de décisions définitives en appel ou révisées positives sur les demandes de protection internationale présentées à l'ensemble des États membres de l'UE, par des ressortissants de l'Arménie, de sexe masculin ou inconnu, majeurs ou d'âge inconnu, est en baisse constante depuis 2019 (60 en 2019, 45 en 2020, 35 en 2021, 20 en 2022 et 15 en 2023) et que le taux de décisions positives par rapport au total de ces décisions est également en baisse constante depuis 2019 (7,18 % en 2019, 7,56 % en 2020, 6,48 % en 2021, 6,25 % en 2022 et 3,61 % en 2023). Il ressort en outre du rapport d'activité 2023 de la CNDA que sur un total de 759 décisions concernant des ressortissants de l'Arménie de sexe masculin, seules 29 ont accordé une protection (13 le statut de réfugié et 16 le statut conféré par la protection subsidiaire), soit un taux de protection de 3,8 %. Il résulte donc de ces éléments que la probabilité que la demande de protection internationale de M. D donne lieu à une décision positive de la CNDA est statistiquement très faible.
24. Mais, en dernier lieu, il résulte de l'instruction, notamment de l'entretien personnel du 21 septembre 2023 sur la demande de protection internationale de M. D avec un officier de protection des réfugiés et apatrides, que l'intéressé a déclaré qu'il était militaire en Arménie, qu'il a été mobilisé lors de la guerre du Haut-Karabagh de 2020, qu'à cette occasion il a été témoin d'erreurs de son supérieur hiérarchique qui ont entraîné des pertes humaines, qu'il a été gravement blessé par un éclat d'obus le 7 novembre 2020, qu'au début de l'année 2021 il a commencé à être menacé en raison des faits dont il avait été témoin, que la demande de protection qu'il a adressée au ministère de la défense arménien est restée sans résultat et qu'il craint pour sa sécurité en cas de retour en Arménie. Au terme de la procédure d'examen, l'OFPRA a considéré la demande comme infondée, au motif essentiel que les déclarations de l'intéressé et les documents présentés ne permettaient pas de tenir les faits allégués pour établis.
25. Devant le tribunal administratif, M. D réitère les déclarations qu'il a faites devant l'OFPRA et il produit des documents destinés à étayer sa demande de protection internationale, en particulier les craintes qu'il a déclarées éprouver en cas de retour en Arménie et dont la décision de l'OFPRA indique qu'elles " sont apparues sommaires ". Il n'est pas contesté que les documents intitulés " constat de police à Yeghegnadzor en date du 11 avril 2024 ", " notice de recherche police arménienne " du 22 juillet 2024 et " certificat médical psychanalyste " du 24 juillet 2024, ayant donc une date postérieure à celle de la décision de l'OFPRA, n'ont pas été au nombre de ceux produits devant l'OFPRA. Ces documents constituent des preuves documentaires qui présentent un caractère de pertinence pour l'examen de la demande de protection internationale. Quant à la question de savoir si les informations qu'ils contiennent permettent de déterminer si le demandeur a fait ou pourrait faire l'objet d'atteintes graves, il n'appartient pas au tribunal administratif, en application de ce qui a été dit ci-dessus au point 6, d'y porter une appréciation dès lors qu'il serait alors conduit à procéder à une évaluation de la demande de protection internationale dans des conditions susceptibles de porter atteinte à la compétence de la CNDA.
26. La demande de protection internationale de M. D qui a été considérée comme infondée par l'OFPRA, n'apparaît ainsi pas sérieusement dénuée de pertinence au regard des conditions de reconnaissance du statut conféré par la protection subsidiaire ni sérieusement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de subir des atteintes graves s'il était renvoyé en Arménie. Dans ces conditions, il y a lieu d'autoriser le requérant à rester sur le territoire français dans l'attente de l'issue de son recours devant la CNDA.
27. Il est donc fait droit à la demande de suspension de l'exécution de l'OQTF jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision par laquelle la CNDA aura statué sur le recours formé contre la décision de l'OFPRA du 25 mars 2024 enregistré sous le n° 24031527, ou, s'il aura été statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci.
En ce qui concerne le surplus de la demande d'annulation :
S'agissant de l'IRTF :
28. L'article L. 612-8 du CESEDA prévoit : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code prévoit : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ". L'article L. 613-2 du code prévoit : " () les décisions d'interdiction de retour prévues [à l'article L. 612-8] sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". L'article L. 211-5 du CRPA, applicable aux IRTF en l'absence de dispositions spéciales applicables aux modalités de motivation des IRTF au sens de l'article L. 100-1, alinéa 1er, du CRPA, prévoit que la motivation " doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
29. Dans sa décision du 17 avril 2015, le Conseil d'État statuant au contentieux a jugé : " () il ressort des termes mêmes de [celles de] ces dispositions [anciennement codifiées à l'article L. 511-1, paragraphe III du CESEDA] que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux ; que la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs ; que si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère ; " (décision n° 372195, point 2).
30. M. D n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7 du CESEDA pour laquelle le préfet du Var aurait été tenu de prononcer une IRTF. Il ressort de l'arrêté attaqué que, pour décider d'assortir l'OQTF d'une IRTF d'une durée d'un an, le préfet du Var s'est borné à indiquer : " Considérant que, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, la durée de l'interdiction de retour d'un an ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au regard de sa vie privée et familiale, au sens de l'article L. 612-8 du code susvisé ; ". Une telle motivation n'atteste de la prise en compte d'aucun des quatre critères énumérés par la loi tant dans le principe que dans la durée de l'IRTF. Cette décision, qui est une décision distincte de l'OQTF, ne peut donc être regardée comme comportant l'énoncé des considérations de fait qui en constituent le fondement au sens de l'article L. 211-5 du CRPA. L'IRTF est ainsi entachée d'un vice de forme (voir en ce sens, jugement du tribunal administratif de Toulon du 12 février 2024, n° 2303786, point 13).
31. Il est donc fait droit à la demande d'annulation de l'IRTF.
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
32. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 721-4, alinéa 5, du CESEDA et de l'article 3 de la CEDH peuvent être regardés comme étant invoqués contre la décision fixant l'Arménie comme pays de renvoi.
33. L'examen de ces moyens implique que le juge tranche la question de savoir si M. D est susceptible d'être soumis en Arménie à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants, et qu'il porte ainsi une appréciation sur l'existence de motifs de croire que l'intéressé courrait dans son pays un risque réel de subir la torture ou de telles peines ou de tels traitements.
34. Or, d'une part, ainsi qu'il a été dit ci-dessus au point 26, la demande de protection internationale de M. D n'apparaît pas sérieusement dénuée de pertinence au regard des conditions de reconnaissance du statut conféré par la protection subsidiaire ni sérieusement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de subir des atteintes graves en cas de renvoi en Arménie.
35. D'autre part, les craintes alléguées par le requérant au soutien de ces moyens sont les mêmes que celles de sa demande de protection internationale.
36. Dans ces conditions, l'examen des moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 721-4, alinéa 5, du CESEDA et de l'article 3 de la CEDH par la décision fixant l'Arménie comme pays de renvoi, conduirait nécessairement le tribunal administratif à procéder à une évaluation de la demande de protection internationale en tant qu'elle vise à obtenir le statut conféré par la protection subsidiaire, dans des conditions susceptibles de porter atteinte à la compétence de la CNDA. En application de ce qui a été dit ci-dessus au point 6, il n'appartient pas au tribunal administratif d'examiner ces moyens qui sont donc irrecevables et doivent ainsi être écartés.
37. Il n'est donc pas fait droit à la demande d'annulation de la décision fixant l'Arménie comme pays de renvoi.
38. Il résulte de ce qui précède que l'exécution de l'OQTF est suspendue, que l'IRTF est annulée et que le surplus des conclusions à fin d'annulation est rejeté.
Sur les demandes d'injonction et d'astreinte :
39. L'article L. 911-1 du CJA prévoit : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". L'article L. 911-2, alinéa 1er, du même code prévoit : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. "
40. En premier lieu, le présent jugement, qui n'annule pas l'OQTF, n'implique pas qu'il soit enjoint au préfet du Var de réexaminer la situation de M. D. Les conclusions à fin d'injonction doivent donc être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'astreinte présentées à ce seul titre.
41. En second lieu, l'article 24 du règlement 2018/1861, intitulé " Conditions d'introduction des signalements aux fins de non-admission et d'interdiction de séjour ", prévoit à son paragraphe 1, point b) : " Les États membres introduisent un signalement aux fins de non-admission et d'interdiction de séjour lorsque () l'État membre a émis une interdiction d'entrée conformément à des procédures respectant la directive 2008/115/CE au sujet d'un ressortissant de pays tiers. ". L'article 40 du même règlement, intitulé " Suppression des signalements ", prévoit à paragraphe 1, point a) : " Les signalements aux fins de non-admission et d'interdiction de séjour introduits en vertu de l'article 24 sont supprimés lorsque l'autorité compétente a () annulé la décision ayant fondé l'introduction du signalement ; ".
42. L'article R. 613-7 du CESEDA, anciennement codifié à l'alinéa 2 de l'article R. 511-3 issu du décret n° 2011-820 du 8 juillet 2011 dont l'objet a été de fixer les modalités de suppression du signalement de l'étranger aux fins de non-admission dans le SIS en cas d'annulation de l'interdiction de retour, prévoit : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement. ". L'article 7 du décret du 28 mai 2010 prévoit : " I. - Les données à caractère personnel et informations enregistrées dans le fichier sont conservées jusqu'à () l'extinction du motif de l'inscription. / II. - A l'issue du délai fixé au I, les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont conservées pendant une durée de six mois et accessibles uniquement aux personnels chargés de la création et de la gestion des fiches mentionnés à l'article 4. / III. - A l'issue du délai fixé au II, les données à caractère personnel et informations relatives sont archivées pendant une durée de six ans. Elles sont uniquement accessibles aux personnels de la police nationale et aux personnels de la gendarmerie nationale chargés de l'administration du fichier des personnes recherchées. () ".
43. L'article R. 231-3 du CSI prévoit que le responsable du traitement des données à caractère personnel relatives aux personnes signalées aux fins de non-admission à la suite d'une décision administrative est le ministre de l'intérieur (direction générale de la police nationale) (DGPN).
44. Il résulte de ces dispositions que le présent jugement, qui annule l'IRTF d'une durée d'un an, implique nécessairement la suppression des données à caractère personnel relatives au signalement de M. B D dans le SIS. Il y a donc lieu d'enjoindre au ministère de l'intérieur et des outre-mer (DGPN) de supprimer ces données dans les meilleurs délais.
Sur les frais liés au litige :
45. D'une part, l'article L. 761-1 du CJA prévoit : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "
46. D'autre part, l'article 27 de la loi du 10 juillet 1991 prévoit : " L'avocat qui prête son concours au bénéficiaire de l'aide juridictionnelle () perçoit une rétribution. / L'Etat affecte annuellement à chaque barreau une dotation représentant sa part contributive aux missions d'aide juridictionnelle (). / Le montant de la dotation affecté à l'aide juridictionnelle résulte d'une part, du nombre de missions d'aide juridictionnelle accomplies par les avocats du barreau et, d'autre part, du produit d'un coefficient par type de procédure et d'une unité de valeur de référence. Le montant, hors taxe sur la valeur ajoutée, de cette unité de valeur de référence est fixé, pour les missions dont l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée à compter du 1er janvier 2022, à 36 €. () ". L'article 37 de la même loi prévoit : " Les auxiliaires de justice rémunérés selon un tarif peuvent renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et poursuivre contre la partie condamnée aux dépens et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle le recouvrement des émoluments auxquels ils peuvent prétendre. / Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. / Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'Etat. () ".
47. Enfin, l'article 86 du décret du 28 décembre 2020 prévoit : " La contribution de l'Etat à la rétribution des avocats qui prêtent leur concours au bénéficiaire de l'aide juridictionnelle totale () est déterminée par le produit de l'unité de valeur prévue par la loi de finances (UV) et des coefficients, le cas échéant majorés, fixés dans les tableaux figurant en annexe I du présent décret et du taux d'admission à l'aide juridictionnelle ". Les points " XIV. 4. Autres référés et procédures spéciales de suspension " et " XIV. 6. Recours dirigés contre les mesures prises en matière de droit des étrangers, à l'exception des recours indemnitaires et des référés " du Tableau 3 de l'annexe applicable aux procédures devant le tribunal administratif, prévoient respectivement un coefficient de 4 et de 14 lorsque, comme en l'espèce, ces procédures n'ont pas donné lieu à une médiation administrative à l'initiative du juge.
48. Dans sa décision du 17 octobre 2022, le Conseil d'État statuant au contentieux a jugé : " Il est () toujours loisible au juge, si les circonstances de l'espèce le justifient, d'accorder à l'avocat intervenant au titre de l'aide juridictionnelle, sans condition de plafond et sous réserve que ce dernier ait renoncé à percevoir sa rétribution au titre de l'aide juridictionnelle, le bénéfice de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, en mettant à la charge de la partie tenue aux dépens, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en ce qui concerne les juridictions administratives, le versement à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle d'une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. " (décision n° 443289, point 6).
49. M. D ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans les présentes procédures, la rétribution à laquelle a droit son avocat au titre de l'aide juridictionnelle dans cette instance s'élève à 648 euros (36 x 14 x 1 + 36 x 4 x 1). Me Lagardère renonce toutefois à percevoir cette somme et poursuit contre l'État le recouvrement des émoluments auxquels elle peut prétendre, dont le montant ne saurait alors être inférieur à 972 euros (648 + 50 % x 648).
50. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder à Me Lagardère le bénéfice de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de mettre à la charge de l'État, partie perdante pour l'essentiel, la somme de 1 000 euros.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire de M. D.
Article 2 : L'exécution de l'OQTF du 2 juillet 2024 concernant M. D est suspendue jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision par laquelle la CNDA aura statué sur le recours formé contre la décision de l'OFPRA du 25 mars 2024 enregistré sous le n° 24031527, ou, s'il aura été statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci.
Article 3 : L'IRTF d'une durée d'un an du 2 juillet 2024 concernant M. D, est annulée.
Article 4 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer (DGPN) de supprimer les données à caractère personnel relatives au signalement de M. B D dans le SIS, dans les meilleurs délais.
Article 5 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Me Lagardère, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du CJA.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, au préfet du Var, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Carole Lagardère. Copie en sera adressée à la Cour nationale du droit d'asile.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2024.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.
Le magistrat délégué,
signé
A. KIECKENLe greffier,
signé
P. BÉRENGER La République mande et ordonne au préfet du Var et ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui les concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/ la greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026