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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2402590

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2402590

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2402590
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Toulon a rejeté la requête de M. A, ressortissant tunisien, qui contestait l'arrêté du préfet du Var du 3 juillet 2024 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et de défaut d'examen, jugeant la décision suffisamment motivée. Sur le fond, il a estimé que le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire ne portaient pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, et que le préfet n'avait commis ni erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation. La décision s'appuie notamment sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 août 2024, M. B A, représenté par Me Hmad, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 juillet 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ainsi qu'un document provisoire de séjour dans l'attente de la fabrication de ce titre, dans des délais respectifs d'un mois et de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ou un récepissé avec droit au travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la légalité externe :

- la signataire de l'arrêté attaqué était incompétente ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen attentif ;

En ce qui concerne la légalité interne :

- le préfet a commis des erreurs de droit et de fait en s'abstenant d'examiner les demandes d'autorisation de travail transmises par plusieurs employeurs ;

- l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 septembre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;

- la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 octobre 2024 :

- le rapport de M. Cros ;

- et les observations de Me Hmad pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 8 décembre 1993, est entré régulièrement en France le 4 février 2017 en qualité d'étudiant, étant alors muni d'un visa de long séjour de type " D " d'une durée d'un an, valable du 27 janvier 2017 au 27 janvier 2018 et portant la mention " étudiant ". Il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée d'un an, valable du 10 novembre 2017 au 9 novembre 2018. Il a présenté le 19 décembre 2018 une demande de renouvellement de cette carte en sollicitant un changement de statut d'étudiant à salarié. Par un arrêté du 22 novembre 2019, le préfet du Var a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le recours formé par l'intéressé contre cet arrêté a été rejeté par le jugement n° 1904343 rendu le 18 février 2020 par le tribunal administratif de Toulon, devenu définitif. Le 30 novembre 2021, M. A a déposé une demande de carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 3 juillet 2024, le préfet du Var a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence () ". Selon l'article R. 613-1 du même code : " L'autorité administrative compétente pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le délai de départ volontaire () est le préfet de département () ".

3. L'arrêté attaqué a été signé par Mme D C, sous-préfète de l'arrondissement de Draguignan. Par un arrêté n° 2024/16/MCI du 12 avril 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs n° 83-2024-069 de la préfecture, lequel est librement accessible sur le site internet de celle-ci, le préfet du Var avait donné délégation à Mme C pour signer notamment les arrêtés préfectoraux relatifs au refus de séjour et à l'obligation de quitter le territoire français pour les arrondissements de Draguignan et Brignoles. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige manque en fait.

4. En second lieu, l'arrêté attaqué mentionne les dispositions applicables à la situation de M. A et précise suffisamment les éléments de fait relatifs à la situation personnelle et familiale de l'intéressé, sur lesquels le préfet du Var s'est fondé pour refuser son admission au séjour, l'obliger à quitter le territoire français et fixer le pays de destination. Cet arrêté mentionne notamment la date d'entrée en France de M. A, ses conditions de séjour depuis lors, ainsi que les pièces transmises ou non à la préfecture dans le cadre de demandes d'autorisation de travail. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux serait entaché d'un défaut d'examen attentif de sa situation personnelle. La circonstance que le préfet n'aurait pas estimé devoir examiner lui-même les demandes d'autorisation de travail transmises par les sociétés Berkani Maxime et Activ Bat ne caractérise pas un tel défaut d'examen.

En ce qui concerne la légalité interne :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, issu de l'article 7 de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration : " La délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à tout étranger : / 1° N'ayant pas satisfait à l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français dans les formes et les délais prescrits par l'autorité administrative () ".

6. Pour refuser la carte de séjour temporaire sollicitée par M. A, l'arrêté attaqué se fonde notamment sur les dispositions citées au point précédent. Ces dispositions sont entrées en vigueur le 28 janvier 2024 et sont, à défaut de disposition contraire dans la loi du 26 janvier 2024 dont elles sont issues, applicables aux demandes de titre de séjour déposées avant cette date. Elles sont donc opposables à M. A alors même qu'il a présenté sa demande le 30 novembre 2021. Ainsi qu'il a été dit au point 1, le requérant a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours par un arrêté du préfet du Var du 22 novembre 2019 devenu définitif après que son recours en annulation a été rejeté par le tribunal de céans le 18 février 2020. Selon l'arrêté attaqué, il ressort de la copie du passeport de M. A, délivré par les autorités tunisiennes à Marseille, valable du 4 mai 2019 au 3 mai 2024 et dépourvu de tout visa ou tampon d'entrée ou de sortie du territoire national, que l'intéressé n'a pas satisfait à l'obligation de quitter le territoire français qui lui avait ainsi été faite. M. A ne conteste pas ce motif de refus, faisant au contraire valoir qu'il vit en France sans interruption depuis 2017. Dès lors, ce motif doit être regardé comme légal.

7. Il résulte de l'instruction que le préfet du Var aurait pris la même décision de refus de titre de séjour s'il ne s'était fondé que sur ce motif, qui suffit à la justifier légalement à la fois pour la demande présentée par M. A en qualité de salarié et pour celle présentée au titre de la vie privée et familiale. Par suite, les autres motifs de refus de titre de séjour sont surabondants et les moyens soulevés par M. A contre ces motifs sont inopérants.

8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France le 4 février 2017 à l'âge de 23 ans. Il est célibataire et sans enfant. S'il fait valoir que sa sœur réside en France, il n'apporte aucun élément sur l'intensité de leurs relations. Il ne justifie d'aucun autre lien familial ou personnel ni d'aucune insertion particulière dans la société française, alors au contraire qu'il s'est volontairement soustrait à une précédente mesure d'éloignement, ainsi qu'il a été dit. S'il invoque sa situation stable de locataire, ses revenus, son expérience en tant que salarié, ses formations professionnelles et les demandes d'autorisation de travail présentées par de potentiels employeurs, il ressort des pièces versées aux débats qu'il n'exerce plus d'activité salariée ni ne déclare de revenus depuis novembre 2019. Enfin, M. A ne soutient pas être dépourvu d'attaches en Tunisie où il a passé la majeure partie de sa vie et où réside sa mère. Dans ces conditions, en rejetant la demande de titre de séjour de M. A et en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet du Var n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces décisions ont été prises. Le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de ses décisions sur la situation personnelle du requérant.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par conséquent, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par M. A.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 7 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

M. Cros, premier conseiller,

M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

F. CROS

La présidente,

Signé

M. BERNABEU

La greffière,

Signé

G. BODIGER

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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