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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2402619

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2402619

vendredi 30 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2402619
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon, statuant en référé précontractuel sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de la SASU Azuréenne d'Incendie. Celle-ci contestait la procédure d'appel d'offres de la commune de Sanary-sur-Mer pour un marché de maintenance incendie, en invoquant notamment le caractère anormalement bas de l'offre retenue et un manque de transparence. Le juge a estimé que la commune avait suffisamment justifié avoir vérifié l'offre de l'attributaire et que les documents de la consultation étaient conformes aux exigences de publicité et de mise en concurrence. La requête a donc été rejetée, sans qu'il soit fait droit aux demandes de frais de procédure.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 et 26 août 2024, la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Azuréenne d'Incendie, représentée par Me Msellati, demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :

1°) d'annuler la procédure d'appel d'offres initiée par la commune de Sanary-sur-Mer, en vue de l'attribution d'un accord-cadre à bons de commande, ayant pour objet la maintenance préventive et corrective du matériel de sécurité incendie, présent dans les bâtiments ou espaces communaux ;

2°) d'enjoindre à la commune de Sanary-sur-Mer d'organiser une nouvelle procédure d'attribution du marché ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Sanary-sur-Mer la somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'offre de la société attributaire est anormalement basse alors que le pouvoir adjudicateur s'est abstenu de mettre en œuvre les diligences mentionnées à l'article L. 2 152-6 du code de la commande publique ;

- les documents du marché ont été susceptibles de nuire à l'information des candidats et à la transparence de la procédure de passation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 et 27 août 2024, la commune de Sanary-sur-Mer conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de la SASU Azuréenne d'Incendie, au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Hélayel, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle il a été décidé de prolonger l'instruction jusqu'au 30 août :

- le rapport de M. Hélayel, juge des référés, qui a également invité la commune de Sanary-sur-Mer à lui transmettre une pièce qu'elle estimait couverte par le secret des affaires, dans le cadre des dispositions des articles R. 611-30 et R. 412-2-1 du code de justice administrative ;

- les observations de Me Dolciani, substituant Me Msellati, représentant la SASU Azuréenne d'Incendie ;

- les observations de Mme A, pour la commune de Sanary-sur-Mer ;

- les observations de M. B, représentant société Conseil en sécurité.

Un mémoire présenté par la SASU Azuréenne d'Incendie a été enregistré le 29 août 2024 et n'a pas été communiqué.

Des pièces produites par la société Conseil en sécurité ont été enregistrées le 30 août 2024 et n'ont pas été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. Par un avis de marché publié le 19 avril 2024 au bulletin officiel des annonces des marchés publics, la commune de Sanary-sur-Mer a lancé une procédure d'appel d'offres ouvert, en vue de l'attribution d'un accord-cadre à bons de commande. Ce marché de services a pour objet la maintenance préventive et corrective d'installations incendie, d'alarmes et de systèmes de détection. La société Azuréenne d'Incendie (ADI) a déposé une offre le 15 mai 2024. Par un courrier du 29 juillet 2024, la commune de Sanary-sur-Mer a informé la société ADI du rejet de son offre et de ce que le marché avait été attribué à la société Conseil en sécurité (CES).

2. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix () ".

3. Il appartient au juge du référé précontractuel de rechercher si l'entreprise qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésée ou risquent de la léser, fût-ce de façon indirecte, en avantageant une entreprise concurrente.

4. En premier lieu, l'article L. 2152-5 du code de la commande publique dispose : " Une offre anormalement basse est une offre dont le prix est manifestement sous-évalué et de nature à compromettre la bonne exécution du marché. " Aux termes de l'article L. 2152-6 du code : " L'acheteur met en œuvre tous moyens lui permettant de détecter les offres anormalement basses. / Lorsque une offre semble anormalement basse, l'acheteur exige que l'opérateur économique fournisse des précisions et justifications sur le montant de son offre. / Si, après vérification des justifications fournies par l'opérateur économique, l'acheteur établit que l'offre est anormalement basse, il la rejette dans des conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. "

5. Le fait pour un pouvoir adjudicateur de retenir une offre anormalement basse porte atteinte à l'égalité entre les candidats à l'attribution d'un marché public. Quelle que soit la procédure de passation mise en œuvre, il incombe au pouvoir adjudicateur qui constate qu'une offre paraît anormalement basse de solliciter auprès de son auteur toutes précisions et justifications de nature à expliquer le prix proposé. Si les précisions et justifications apportées ne sont pas suffisantes pour que le prix proposé ne soit pas regardé comme manifestement sous-évalué et de nature, ainsi, à compromettre la bonne exécution du marché, il appartient au pouvoir adjudicateur de rejeter l'offre.

6. La société ADI soutient que le prix des prestations proposées par la société CES est inférieur de 40 775,80 euros (hors taxes) au prix estimé par la société attributaire et inférieur de 40 782,70 euros (hors taxes), soit 45%, au prix estimé par le pouvoir adjudicateur. Toutefois, ce faisant, la requérante se borne à effectuer une comparaison des prix, au demeurant au regard du montant maximum du marché et non du prix estimé, sans apporter d'éléments précis, de nature à établir que l'offre de la société CES serait manifestement sous-évaluée.

7. La société ADI fait valoir, à raison, qu'elle n'a pas accès au détail du bordereau des prix unitaires de la société CES et que la réponse de cette dernière à la demande de précision des prix par la commune, apportée par courrier du 15 juillet 2024, a été occultée. La requérante disposait néanmoins du rapport d'analyse des offres, contenant un tableau comparatif précis, faisant apparaître tous les écarts de prix selon chaque prestation, afin d'étayer ses critiques. Par suite, et sans même qu'il soit besoin d'apprécier les pièces soustraites du contradictoire en vertu du secret des affaires, le moyen tiré de ce que le pouvoir adjudicateur a retenu une offre anormalement basse doit être écarté.

8. En second lieu, la société ADI soutient qu'il existe, dans les documents de la consultation, une confusion relative au prix du marché. Il résulte toutefois clairement de l'instruction que le pouvoir adjudicateur a opéré une distinction entre, d'une part, la valeur estimée du marché, soit 120 000 euros (hors taxe sur la valeur ajoutée) et, d'autre part, la valeur maximale de l'accord-cadre, soit 180 000 euros. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des principes de la commande publique doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SASU Azuréenne d'Incendie doit être rejetée.

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme que la commune de Sanary-sur-Mer demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de la SASU Azuréenne d'Incendie est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Sanary-sur-Mer présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SASU Azuréenne d'Incendie et à la commune de Sanary-sur-Mer.

Copie en sera adressée à la société Conseil en sécurité.

Fait à Toulon, le 30 août 2024.

Le juge des référés,

Signé

D. Hélayel

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier.

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