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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2402633

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2402633

mercredi 21 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2402633
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantITEM AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Toulon, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de Mme C visant à suspendre l'exécution de l'arrêté du maire de Montauroux du 26 avril 2024 et du titre de recettes subséquent, qui lui réclamaient 6 750 euros au titre d'une astreinte administrative pour infractions aux règles d'urbanisme (stationnement prolongé d'un véhicule en zone naturelle). Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, la requérante ne justifiant pas d'une situation financière ou personnelle suffisamment grave pour justifier une suspension, et qu'aucun des moyens soulevés (erreur matérielle sur le titre, absence d'infraction) n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées, fondées sur les articles L. 481-1 du code de l'urbanisme et L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 août 2024, Mme B C née A, représentée par Me Hawadier, demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 26 avril 2024 par lequel le maire de Montauroux l'a déclarée redevable de la somme de 6 750 euros au titre de l'astreinte administrative journalière liquidée pour la période du 15 janvier 2024 au 14 avril 2024 ;

2°) de suspendre l'exécution du titre de recettes délivré le 3 mai 2024 pour le recouvrement de la somme de 6 750 euros.

Il est soutenu que :

-la condition d'urgence est remplie ; Mme C a reçu le 24 juillet 2024 une lettre de rappel lui ordonnant de régler la somme de 6 750 euros dans les trente jours de la réception de cette lettre ; elle est âgée de 84 ans, hospitalisée au centre hospitalier intercommunal de Fréjus pour une leucémie et elle ne peut pas s'acquitter de la somme réclamée sous peine de perdre le bénéfice de son contrat d'assurance santé qui lui permettra, à la sortie de l'hôpital, d'être admise dans le centre de convalescence et de rééducation fonctionnelle ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées ; premièrement, le titre de recettes vise un arrêté n°2024-026 du 3 mai 2024 qui n'existe pas, il repose sur une décision inexistante et il est dépourvu de réelle motivation ; deuxièmement, l'arrêté du 26 avril 2024 ne repose sur aucune infraction aux règles d'urbanisme, sachant que Mme C et son compagnon résident au 12 rue des Ecoles à Montauroux et non sur les parcelles considérées ; de plus, le véhicule présent sur les lieux n'est pas une épave et il est en état de fonctionnement.

Par des mémoires enregistrés le 16 août 2024 et le 19 août 2024, la commune de Montauroux, représentée par Me Reghin, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de Mme C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

-il n'y a aucune urgence à suspendre l'exécution des décisions attaquées dans la mesure où la requérante ne saurait se prévaloir de sa propre turpitude et elle ne justifie pas du retard pris pour procéder au simple enlèvement de véhicules abandonnés sur son terrain depuis plus de trois mois ; en outre, conformément aux articles L. 252-A du livre des procédures fiscales et L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, l'introduction de l'instance au fond a suspendu la force exécutoire du titre ; la demande de suspension de l'exécution du titre est irrecevable et dépourvue de toute urgence ;

-il n'y a pas de doute sérieux sur la légalité du titre exécutoire lequel est fondé sur l'arrêté n°2024-026 du 26 avril 2024, en dépit d'une erreur matérielle dans l'indication de la date ; par ailleurs, ce titre a pour objet le recouvrement de l'astreinte journalière due au titre de la période courant du 15 janvier 2024 au 14 avril 202, soit 90 jours et il précise les bases de la liquidation ; enfin, la requérante a bien été rendue destinataire, le 30 avril 2024, de l'arrêté n°2024-026 ;

-il n'y a pas davantage de doute sérieux sur la légalité de cet arrêté ; premièrement, le maire peut parfaitement mettre en œuvre les mesures administratives prévues par l'article L.481-1 du code de l'urbanisme (mise en demeure de régulariser assortie d'une astreinte par jour de retard) indépendamment de toute procédure pénale ; deuxièmement, les infractions constatées par la mise en demeure sont différentes de celle qui avait donné lieu à la procédure de composition pénale courant 2022 ; troisièmement, la présence d'un camping-car sur le terrain de Mme C pendant plus de trois mois n'est pas contestée et l'installation d'une caravane ou d'un véhicule assimilé sur un terrain affecté ou non à l'hébergement de loisirs relève en principe du régime de la déclaration lorsque cette installation est prévue pour une durée supérieure à trois mois ; en outre, le règlement de la zone naturelle du PLU interdit le stationnement de ces véhicules tandis que l'article R. 111-48 du code de l'urbanisme interdit l'installation de caravanes, qu'elle qu'en soit la durée, au sein d'un espace vert protégé ; quatrièmement, il n'est pas contesté qu'une caravane stationne irrégulièrement au sein d'une zone naturelle et d'un espace vert protégé, sachant que le terrain comporte déjà une bastide pouvant abriter la nourriture et le matériel de soin pour les chevaux.

Vu :

- les autres pièces du dossier

- la requête n° 2402121 par laquelle Mme C demande l'annulation des décisions attaquées.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Riffard, premier conseiller, en qualité de juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Riffard ;

- les observations de Me Grasset substituant Me Hawadier, représentant Mme C qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens exposés oralement ;

- les observations de Me Reghin, représentant la commune de Montauroux qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens exposés oralement.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue des observations des parties.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 26 avril 2024, le maire de Montauroux a mis à la charge de Mme C la somme de 6 750 euros au titre de l'astreinte journalière de 75 euros liquidée pour la période allant du 15 janvier 2024 au 15 avril 2024 à raison d'infractions aux règles d'urbanisme constatées par procès-verbal du 15 août 2023 sur sa propriété. Le 3 mai 2024, le maire a émis un titre de recettes pour le recouvrement de la somme de 6 750 euros. Par la présente requête, Mme C demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de ces décisions.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Aux termes de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme : " I.- Lorsque des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 ont été entrepris ou exécutés en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ainsi que des obligations mentionnées à l'article L. 610-1 ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable et qu'un procès-verbal a été dressé en application de l'article L. 480-1, indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées pour réprimer l'infraction constatée, l'autorité compétente mentionnée aux articles L. 422-1 à L. 422-3-1 peut, après avoir invité l'intéressé à présenter ses observations, le mettre en demeure, dans un délai qu'elle détermine, soit de procéder aux opérations nécessaires à la mise en conformité de la construction, de l'aménagement, de l'installation ou des travaux en cause aux dispositions dont la méconnaissance a été constatée, soit de déposer, selon le cas, une demande d'autorisation ou une déclaration préalable visant à leur régularisation. () III. -L'autorité compétente peut assortir la mise en demeure d'une astreinte d'un montant maximal de 500 € par jour de retard. ". Aux termes de l'article L. 481-2 du même code : " () II. -Les sommes dues au titre de l'astreinte sont recouvrées, dans les conditions prévues par les dispositions relatives aux produits communaux, au bénéfice de la commune sur le territoire de laquelle est implanté l'immeuble ayant fait l'objet de l'arrêté. () ".

4. Aux termes de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales : " Constituent des titres exécutoires les arrêtés, états, rôles, avis de mise en recouvrement, titres de perception ou de recettes que l'Etat, les collectivités territoriales ou les établissements publics dotés d'un comptable public délivrent pour le recouvrement des recettes de toute nature qu'ils sont habilités à recevoir " et aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire du titre. () ". Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que l'introduction d'un recours visant à contester le bien-fondé d'arrêtés, d'états, de rôles, d'avis de mise en recouvrement et de titres de perception ou de recettes émis notamment pour le recouvrement des recettes communales suspend le caractère exécutoire de ces actes et le recouvrement forcé de la créance.

5. Il résulte du 1° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, applicable aux titres exécutoires, que l'introduction d'une requête devant une juridiction ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local, suspend la force exécutoire du titre et le recouvrement forcé de la créance. Par une requête n° 2402121, enregistrée le 27 juin 2024, Mme C a entendu demander l'annulation, d'une part, de l'arrêté du 26 avril 2024 par lequel le maire de Montauroux l'a déclarée redevable de la somme de 6 750 euros au titre de l'astreinte administrative journalière liquidée pour la période du 15 janvier 2024 au 14 avril 2024 à raison de l'installation irrégulière d'une caravane pendant plus de trois mois par an et le stationnement d'épaves en zone naturelle et, d'autre part, du titre de recettes émis le 3 mai 2024 pour le recouvrement de cette somme, lesquels constituent des titres exécutoires conformément à l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales. En vertu de l'effet suspensif qui s'attache de plein droit à cette demande d'annulation formée devant la juridiction par l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, la requérante ne justifie pas de l'urgence à suspendre l'exécution de ces décisions.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la demande de Mme C présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

8. D'une part, la commune de Montauroux n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les dispositions précédentes s'opposent à ce qu'il soit mis à sa charge la somme que la requérante demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme C la somme demandée par la commune de Montauroux au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Montauroux tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C née A et à la commune de Montauroux.

Fait à Toulon, le 21 août 2024.

Le juge des référés,

signé

D. RIFFARD

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

2402633

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