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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2402643

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2402643

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2402643
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantPACARIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 8 août et 4 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Pacarin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 juillet 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant cet examen, dans un délai respectif d'un mois ou de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est privée de base légale par voie d'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 octobre 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulon.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 octobre 2024 :

- le rapport de M. Cros ;

- et les observations de Me Pacarin pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 23 octobre 1992, déclare être entré régulièrement en France le 1er janvier ou 17 février 2005 au titre du regroupement familial, sans justifier de cette date ni de la régularité de son entrée. Il a bénéficié d'une carte de résident de dix ans valable du 21 avril 2009 au 20 avril 2019, renouvelée de plein droit à cette date en application des stipulations du second alinéa du 2 de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié en matière de séjour et de travail. Par un arrêté du 7 avril 2022 qu'il n'a pas contesté, le préfet du Var, d'une part, lui a retiré sa carte de résident au motif qu'il avait fait l'objet de plusieurs condamnations pénales définitives, en application des dispositions alors applicables du premier alinéa de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, lui a délivré de plein droit une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale " en application du second alinéa du même article. M. B a présenté le 16 février 2024 une demande de renouvellement de cette carte de séjour temporaire. Par un arrêté du 3 juillet 2024, le préfet du Var a rejeté sa demande au motif que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens propres au refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence () ".

3. L'arrêté attaqué a été signé par M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var et sous-préfet de l'arrondissement de Toulon. Par un arrêté n° 2024/14/MCI du 12 avril 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 83-2024-069, le préfet du Var avait donné délégation à M. C pour signer notamment " tous actes [et] décisions () en matière de police des étrangers ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle () au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ".

5. Lorsque l'administration oppose à un ressortissant étranger un motif lié à la menace à l'ordre public pour refuser de faire droit à sa demande de titre de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. La menace pour l'ordre public s'apprécie au regard de l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel de l'étranger en cause. Il n'est donc ni nécessaire, ni suffisant que le demandeur ait fait l'objet de condamnations pénales. L'existence de celles-ci constitue cependant un élément d'appréciation au même titre que d'autres éléments tels que la nature, l'ancienneté ou la gravité des faits reprochés à la personne ou encore son comportement habituel.

6. Il ressort du bulletin numéro 2 de son casier judiciaire que M. B a fait l'objet de treize condamnations pénales définitives entre les 18 juillet 2011 et 20 novembre 2020, ayant notamment prononcé dix peines d'emprisonnement dont huit fermes, pour des durées allant jusqu'à deux ans d'emprisonnement, pour avoir commis entre les 19 mars 2011 et 6 décembre 2019 les infractions suivantes : dégradation ou détérioration d'un bien destiné à l'utilité ou à la décoration publique (le 19 mars 2011), usage illicite de stupéfiants (les 30 mars 2011, 5 janvier, 6 janvier et 4 août 2012, puis du 1er janvier au 3 décembre 2015), vol avec violence n'ayant pas entraîné une incapacité totale de travail en récidive (du 16 au 18 mars 2012), port prohibé d'arme de catégorie 6 en récidive (du 16 au 18 mars 2012), vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt (du 23 au 24 novembre 2012 puis en récidive du 30 au 31 juillet 2016 et du 20 au 21 août 2016), vol (le 4 août 2012 puis en récidive du 30 au 31 juillet 2016), violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours (le 5 octobre 2012), recel de bien provenant d'un vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt en récidive (le 16 juillet 2017), rébellion (le 6 décembre 2019) et, enfin, menace de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique (le 22 novembre 2019). Contrairement à ce que soutient M. B, l'arrêté attaqué ne constitue pas une sanction mais une mesure de police et le préfet du Var pouvait prendre en compte ces condamnations pénales antérieures pour statuer sur sa demande de renouvellement de carte de séjour temporaire, alors même qu'il en avait déjà tenu compte pour lui retirer sa carte de résident le 7 avril 2022. En outre, l'intéressé a été condamné à nouveau le 5 octobre 2023 à une peine de six mois d'emprisonnement pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme commis le 22 mai 2023, soit seulement six mois après la fin de sa dernière période d'emprisonnement le 8 novembre 2022, et treize mois avant la date de l'arrêté attaqué. En définitive, M. B, qui est multirécidiviste, a donc commis, sur une longue période de temps (du 19 mars 2011 au 22 mai 2023, soit plus de douze ans) des infractions graves, réitérées et, pour la dernière d'entre elles (22 mai 2023), récente à la date de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, si le requérant fait valoir qu'il a entrepris un suivi psychologique, le préfet du Var soutient sans être contredit que ce suivi n'est pas spontané mais obligatoire puisqu'il a été ordonné par l'autorité judiciaire. Les pièces produites se bornent à faire état de trois consultations par un psychologue les 1er février, 23 mars et 2 août 2023, consultations qui n'ont pas empêché l'intéressé de récidiver en commettant le dernier délit précité de violence avec usage ou menace d'une arme le 22 mai 2023. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'intégration socio-professionnelle dont se prévaut M. B se limite à des périodes de travail intérimaire entre mars et septembre 2016 puis du 22 décembre 2022 au 11 avril 2024. Dans ces conditions, le préfet du Var n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que la présence du requérant en France constitue une menace pour l'ordre public faisant obstacle au renouvellement de sa carte de séjour temporaire en application des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B est célibataire et sans enfant. S'il invoque la présence en France de l'ensemble des membres de sa famille, à savoir, selon le formulaire de demande de titre de séjour, ses parents, ses deux frères et sa sœur, il ne justifie pas suffisamment de la nature et de l'intensité des liens qu'ils entretiendraient avec eux. En particulier, les attestations signées par ces cinq personnes, qui sont peu circonstanciées, l'attestation d'hébergement depuis le 8 novembre 2022 établie par sa mère et les sept photographies versées aux débats, sont insuffisantes pour démontrer de tels liens. En outre, M. B ne justifie d'aucune insertion particulière dans la société française, à plus forte raison au regard de ses onze peines d'emprisonnement successives entre 2011 et 2023. Son activité professionnelle, qui se limite à des périodes de travail intérimaire accomplies essentiellement entre décembre 2022 et avril 2024, est récente et ne présente aucune stabilité. Dans ces conditions, quand bien même sa présence sur le territoire national est alléguée depuis 2005 et établie depuis 2009, le préfet du Var n'a pas porté d'atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en refusant de renouveler sa carte de séjour temporaire.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne le moyen propre à l'obligation de quitter le territoire français :

10. La décision de refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de celle de cette décision ne peut être accueilli.

11. Il s'ensuit que les conclusions de M. B dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par conséquent, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par M. B. Au demeurant, celui-ci n'allègue pas avoir exposé d'autres frais que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été accordée le 7 octobre 2024.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Maître Pacarin et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

M. Cros, premier conseiller,

M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

F. CROS

La présidente,

Signé

M. BERNABEU

La greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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