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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2402658

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2402658

mercredi 14 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2402658
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantREA-ROLLAND

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de la décision du préfet du Var du 5 juillet 2024 accordant le concours de la force publique pour l'expulsion de Mme A. Le juge a constaté une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de la vie privée et familiale et au droit au logement, dès lors que Mme A était co-titulaire du bail et qu'aucun jugement d'expulsion n'avait été prononcé à son encontre. La condition d'urgence a été reconnue en raison de l'expulsion imminente. Cette décision s'appuie sur les articles L. 521-2 du code de justice administrative et 1751 du code civil.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 août 2024, Mme B A, représentée par Me Rea-Rolland, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 5 juillet 2024 par laquelle le préfet du Var a accordé le concours de la force publique pour son expulsion du logement qu'elle occupe avec son époux au 140 rue Melpomène, parc des Tilleuls, à Toulon ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil, par application combinée de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle va être expulsée de son logement le 21 août 2024 ;

- la décision en litige porte atteinte grave et manifestement illégale à son droit de disposer librement du logement pris à bail dès lors qu'elle est co-titulaire d'un contrat bail en application de l'article 1751 du code civil et qu'aucune décision du juge judiciaire n'autorise son expulsion, le jugement du 9 décembre 2022 du tribunal judiciaire de Toulon n'ordonnant l'expulsion que de son époux ; elle n'a pas la qualité d'occupante du chef de son époux.

La procédure a été communiquée au préfet du Var qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Montalieu, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement avertie du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 août 2024, tenue en présence de Mme Picard, greffière :

- le rapport de Mme Montalieu, juge des référés ;

- et les observations de Me Rea-Rolland, avocate de la requérante, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que la procédure à l'encontre de Mme A est en cours, une audience étant prévue en novembre prochain ;

- la préfecture du Var n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, née le 5 avril 1979, est locataire avec son époux d'un logement situé au 140 rue Melpomene, parc des Tilleuls, à Toulon. Par une décision du 5 juillet 2024, le préfet du Var a accordé le concours de la force publique pour leur expulsion de ce logement à compter du 5 août 2024.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de Mme A à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

4. Aux termes des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

5. Lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.

6. Pour justifier de l'urgence s'attachant à l'intervention du juge des référés dans un délai de quarante-huit heures, Mme A fait valoir qu'elle va être expulsée de son logement le 21 août 2024, ce qui n'est pas contesté, sans qu'aucune décision de justice n'ordonne son expulsion et alors qu'elle est co-titulaire d'un contrat de bail. En outre, il résulte de l'instruction que le conseil de la requérante a alerté la préfecture du Var et le bailleur, dès réception de la décision en litige, de ce que le dispositif du jugement du 9 décembre 2022 du tribunal judiciaire de Toulon ne visait que M. A. Dans ces conditions, la requérante doit être regardée comme justifiant de circonstances de nature à caractériser une situation d'urgence à très bref délai au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

En ce qui concerne la condition relative à l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

7. Aux termes de l'article 1751 du code civil : " Le droit au bail du local, sans caractère professionnel ou commercial, qui sert effectivement à l'habitation de deux époux est, quel que soit leur régime matrimonial et nonobstant toute convention contraire, et même si le bail a été conclu avant le mariage, réputé appartenir à l'un et à l'autre des époux. () ".

8. Il résulte de l'instruction que, par un jugement du 9 décembre 2022, le tribunal judiciaire de Toulon a ordonné l'expulsion de M. A et de tous occupants de son chef, sans mentionner Mme A. En vertu de l'article 1751 du code civil, Mme A a la qualité de co-titulaire du bail et non celle d'occupante du chef de son époux et n'est donc pas au nombre des personnes dont le jugement du 9 décembre 2022 autorise l'expulsion. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que la décision en litige porte à son droit de disposer librement des biens pris à bail, corolaire du droit de propriété, une atteinte grave et manifestement illégale.

9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre la décision du 5 juillet 2024 du préfet du Var en tant qu'elle vise Mme B A.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à Me Rea-Rolland en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve, d'une part, de son renoncement à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle et, d'autre part, de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros lui sera versée.

O R D O N N E:

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du 5 juillet 2024 du préfet du Var est suspendue en tant qu'elle vise Mme B A.

Article 3 : L'Etat versera à Me Rea-Rolland une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve, d'une part, qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle et, d'autre part, de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros lui sera versée.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Rea-Rolland.

Copie en sera adressée au préfet du Var.

Fait à Toulon, le 14 août 2024.

La juge des référés,

Signé

M. MONTALIEU

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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