jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2402819 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 30 août, 12 septembre et 12 novembre 2024, M. A B, représenté par Me Hubert, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) si le Tribunal l'estime utile, ordonner un test ADN afin de déterminer si M. B A est le père de l'enfant C Christian-Raphaël ;
3°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L 423-23 du CESEDA dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et ce sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à Me Hubert, son avocat, en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative (CJA).
Il soutient que :
- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- la décision est entachée d'illégalité dès lors qu'il n'a jamais été convoqué devant une commission de titre de séjour ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation dès lors que le préfet n'a pas examiné sa demande de titre de séjour au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant (CIDE) ;
- il contribue grandement à l'entretien et l'éducation de son fils ;
- sa présence auprès de son fils est indispensable dès lors que la mère de son enfant présente une certaine fragilité ;
- la décision attaquée méconnait également les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant (CIDE).
Par un mémoire en défense, enregistré au greffe le 28 octobre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juillet 2024.
Il fait valoir que la requête est irrecevable comme tardive.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- l'accord du 23 septembre 2006 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires et l'avenant à cet accord signé le 25 février 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Karbal, rapporteur,
- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,
- et les observations de Me Hbert représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant sénégalais né le 30 décembre 1983, allègue être entré en France le 6 juillet 2017. Le 2 septembre 2020, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privé et familiale ". Par un arrêté du 16 mai 2024, le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Var :
2. Aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. Le tribunal administratif statue dans un délai de trois mois à compter de sa saisine ".
3. En l'espèce, le préfet du Var fait valoir que l'aide juridictionnelle a été accordée à
M. B par une décision du 29 juillet 2024, et que le délai de recours contentieux de 30 jours a donc commencé à courir le 30 juillet 2024 pour expirer le 29 août 2024. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant a présenté une demande d'aide juridictionnelle le 8 juin 2024, ce qui a pour effet d'interrompre le délai de recours. Un nouveau délai de recours contentieux de 30 jours n'a commencé à courir qu'à compter de l'expiration d'un délai de 15 jours après la notification au requérant, le 3 août 2024, de la décision se prononçant sur sa demande d'aide juridictionnelle, soit le 19 août 2024. Le délai de recours contentieux n'a ainsi expiré que le jeudi 19 septembre 2024 et le recours, enregistré le 30 août 2024, n'est donc pas tardif. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B justifie de sa présence sur le territoire français depuis au moins l'année 2018. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé a entretenu une relation amoureuse avec Mme C, ressortissante de nationalité roumaine. De cette union, est né le 25 avril 2019 l'enfant Cristian-Rafael C. Si le préfet fait valoir que le requérant n'a pas reconnu son enfant et qu'il ne dispose pas de l'autorité parentale, il ressort toutefois des pièces du dossier que le juge des enfants, intervenant dans le cadre d'une mesure d'assistance éducative à la demande du requérant, lui a confié l'enfant du 12 novembre 2019 au 30 novembre 2020, en qualité de tiers de confiance. En outre, il ressort des termes de la décision du juge des enfants du 28 avril 2022 que l'enfant évolue favorablement auprès de sa mère et indique que cette dernière a besoin de la présence du requérant dans l'éducation de leur fils. Il ressort enfin des pièces du dossier, et notamment des nombreuses attestations produites par des tiers, que M. B s'occupe de l'enfant quotidiennement. Dans les circonstances particulières de l'espèce, l'arrêté contesté a porté une atteinte disproportionnée au droit de requérant au respect de sa vie privée et familiale et a ainsi méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
6. Par suite, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête,
M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Var du 16 mai 2024.
7. Eu égard au motif d'annulation qui le fonde, le présent jugement implique nécessairement, sauf changement substantiel dans les circonstances de fait ou de droit, la délivrance à M. B d'un titre de séjour. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer un tel titre dans un délai de trois mois à compter du présent jugement. Dans les circonstances particulières de l'espèce et eu égard en particulier au délai d'instruction de la demande de titre de séjour, il y a lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte de 50 euros par jour de retard.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser au conseil de M. B sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 16 mai 2024 du préfet du Var est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de délivrer un titre de séjour à M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Cette injonction est assortie d'une astreinte de 50 euros par jour de retard.
Article 3 : L'Etat versera à Me Hubert une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet du Var et à Me Hubert.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Harang, président,
M. Zouhaïr Karbal, conseiller,
Mme Mathilde Montalieu, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
Z. KARBAL
Le président,
Signé
Ph. HARANG La greffière,
Signé
F. POUPLY
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
N°2402819
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