lundi 9 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2402842 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | LAGARDERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 août 2024, Mme B C, représenté par Me Carole Lagardère, demande au juge des référés du tribunal administratif, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative (CJA) :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 11 juillet 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour accordé aux bénéficiaires d'une protection internationale et " abrog[é] et annul[é] tout document de séjour en [sa] possession " ;
3°) d'enjoindre au préfet du Var de réexaminer sa situation, dans un délai de 8 jours, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de " 1 500 " ou " 1 300 " euros à verser à Me Lagardère, son avocat, en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative (CJA).
Il soutient que :
- il a obtenu le statut de réfugié ;
- la décision attaquée a pour effet de le placer en situation irrégulière et il se trouve en situation de précarité ;
- il a été mis hors de cause pour les faits qui lui sont reprochés.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 septembre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Vu les autres pièces du dossier et la requête en annulation de la décision attaquée, enregistrée sous le n° 2402834.
Vu :
- la directive 2011/95/UE du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011 concernant les normes relatives aux conditions que doivent remplir les ressortissants des pays tiers ou les apatrides pour pouvoir bénéficier d'une protection internationale, à un statut uniforme pour les réfugiés ou les personnes pouvant bénéficier de la protection subsidiaire, et au contenu de cette protection ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;
- le code de justice administrative (CJA).
La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
L'affaire a été appelée à l'audience publique du 5 septembre 2023 à 15h30. Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que M. C est un ressortissant irakien né le 2 mai 1996, auquel la qualité de réfugié a été reconnue par une décision de l'OFPRA du 24 août 2022. Le 17 septembre 2022, l'intéressé a déposé une demande de délivrance de titre de séjour accordé aux bénéficiaires d'une protection internationale. Une attestation de décision favorable du 23 mai 2023 l'a informé qu'une carte de résident d'une durée de 10 ans " est actuellement en cours de fabrication ". Mais par l'arrêté attaqué, le préfet du Var a, d'une part, refusé la demande de première délivrance d'un titre de séjour, au motif que la présence de l'intéressé sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public et, d'autre part, " abrogé et annulé tout document de séjour en possession de l'intéressé ".
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. Il ne résulte pas de l'instruction que M. C ne résiderait pas habituellement en France au sens de l'article 3, alinéa 2, de la loi du 10 juillet 1991. Eu égard à l'urgence, il y a lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, en application de l'article 20, alinéa 1er, de la loi.
Sur la demande de suspension :
3. L'article L. 521-1, alinéa 1er, du CJA prévoit : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
En ce qui concerne le cadre juridique du litige :
4. D'une part, l'article L. 561-1 du CESEDA prévoit : " L'étranger qui a obtenu le statut de réfugié () en application du présent livre se voit délivrer un titre de séjour dans les conditions et selon les modalités prévues au chapitre IV du titre II du livre IV. ". L'article L. 424-1 du même code prévoit : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. ". L'article L. 424-2 du code prévoit : " Après avoir déposé sa demande de carte de résident, et dans l'attente de la délivrance de cette carte, l'étranger mentionné à l'article L. 424-1 a le droit d'exercer la profession de son choix dans les conditions prévues à l'article L. 414-10. /
Les conditions dans lesquelles l'étranger est autorisé à séjourner en France dans l'attente de la délivrance de la carte de résident sont déterminées par décret en Conseil d'Etat. ". L'article R. 424-1 du code prévoit : " Le préfet procède à la délivrance de la carte de résident prévue [à l'article] L. 424-1 dans un délai de trois mois à compter de la décision de reconnaissance de la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile. ". L'article R. 431-15-3 du code prévoit : " Pour l'application de l'article L. 424-2, dès que la qualité de réfugié lui est reconnue, l'étranger est informé des modalités lui permettant d'accéder au téléservice mentionné à l'article R. 431-2 afin qu'il souscrive une demande de délivrance de la carte de résident prévue à l'article L. 424-1. / Dès la souscription de cette demande, une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande mentionnée au deuxième alinéa l'article R. 431-15-1, d'une durée de six mois renouvelables, est mise à sa disposition par le préfet au moyen de ce téléservice. Cette attestation porte la mention " reconnu réfugié ". / Ce document lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise et lui confère le droit d'exercer la profession de son choix dans les conditions prévues à l'article L. 414-10. ".
5. D'autre part, il ne résulte d'aucune disposition du CESEDA que son article L. 412-5, qui prévoit notamment que la circonstance que la présence de l'intéressé d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance de la carte de résident, serait applicable à l'étranger qui a obtenu le statut de réfugié. La directive 2011/95 prévoit certes à l'article 21, paragraphes 2 et 3, et à l'article 24, paragraphe 1, que les États membres peuvent refuser d'octroyer un titre de séjour à un réfugié, qu'il soit ou ne soit pas formellement reconnu comme tel, lorsqu'il y a des raisons sérieuses de considérer qu'il est une menace pour la sécurité de l'État membre où il se trouve, mais ces dispositions du droit de l'Union européenne n'ont pas fait l'objet d'une transposition en droit interne.
6. Enfin, si l'article 24, paragraphe 1, de la directive 2011/95 prévoit la délivrance d'un titre de séjour aux bénéficiaires du statut de réfugié " à moins que des raisons impérieuses de sécurité nationale ou d'ordre public ne s'y opposent ", une simple menace pour l'ordre public ne peut en tout état de cause être regardée comme revêtant un tel caractère.
7. Il résulte de ce qui précède que le droit interne doit être interprété en ce sens qu'en l'absence de raisons impérieuses de sécurité nationale ou d'ordre public s'y opposant, le préfet est tenu de délivrer la carte de résident d'une durée de 10 ans à l'étranger qui a obtenu le statut de réfugié. Afin de sauvegarder son effet utile, le droit interne doit en outre être interprété en ce sens que le délai pour la délivrance de ce titre de séjour est de 3 mois et qu'il court à compter non de la décision de reconnaissance de la qualité de réfugié par l'OFPRA ou la CNDA, mais de la demande de délivrance du titre de séjour à la souscription de laquelle l'étranger qui a obtenu le statut de réfugié n'est pas dispensé.
En ce qui concerne l'urgence :
8. L'arrêté attaqué, qui ne saurait avoir pour effet de révoquer ou de mettre fin au statut de réfugié de M. C, n'a pas pour effet de le " placer en situation irrégulière ", contrairement à ce qu'il soutient. Cet arrêté a néanmoins pour effet de faire obstacle, pour une durée illimitée, à ce que l'intéressé puisse justifier de la régularité de son séjour sur le territoire français et à ce qu'il ait le droit d'y exercer la profession de son choix, dans le cadre de la législation en vigueur. Il préjudice ainsi de manière suffisamment grave et immédiate à la situation du requérant.
9. La condition tenant à l'urgence doit donc être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux :
10. Eu égard à ce qui a été dit ci-dessus au point 7, le moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application de l'article L. 412-5 du CESEDA est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.
11. La condition tenant à l'existence d'un doute sérieux doit donc également être regardée comme remplie, alors même que la formalité prévue à l'article R. 611-7 du CJA tenant à l'information des parties n'a pas été accomplie en l'absence de celles-ci à l'audience publique.
12. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision attaquée.
Sur la demande d'injonction :
13. L'article L. 911-1 du CJA prévoit : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". L'article L. 911-2, alinéa 1er, du même code prévoit : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. "
14. La présente ordonnance implique nécessairement, d'une part, la mise à disposition de M. C d'une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande d'une durée de 6 mois renouvelables, qui porte la mention " reconnu réfugié " et, d'autre part, de réexaminer la situation de l'intéressé.
15. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet du Var de mettre ce document provisoire à la disposition de l'intéressé, dans un délai de 24 heures et de réexaminer la situation de l'intéressé, dans les meilleurs délais.
Sur les frais liés au litige :
16. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder à Me Lagardère le bénéfice de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de mettre à la charge de l'État, partie perdante pour l'essentiel, le versement à Me Lagardère de la somme de 600 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : M. C est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Article 2 : L'exécution de l'arrêté du préfet du Var du 11 juillet 2024 est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Var de mettre à la disposition de M. C une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande d'une durée de 6 mois renouvelables, qui porte la mention " reconnu réfugié ", dans un délai de 24 heures et de réexaminer la situation de l'intéressé, dans les meilleurs délais.
Article 4 : L'État versera la somme de 600 euros à Me Lagardère, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du CJA.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, à Me Carole Lagardère, au préfet du Var, à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Toulon le 9 septembre 2024.
Le juge des référés,
Signé
A. A La greffière,
Signé
L. APARICIO La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
Le greffier.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026