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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2402948

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2402948

lundi 9 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2402948
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Toulon, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la demande de la SAS Just Jimi visant à suspendre l'arrêté du maire de Bandol du 5 septembre 2024 suspendant pour quinze jours son autorisation d'occupation temporaire du domaine public. Le juge a estimé que la société, qui invoquait une atteinte grave à la liberté du commerce et une perte de chiffre d'affaires, ne justifiait pas d'une situation d'urgence caractérisée nécessitant une intervention dans un délai de quarante-huit heures. En conséquence, la requête a été rejetée sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, par application de l'article L. 522-3 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 septembre 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Just Jimi, représentée par Me Billet-Jaubert, demande au juge de référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du maire de la commune de Bandol du 5 septembre 2024 prononçant la suspension, pour une durée de quinze jours, de l'autorisation d'occupation temporaire (AOT) du domaine public dont bénéficie l'établissement à l'enseigne "O' 7" situé 37 quai Charles de Gaulle à Bandol ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bandol la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté litigieux, ainsi que les mises en demeures notifiées à M. A B, lui sont inopposables car cet arrêté a été libellé au nom du restaurant "O' 7" qui ne correspond pas à l'enseigne ou la raison sociale de la société exploitante, qui est la SAS Just Jimi ; de surcroît, les mises en demeure ont été notifiées à M. A B, personne physique, alors que l'AOT a été établie au nom de la société précitée ;

- les faits sanctionnés, à savoir des dépôts inappropriés rue Marçon au droit de l'accès au restaurant, ne sont pas concernés par les textes régissant les droits de terrasse et ne peuvent lui être directement imputés ; le débordement du platelage est vivement contesté et le périmètre d'exploitation est demeuré le même, ce manquement ne pouvant justifier la mesure prise, qui est manifestement disproportionnée ;

- la mesure litigieuse porte atteinte à la liberté du commerce ; cette atteinte est grave et manifestement illégale dès lors que la décision de police administrative repose sur une erreur dans la qualification matérielle des faits et est disproportionnée ; est illégal l'arrêté pris par le maire qui sanctionne par la suspension d'une AOT le défaut d'enlèvement d'ordures sur une voie publique, distincte de celle où se trouve la terrasse ; en outre, ses observations n'ont pas été recueillies dans le cadre de la procédure contradictoire ;

- la suspension de l'exécution de l'arrêté contesté est justifiée par l'urgence ; l'exploitation de la terrasse constitue l'été la seule source de revenus et donc une part substantielle de son chiffre d'affaires d'environ 100 000 euros, ce qui pourrait entraîner, en cas de privation, la suppression d'un ou plusieurs emplois voire la cessation de son activité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bernabeu, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, en vertu du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code, la requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit justifier de l'urgence de l'affaire.

2. Il n'y a urgence à ordonner la suspension d'une décision administrative que s'il est établi qu'elle préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du demandeur ou aux intérêts qu'il entend défendre. En outre, lorsque le requérant fonde son intervention non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative, mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.

3. Par un arrêté du 5 septembre 2024, le maire de la commune de Bandol a prononcé la suspension, pour une durée de quinze jours, de l'autorisation d'occupation temporaire (AOT) du domaine public dont bénéficie, au titre de l'année 2024, l'établissement à l'enseigne "O' 7" situé 37 quai Charles de Gaulle à Bandol, s'agissant d'une terrasse couverte fermée de 24,37 m2 et de deux terrasses non couvertes d'une superficie respective de 12 m2 et 67,77 m2.

4. Pour justifier d'une situation d'urgence particulière impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans un très bref délai, la société Just Jimi soutient que l'exécution de la mesure de suspension de l'AOT en litige est de nature à porter une atteinte grave à sa situation financière qui est d'ores et déjà fragile, et, notamment, de conduire à une baisse importante de son chiffre d'affaires. Il ne résulte toutefois pas de la seule attestation de l'expert-comptable de la société et des jugements du tribunal de commerce de Toulon, produits à l'instance, que l'arrêté litigieux, qui ne prononce pas la fermeture administrative de l'établissement, dont il n'est pas établi qu'il ne disposerait d'aucune salle de restauration pouvant accueillir des clients, aurait par lui-même pour conséquence directe, du seul fait de la privation du chiffre d'affaires qu'il entraîne durant une période limitée de quinze jours, de menacer à très court terme sa pérennité. Ainsi, l'exécution de l'arrêté litigieux n'est pas, en l'état de l'instruction, constitutive d'une situation d'urgence caractérisée au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qui rendrait nécessaire l'intervention, dans un délai de quarante-huit heures, du juge des référés statuant sur le fondement de ces dispositions.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de la SAS Just Jimi, prise en toutes ses conclusions, doit être rejetée par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de la SAS Just Jimi est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société par actions simplifiée Just Jimi.

Copie en sera transmise, pour information, à la commune de Bandol.

Fait à Toulon, le 9 septembre 2024.

La vice- présidente désignée,

Juge des référés

Signé

M. BERNABEU

La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

Le greffier.

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