vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2403016 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Lagardere, demande au tribunal sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner au préfet du Var de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de 8 jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
- afin de régulariser sa situation, elle a déposé le 3 novembre 2023 une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, à laquelle le préfet du Var n'a toujours pas donné de suite ;
- l'impossibilité matérielle d'obtenir une réponse sur la demande de titre de séjour porte atteinte aux droits de la requérante laquelle se trouve, de ce fait, maintenue en situation de séjour précaire et ce alors même qu'elle a déposé une demande de titre de séjour vie privée et familiale qui s'avère être complet ;
- il est indispensable de prescrire à titre conservatoire et provisoire à l'administration compétente de lui délivrer dans un délai de 8 jours un récépissé de titre de séjour sollicité et ce sous astreinteen application de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il ne ressort des pièces du dossier ni que la demande présentée serait incomplète ni qu'elle aurait fait l'objet à ce jour d'un refus d'enregistrement, d'une décision refusant la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour ; la mesure sollicitée ne fait donc obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ;
- puisque le préfet n'a sollicité aucune pièce complémentaire, c'est bien que le dossier de demande de renouvellement et complet ; la demande de Madame C épouse B A, ne souffre d'aucune contestation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la demande est dépourvue d'urgence.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Sauton, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision." et aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
2. Saisi sur ce fondement d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.
3. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande () ". L'article R. 431-14 du même code énumère les cas dans lesquels le récépissé de demande de titre de séjour vaut autorisation de travail.
4. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour a le droit, s'il a déposé un dossier complet, d'obtenir un récépissé de sa demande qui vaut autorisation provisoire de séjour.
5. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
6. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'injonction de délivrance d'un récépissé, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du défaut de délivrance sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce récépissé.
7. En l'espèce, pour justifier d'une situation d'urgence, Mme B se borne à se prévaloir avoir déposé le 3 novembre 2023 une demande de titre de séjour et de ce que l'impossibilité matérielle d'obtenir une réponse à sa demande de titre de séjour porte atteinte aux droits de la requérante laquelle se trouve, de ce fait, maintenue en situation de séjour précaire et ce alors même qu'elle a déposé une demande de titre de séjour vie privée et familiale qui s'avère être complet. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme B réside en France, en situation irrégulière, depuis l'année 2018, et qu'elle a fait l'objet d'un arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, qu'elle ne justifie pas avoir exécuté. Dans ces conditions, la situation d'urgence qu'invoque Mme B est donc moins imputable à l'administration qu'à son propre fait. Par ailleurs, Mme B ne justifie d'aucune circonstance particulière au regard de la durée et des conditions de son séjour en France, de la date et du fondement de sa demande de titre de séjour ou de sa situation personnelle et familiale, impliquant que sa demande de titre de séjour soit examinée prioritairement par rapport à celles d'autres ressortissants étrangers se trouvant dans la même situation. Dans ces conditions, Mme B ne justifie pas de l'existence d'une situation d'urgence rendant nécessaire l'intervention d'une mesure provisoire édictée par le juge des référés dans de brefs délais. Par suite, il y a lieu de rejeter la requête pour défaut d'urgence.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au préfet du Var.
Fait à Toulon, le 4 octobre 2024.
Le juge des référés,
signé
JF. SAUTON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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