mercredi 18 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2403032 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 septembre 2024, M. C A B, représenté par Me Macone, a demandé au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'arrêté d'expulsion du territoire français en date du 15 juillet 2024 pris par le préfet du Var à son encontre ;
2°) d'ordonner au préfet du Var de lui restituer son titre de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 100 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- il est sous le coup d'une expulsion du territoire français sachant qu'il doit être libéré le 19 septembre 2024 et que la police de l'air et des frontières a déjà procédé aux formalités préparatoires à son expulsion.
Sur l'atteinte à une liberté fondamentale :
- la décision en litige porte atteinte à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il a été scolarisé en France de septembre 2005 à juin 2017 ; tous les membres de sa famille résident régulièrement en France, ses parents, ses frères et sœurs et ses neveux et nièces ; il n'a plus aucun lien avec la Tunisie ;
- il a été privé d'un accès au juge par le préfet qui ne lui a pas remis une copie de l'arrêté d'expulsion, en méconnaissance de l'article 6-1 de la même convention.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 septembre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Faucher, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 septembre 2024 à 15 heures :
- le rapport de Mme Faucher, juge des référés ;
- les observations de Me Macone pour le requérant.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
2. Eu égard à son objet et à ses effets, une décision prononçant l'expulsion d'un étranger du territoire français, porte, en principe, et sauf à ce que l'administration fasse valoir des circonstances particulières, par elle-même atteinte de manière grave et immédiate à la situation de la personne qu'elle vise et crée, dès lors, une situation d'urgence justifiant que soit, le cas échéant, prononcée la suspension de cette décision. Il appartient au juge des référés saisi d'une telle décision de concilier les exigences de la protection de la sûreté de l'Etat et de la sécurité publique avec la liberté fondamentale que constitue le droit à mener une vie familiale normale. La condition d'illégalité manifeste de la décision contestée, au regard de ce droit, ne peut être regardée comme remplie que dans le cas où il est justifié d'une atteinte manifestement disproportionnée aux buts en vue desquels la mesure contestée a été prise.
3. Pour prendre la décision en litige, le préfet du Var a relevé que M. A B, né le 21 octobre 1999 en Tunisie, représente une menace grave pour l'ordre et la sécurité publique en raison de ses nombreuses condamnations. Il a été condamné par le tribunal correctionnel de Toulon pour offre ou cession non autorisée de stupéfiants (complicité) à une peine de 4 mois d'emprisonnement le 12 janvier 2018. Il a été condamné par le tribunal correctionnel de Toulon pour violences aggravées suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours à une peine d'un an et 6 mois d'emprisonnement le 28 février 2018. Il a été condamné par le tribunal correctionnel de Toulon pour outrage par parole à l'audience à magistrat dans l'exercice de ses fonctions à une peine de 3 mois d'emprisonnement le 2 mars 2018. Il a été condamné par le tribunal correctionnel de Toulon pour violences aggravées suivie d'incapacité supérieure à 8 jours à une peine d'un an et 6 mois d'emprisonnement le 12 octobre 2018. Il a été condamné par le tribunal correctionnel de Toulon pour acquisition, détention, offre ou cession et trafic non autorisé de stupéfiants en récidive et participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de 10 ans d'emprisonnement à une peine de 3 ans d'emprisonnement assortie d'une interdiction de séjour pendant 5 ans le 24 novembre 2018. Il a été condamné par le président du tribunal judiciaire de Toulon en comparution immédiate pour violation de décision judiciaire à 7 mois d'emprisonnement le 28 mai 2024. Ces faits, pour la plupart, sont anciens et remontent à 2018.
4. M. A B soutient que la décision du 15 juillet 2024, par laquelle le préfet du Var a décidé notamment de son expulsion du territoire français, porterait une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de mener une vie familiale normale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. Il fait valoir qu'il a été scolarisé en France de 2005 à 2017, qu'il est en couple, que tous les membres de sa famille résident régulièrement en France, ses parents, ses frères et sœurs et ses neveux et nièces et qu'il a occupé des emploi salariés sur de courtes périodes, du 1er octobre 2019 au 31 mars 2020 et du 18 février 2021 au 30 avril 2021. Cette décision d'expulsion porte donc au droit du requérant à mener une vie privée et familiale normale, une atteinte manifestement disproportionnée.
6. En outre, le requérant soutient sans être contesté qu'il doit être libéré le 19 septembre 2024 et que la police de l'air et des frontières a déjà procédé aux formalités préparatoires à son expulsion. Par suite, la condition d'urgence de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme étant satisfaite, justifiant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale soit prise dans les quarante-huit heures.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de l'arrêté du 15 juillet 2024 par lequel le préfet du Var a prononcé l'expulsion de M. A B jusqu'à ce que le tribunal, saisi à cette fin par l'intéressé, se soit prononcé sur sa légalité.
ORDONNE :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 15 juillet 2024 par lequel le préfet du Var a prononcé l'expulsion de M. A B est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité par le tribunal de céans.
Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à M. A B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A B et au préfet du Var.
Fait à Toulon le 18 septembre 2024
La juge des référés,
Signé
S. Faucher
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
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