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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2403049

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2403049

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2403049
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Toulon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté d'expulsion pris par le préfet du Var à l'encontre de M. B. Le juge a estimé que la condition d'urgence, bien que présumée en matière d'expulsion, n'était pas établie en l'espèce, le requérant incarcéré n'ayant pas démontré que sa sortie de prison était imminente ni que la décision faisait obstacle à un aménagement de peine concret. Par conséquent, la requête a été rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, sans examen des moyens de légalité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Mothere, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 15 juillet 2024, par laquelle le préfet du Var a ordonné son expulsion du territoire français, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de délivrer à M. A B un récépissé valant autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'admettre M. A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à distraire au profit de Maître Mothere, sous réserve qu'elle renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. B soutient que :

- sur l'urgence, elle est présumée en matière de recours contre un arrêté d'expulsion ; actuellement incarcéré, en l'état de sa peine M. B est éligible à un aménagement, qu'il compte solliciter avec le service pénitentiaire d'insertion et de probation ; or, la décision attaquée fait obstacle à l'exécution de tout aménagement qui pourrait être concédé à M. B ;

- sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée les moyens tirés de : l'incompétence de l'auteur de l'acte, l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des articles L. 631-1 et -2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'erreur de droit compte tenu de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.

Vu :

- la requête n°2403038 enregistrée le 15 septembre 2024 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision susvisée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Sauton, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête en référé du requérant, il y a lieu d'admettre l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. Eu égard à son objet et à ses effets, une décision prononçant l'expulsion d'un étranger du territoire français porte, en principe, par elle-même, une atteinte grave et immédiate à la situation de la personne qu'elle vise et crée, dès lors, une situation d'urgence justifiant que soit, le cas échéant, prononcé la suspension de cette décision.

4. Au soutien de sa demande de suspension de l'exécution de la décision litigieuse, M. B, actuellement incarcéré au centre pénitentiaire de La Farlède (Var) pour vol en récidive en exécution d'un jugement du 8 avril 2024, selon ses écritures, se borne à exposer que l'urgence est présumée. Toutefois, l'intéressé ne soutient pas que sa sortie d'écrou soit imminente, ni même ne précise la durée de sa peine ou ne produit le jugement dont s'agit. Si M. B ajoute qu'en l'état de sa peine, il est éligible à un aménagement, qu'il compte solliciter avec le service pénitentiaire d'insertion et de probation, et que la décision attaquée fait obstacle à l'exécution de tout aménagement qui pourrait lui être concédé, le requérant, qui n'articule aucun argument à l'appui de cette allégation, n'en démontre pas le bien-fondé. Dans ces conditions, M. B n'apporte pas de justifications suffisantes, de nature à établir l'existence d'une situation d'urgence. Par suite, il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête dans l'ensemble de ses conclusions, sans qu'il soit besoin de rechercher si la condition tenant à l'existence de moyens propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision en cause est en l'espèce satisfaite.

ORDONNE :

Article 1er : Il y a lieu d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet du Var.

Fait à Toulon, le 25 septembre 2024.

Le juge des référés,

Signé

JF. SAUTON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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