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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2403120

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2403120

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2403120
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLAGARDERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 septembre 2024, M. C B, représenté par Me LAGARDERE, demande au tribunal sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner au préfet du Var de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de 8 jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

3°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. B soutient que :

- il a été admis le 11 mai 2016 au bénéfice de la protection subsidiaire, a bénéficié d'un titre de séjour du 3 décembre 2019 au 2 décembre 2023, a déposé un dossier dont il a eu confirmation le 9 novembre 2023, sans réponse a de nouveau déposé une demande de renouvellement début avril 2024, puis de nouveau par lettre du 23 aout 2024, a tenté de joindre les autorités sans succès, et a droit au récépissé ;

- la condition d'urgence est remplie, compte tenu des conséquences de l'absence de récépissé sur sa situation, alors qu'il ne peut travailler et subvenir aux besoins de sa famille ;

- la mesure sollicitée est utile et ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ; rien ne démontre que le dossier serait incomplet.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2024, le préfet du Var conclut au non-lieu à statuer sur la requête.

Il soutient que :

- M. B a mal renseigné ses demandes de renouvellement de son titre de séjour, conduisant à des rejets de ses demandes et à des retards dans la prise en charge de son dossier ;

- le préfet du Var a été diligent dans le traitement de ce dossier.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Sauton, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991: " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision." et aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. Saisi sur ce fondement d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

4. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande () ". L'article R. 431-14 du même code énumère les cas dans lesquels le récépissé de demande de titre de séjour vaut autorisation de travail.

5. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour a le droit, s'il a déposé un dossier complet, d'obtenir un récépissé de sa demande qui vaut autorisation provisoire de séjour.

6. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

7. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'injonction de délivrance d'un récépissé, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du défaut de délivrance sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce récépissé.

8. En l'espèce, pour justifier d'une situation d'urgence, M. B expose que la condition d'urgence est remplie, compte tenu des conséquences de l'absence de renouvellement de son titre de séjour sur sa situation, alors qu'il ne peut travailler et subvenir aux besoins de sa famille. Toutefois, si M. B est bénéficiaire de la protection subsidiaire, il résulte de l'instruction que l'intéressé, dont le titre de séjour expirait le 2 décembre 2023, a mal renseigné ses demandes successives de renouvellement en les fondant sur les qualités de " conjoint au titre du regroupement familial ", puis de " membre de famille A ", ensuite de " mineur devenant majeur né en France ", alors que M. B a vocation à un titre de séjour en qualité de bénéficiaire en son nom personnel de la protection subsidiaire, et en mentionnant le code postal 98800 qui ne correspond pas à son département de résidence. Prenant en compte ces difficultés, le préfet du Var a, par courriel du 24 avril 2024 adressé à l'assistante sociale de l'intéressé, offert la possibilité de l'accompagner à l'occasion d'un rendez-vous pris via un lien destiné aux " étrangers qui rencontrent des difficultés dans la saisie informatique de leur dossier ", sans que l'intéressé ne s'en empare. Les services du préfet ont enfin, à titre exceptionnel, envoyé au requérant un formulaire papier de demande de titre de séjour. Dans ces conditions, la situation d'urgence qu'invoque M. B est moins imputable à l'administration qu'à son propre fait. Par suite, M. B, qui a la faculté de déposer une demande correspondant à sa situation, ne justifie pas de l'existence d'une situation d'urgence rendant nécessaire l'intervention d'une mesure provisoire édictée par le juge des référés dans de brefs délais. Par suite, il y a lieu de rejeter la requête pour défaut d'urgence.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, à Me Lagardère et au préfet du Var.

Fait à Toulon, le 9 octobre 2024.

Le juge des référés,

Signé

JF. SAUTON

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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