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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2403187

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2403187

jeudi 9 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2403187
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon, statuant en formation collégiale, a annulé l'arrêté du préfet du Var du 5 septembre 2024 obligeant M. A, ressortissant tunisien, à quitter le territoire français sans délai et prononçant une interdiction de retour de trois ans. La décision est motivée par l'insuffisance de motivation du refus de délai de départ volontaire, le préfet n'ayant pas précisé sur quel cas prévu à l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) il se fondait. Par voie de conséquence, l'interdiction de retour a également été annulée, faute pour le préfet d'avoir examiné les critères de l'article L. 612-10 du CESEDA. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 septembre 2024, M. B A, représenté par

Me Akacha, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 septembre 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit un retour sur le territoire français pour une durée de 3 ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours et de mettre fin à son signalement dans le système d 'information Schengen dans un délai de huit jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

M. A soutient que les décisions attaquées :

- sont entachées d'incompétence ;

- sont insuffisamment motivées et sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation ;

- méconnaissent l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaissent les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Harang ;

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public ;

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né en 1986, déclare être entré en France en 2023 et ne plus avoir quitté le territoire français. Il a été arrêté et placé en garde à vue à la suite d'un contrôle d'identité le 5 septembre 2024 et a fait l'objet d'un arrêté le même jour par lequel le préfet du Var lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur l'absence de délai de départ volontaire :

2. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. "

3. Pour refuser un délai de départ volontaire au requérant, l'arrêté en litige indique, après avoir seulement exposé que celui-ci n'avait effectué aucune démarche administrative pour régulariser sa situation en France, que " ces éléments ne justifient pas qu'un délai lui soit accordé pour quitter le territoire ". Dans ces conditions, l'arrêté attaqué, qui ne contient aucune motivation au regard d'au moins l'un des cas prévus par l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne permet pas à M. A de comprendre les motifs du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire. Par suite, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.

Sur la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de 3 ans :

4. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code précité : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

5. En raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte annulé ou qui sont en l'espèce intervenues en raison de l'acte annulé. Il en va ainsi, notamment, des décisions qui ont été prises en application de l'acte annulé et de celles dont l'acte annulé constitue la base légale. En l'espèce, l'annulation de la décision de refus de départ volontaire a pour conséquence d'annuler l'interdiction de retour sur le territoire français dès lors que celle-ci est intervenue en raison de cette décision.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 3 ans.

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre à l'administration préfectorale de supprimer, dans un délai d'un mois, le signalement aux fins de non-admission de M. A dans le système d'information Schengen résultant de cette interdiction de retour sur le territoire français.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

8. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, publié le même jour au recueil n°156 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Var a donné délégation à

Mme C, sous-préfète de l'arrondissement de Draguignan, signataire de l'arrêté en litige, à effet de signer notamment la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision querellée manque en fait et doit donc être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration relatif à la motivation des actes administratifs : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent () " et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". L'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".

10. Il ressort de la lecture de l'arrêté querellé, que les diverses décisions qu'il contient visent notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 611-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit. Il précise que M. A est entré sur le territoire national à une date indéterminée et s'y est maintenu de façon volontaire sans effectuer les démarches nécessaires à la régularisation de sa situation administrative, que le couple et leurs deux enfants, sont tous de nationalité tunisienne et que, compte tenu de ces éléments, la mesure d'éloignement ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit et au respect de sa privée et familiale. L'arrêté contesté comporte ainsi l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui fondent la décision portant obligation de quitter le territoire français et révèle en outre que le préfet a procédé à un examen complet de la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du CESEDA : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ".

12. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou de l'une des stipulations d'un accord international, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code ou stipulation de cet accord, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Dans ces conditions, M. A n'ayant pas expressément saisi le préfet d'une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet n'ayant pas examiné d'office le droit au séjour de l'intéressé sur ce fondement, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut être utilement invoqué.

Sur les frais liés au litige :

13. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions du requérant présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions portant refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de supprimer le signalement de M. A aux fins de non admission dans le système d'information Schengen.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Harang, président,

M. Karbal, conseiller

Mme Montalieu, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2025.

Le président-rapporteur,

Signé

Ph. HARANG L'assesseur le plus ancien,

Signé

Z. KARBAL La greffière,

Signé

A. CAILLEAUX

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°24031870000

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