vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2403193 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | BATAILLE JOEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 et 30 septembre et 9 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Bataille, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° 83-2024-1320 du 23 septembre 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai ;
2°) d'annuler l'arrêté n° 83-2024-1320 du 23 septembre 2024 par lequel le préfet du Var l'a assigné à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet du Var de lui octroyer un titre de séjour ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 400 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
En ce qui concerne les moyens communs aux deux décisions attaquées :
- les arrêtés sont entachés d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- les arrêtés sont entachés de défaut de motivation et de défaut d'examen de sa situation ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- les arrêtés sont entachées d'errer manifeste d'appréciation ; il a signé un contrat de travail à durée indéterminée ; il n'a aucune mention sur son casier judiciaire ;
- les arrêtés portent atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et il justifie d'une situation personnelle, familiale stable sur le territoire français ; il est titulaire d'un passeport en cours de validité ; il ne présente aucun risque de fuite ;
- les arrêtés méconnaissent les dispositions de l'article L. 233-1 à L. 233-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il n'a plus de famille au Maroc ; il ne trouble pas l'ordre public ;
En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire
- cette décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.
- cette décision sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.
Un mémoire a été enregistrée le 4 octobre 2024 pour le préfet du Var. Il conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Faucher pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 octobre 2024 à 15h :
- le rapport de Mme Faucher, magistrate désignée ;
- les observations de Me Bataille pour le requérant, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens. Il ajoute que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de base légale en visant les dispositions de l'article L. 611-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au lieu de l'article L. 611-1 3° du même code. Il insiste sur le fait que le requérant partage sa vie avec une ressortissante espagnole, avec qui il est marié civilement depuis le 21 décembre 2021, que son épouse vit en France depuis l'âge de 12 ans et que tous les membres de sa famille vivent en France ; il revient enfin sur l'absence de délai de départ volontaire ;
- le préfet du Var n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain né le 8 octobre 1995, déclare être entré irrégulièrement en France en 2014. Il demande au tribunal d'annuler les décisions du 23 septembre 2024 par lesquelles le préfet du Var lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3° ". L'article L. 233-2 du même code dispose que : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. Il en va de même pour les ressortissants de pays tiers, conjoints ou descendants directs à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées au 3° de l'article L. 233-1 ".
3. D'une part, il résulte de ces dispositions que le ressortissant d'un Etat tiers ne dispose d'un droit au séjour en France en qualité de conjoint d'un citoyen de l'Union européenne que dans la mesure où son conjoint remplit lui-même les conditions, alternatives et non cumulatives, fixées au 1° ou au 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. D'autre part, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que la condition relative à l'exercice d'une activité professionnelle en France doit être regardée comme satisfaite si cette activité est réelle et effective, à l'exclusion des activités tellement réduites qu'elles se présentent comme purement marginales et accessoires. La relation de travail est caractérisée par la circonstance qu'une personne accomplit pendant un certain temps, en faveur d'une autre et sous la direction de celle-ci, des prestations en contrepartie desquelles elle touche une rémunération. Ni la nature juridique particulière de la relation d'emploi au regard du droit national, ni la productivité plus ou moins élevée de l'intéressé, ni l'origine des ressources pour la rémunération, ni encore le niveau limité de cette dernière ne peuvent avoir de conséquences quelconques sur la qualité de travailleur.
5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des bulletins de salaire de l'épouse du requérant, Mme D, ressortissante espagnole, que celle-ci est employé depuis le mois d'aout 2023 comme chargée de clientèle auprès de la société Vitalliance. Entre les mois d'aout 2023 et mars 2024, elle a été rémunérée entre 560 et 960 euros net par mois. A compter du mois d'avril 2024, sa rémunération varie entre 1 600 et 2 000 euros net par mois. Les conditions d'activité professionnelle de l'épouse du requérant et les rémunérations qu'elle a perçues à raison de cet emploi, ainsi que la pérennité de cette activité, permettent de la regarder comme réelle et effective, et ne pouvant être considérée comme accessoire. Dans ces conditions, l'épouse de M. B satisfaisait, en l'état de l'instruction et à la date de l'arrêté attaqué, à la condition énoncée au 1° de l'article L. 233-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. M. B et Mme C sont mariés civilement depuis le 21 décembre 2021.
7. Par suite, M. B est fondé à soutenir qu'en ne vérifiant pas au préalable s'il pouvait, ou non, prétendre au bénéfice d'un titre de séjour de plein droit, notamment au regard des dispositions citées ci-dessus au point 2, en qualité de conjoint d'un citoyen de l'Union européenne, le préfet du Var a entaché l'arrêté contesté d'un défaut d'examen de sa situation particulière.
8. Il y a lieu, dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, d'annuler l'arrêté du préfet du Var, par lequel ce dernier a fait obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai, ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation de la décision du même jour portant assignation à résidence du requérant.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Aux termes de l'article L.614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
10. En l'espèce, l'arrêté en litige portant obligation de quitter le territoire français ne comporte pas de décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.
11. Par suite, compte-tenu des motifs d'annulation retenus par le présent jugement et des dispositions citées au point 9 ci-dessus, l'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet du Var, de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
12. Il est également enjoint au préfet du Var de mettre fin sans délai à la mesure d'assignation à résidence prononcée le 23 septembre 2024 et de restituer à M. B ses documents d'identité.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E
Article 1er : Les deux arrêtés n° 83-2024-1320 du 23 septembre 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et assignation à résidence sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de délivrer à M. B, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Var de mettre fin sans délai à la mesure d'assignation à résidence prononcée le 23 septembre 2024 et de restituer à M. B ses documents d'identité.
Article 4 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à A B et au préfet du Var.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
La magistrate désignée,
Signé
S. Faucher
La greffière,
Signé
L.Aparicio
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026