jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2403202 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge des référés |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Comyn, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 août 2024 du préfet du Var portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa demande d'asile et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est entré en France accompagné de son épouse et de leurs deux enfants ; ses enfants sont scolarisés ; ils sont intégrés dans la société française.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les demandes d'asiles du requérant ont été rejetées ; l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français a été confirmé par le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne ;
- l'arrêté attaqué ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; la famille vit en situation irrégulière sur le territoire français ;
- la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas disproportionnée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 novembre 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulon.
Le président du tribunal a désigné Mme Chaumont, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 614-1 à L. 614-4 et L. 614-16 à L. 614-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 5 décembre 2024 le rapport de Mme Chaumont, magistrate désignée.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien, né le 4 juin 1985, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 août 2024 par lequel le préfet du Var a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. Pour prendre l'arrêté attaqué, le préfet du Var s'est fondé sur la circonstance que M. B n'avait pas exécuté une précédente obligation de quitter le territoire français le 30 janvier 2023.
4. M. B soutient être entré irrégulièrement en France le 25 décembre 2021. Il ressort des pièces du dossier qu'il a présenté, avec son épouse, une demande d'asile. Par des décisions du 17 mars 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 15 décembre 2022, leurs demandes d'asile ont été rejetées. Ainsi, à la date de la décision attaquée, M. B justifie d'une présence en France d'environ trois ans. S'il soutient être marié et père de deux enfants, il est constant que son épouse, également de nationalité tunisienne, est en situation irrégulière. Par ailleurs, s'il se prévaut également de la scolarisation de ses deux enfants, il ressort des pièces du dossier que ses filles, nées en Tunisie en 2018, sont scolarisées en cours préparatoire à la date de la décision attaquée. Ainsi, et bien que le requérant se prévale de son insertion dans la société française, eu égard à l'ancienneté de sa présence en France et à sa situation familiale, il n'établit pas être dans l'impossibilité de poursuivre une vie privée et familiale normale dans son pays d'origine, où il n'est pas dépourvu d'attaches familiales et où il a vécu jusqu'à l'âge de 36 ans. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que, en prenant l'arrêté attaqué, le préfet du Var a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Var.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur, au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Toulon et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
La magistrate désignée,
Signé
A-C. CHAUMONT
La greffière,
Signé
L. APARICIO
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière.
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