vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2403226 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2024, M. A C représenté par la Selas CDL Avocats, agissant par Me de Luca, demande au juge des référés de :
- ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du Préfet du Var rejetant son recours gracieux tendant à la restitution les catégories de permis A1, A, A2, C1, CBE, C1E et CE sur son permis de conduire en supplément du permis B et B1 ;
- enjoindre au Préfet du Var et au Ministre de l'Intérieur de lui restituer les catégories de permis A1, A, A2, C1, CBE, C1E et CE sur son permis de conduire en supplément du permis B et B1 dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir ;
- De condamner l'Etat à lui payer la somme de 2 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- La décision contestée a pour l'empêcher d'exercer son métier de chauffeur routier, il y a donc urgence à suspendre ;
- avant l'invalidation de son permis de conduire, il était titulaire des permis des catégories A, A2, A, B1, B, C, C1, BE, C1E, CE. En conséquence, l'obtention du nouveau permis de conduire aurait dû lui permettre d'obtenir A, A2, A, B1, B, C, C1, BE, C1E, CE ;
- la décision d'annulation vise les hypothèses où le titulaire du permis de conduire perd le droit de conduire malgré un nombre de points suffisant ; tandis que l'invalidation du permis précitée ne correspond qu'à l'hypothèse où le conducteur ne dispose plus de points sur ledit permis
Par un mémoire enregistré le 4 octobre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que celle-ci est mal dirigée et qu'en tout état de cause que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 14 octobre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le numéro 2403237 par laquelle M. A C demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de la route ;
- l'arrêté du 17 janvier 2013 portant application de l'article D. 222-8 du code de la route et fixant les conditions et modalités d'obtention du permis de conduire au vu des diplômes, certificats ou titres professionnels de conducteur routier ;
- le code de justice administrative.
Le vice-président du Conseil d'Etat a désigné M. B en qualité de président du Tribunal par intérim par arrêté du 30 septembre 2024.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 16 octobre 2024, M. B a lu son rapport et entendu les observations de Me de Luca pour M. A C.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
2. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre ; il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. M. A C a fait l'objet d'une invalidation de son permis de conduire. La date de remise du titre en raison de sa perte a été fixée au 19 octobre 2023. Le 22 avril 2024, il a effectué sa demande de permis de conduire. Le 6 juin 2024, il lui a été attribué un nouveau permis de conduire pour la seule catégorie B. Or, le requérant était titulaire, avant ladite invalidation, des permis des catégories A, A2, A, B1, B, C, C1, BE, C1E, CE. Le 1er juillet 2024, il a vainement présenté un recours gracieux visant à la restitution du permis de conduire incluant les catégories A, A2, A, C, C1, BE, C1E, CE.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
En ce qui concerne l'urgence :
4. En l'espèce, il est constant que M. C exerçait la profession de chauffeur poids lourds jusqu'à ce que soit prononcée l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul. Par suite, la décision par laquelle le préfet du Var n'a pas accueilli la demande formulée quant à la restitution des catégories de permis A1, A, A2, C1, CBE, C1E et CE sur son permis de conduire porte une atteinte grave et immédiate à l'exercice par l'intéressé de sa profession de chauffeur " poids lourd ". Dès lors, eu égard aux conséquences qu'a cette décision sur l'activité professionnelle et la situation financière de M. C, la condition d'urgence fixée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie ;
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
5. Le moyen tiré de ce que le point III de l'article 5 de l'arrêté du 17 janvier 2013 portant application de l'article D. 222-8 du code de la route et fixant les conditions et modalités d'obtention du permis de conduire au vu des diplômes, certificats ou titres professionnels de conducteur routier, a fait l'objet d'une mauvaise interprétation par le préfet du Var est manifestement de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision par laquelle le préfet du Var a opposé un refus quant à la restitution des catégories de permis A1, A, A2, C1, CBE, C1E et CE sur le permis de conduire de M. C doit être suspendue.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. La suspension prononcée implique nécessairement que le préfet du Var restitue à titre provisoire son permis de conduire à M. C, contenant les catégories de permis A1, A, A2, C1, CBE, C1E et CE, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision et dans l'attente du jugement du tribunal statuant sur la demande d'annulation déposée par M. C.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.
Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle le préfet du Var a opposé un refus quant à la restitution des catégories de permis sur le permis de conduire de M. C est suspendue.
Article 2 : Le préfet du Var restituera à titre provisoire son permis de conduire à M. C, contenant les catégories de permis A1, A, A2, C1, CBE, C1E et CE, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision et dans l'attente du jugement du tribunal statuant sur la demande d'annulation déposée par M. C.
Article 3 : L'Etat est condamné à verser 1 500 euros à M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C, au préfet du Var et à l'agence nationale des titres sécurisés.
Fait à Toulon, le 18 octobre 2024.
Le président du Tribunal par intérim,
signé
Ph. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Le greffier
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026