mercredi 2 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2403259 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er octobre 2024, M. B A, représenté par Me Dragone, demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 22 avril 2024 par lequel le préfet du Var l'a expulsé du territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var et au ministre de l'intérieur de suspendre immédiatement toutes diligences visant à l'éloigner vers son pays d'origine ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie ;
- l'arrêté attaqué porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de sa vie privée et familiale ; il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation car le risque de menace grave à l'ordre public n'est pas caractérisé.
Vu :
- les pièces complémentaires reçues le 2 octobre 2024 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Cros en qualité de juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Selon l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire () ". Enfin, en vertu de l'article L. 522-3 de ce code, le juge des référés peut, lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou apparaît manifestement mal fondée, la rejeter par une ordonnance motivée sans instruction ni audience.
2. La condition d'urgence posée par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce. Le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement de ces dispositions doit justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur ce fondement. La circonstance qu'une atteinte à une liberté fondamentale, portée par une mesure administrative, serait avérée, n'est pas de nature à caractériser, à elle seule, l'existence d'une situation d'urgence au sens de cet article. Lorsqu'un requérant fonde son action, non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du même code, mais sur la procédure particulière instituée par l'article L. 521-2, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cet article soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
3. La présomption d'urgence dont se prévaut M. A à l'égard d'une décision d'expulsion d'un étranger du territoire français concerne la procédure de référé-suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative et non celle de référé-liberté prévue à l'article L. 521-2 du même code, engagée en l'espèce. Au demeurant, cette présomption est réfragable. Par ailleurs, l'intéressé se borne à soutenir que la mise à exécution de l'arrêté attaqué est imminente car sa période de placement en centre de rétention administrative s'achève le 4 octobre 2024. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. A a reçu notification de cet arrêté d'expulsion avec la mention des voies et délais de recours le 23 avril 2024. S'il a présenté un recours en annulation qui est pendant devant le tribunal de céans (n° 2401974), il ne soutient pas avoir formé un référé-suspension. Ainsi, en attendant le 1er octobre 2024 pour engager un référé-liberté, soit plus de cinq mois après la notification de l'acte litigieux, le requérant s'est placé lui-même dans une situation d'urgence en raison de sa propre négligence à saisir le juge des référés en temps utile. Dès lors, la condition d'urgence n'est pas remplie.
4. Au surplus, en se bornant à faire état de l'ancienneté de son séjour en France et de la présence de membres de sa famille sur le territoire français, M. A, qui est célibataire et sans enfant, ne démontre aucune atteinte grave et manifestement illégale portée par l'arrêté attaqué au droit au respect de sa vie privée et familiale. Au demeurant, le passeport et l'acte de kafala versés au dossier sont illisibles. Enfin, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne repose sur aucune liberté fondamentale et les prétendus efforts de réinsertion de l'intéressé ne sont étayés par aucune pièce. Dès lors, la demande apparaît manifestement mal fondée.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative, y compris ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du même code.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Copie en sera adressée au préfet du Var et au ministre de l'intérieur.
Fait à Toulon, le 2 octobre 2024.
Le juge des référés,
signé
F. CROS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
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