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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2403329

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2403329

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2403329
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Toulon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de refus de titre de séjour opposée à M. B par le préfet du Var. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, le requérant ne justifiant pas de circonstances particulières rendant nécessaire une mesure provisoire immédiate, alors qu'il ne détenait pas de titre de séjour antérieur. La décision a été prise sur le fondement des articles L. 521-1 et L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Colas, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite née le 7 décembre 2023 par laquelle le préfet du Var lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre, à titre principal au préfet du Var de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou portant la mention " salarié ", et ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail et de procéder au réexamen de sa situation administrative, et ce, dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- une décision implicite de rejet est née 4 mois après le dépôt d'une demande de titre de séjour le 7 aout 2023 ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il ne peut pas justifier de la régularisation de sa situation administrative et que cela entraîne des difficultés auprès de son employeur dans le cadre de son activité professionnelle qui pourrait le licencier ;

- sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée les moyens tirés : d'une part, du défaut de motivation révélant un défaut d'examen de sa situation personnelle, d'autre part, de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L.423-23 et L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il justifie avoir établi le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français, qu'il y réside de manière habituelle depuis six années et qu'il exerce une activité professionnelle.

Vu :

- la requête n° 2403318 enregistrée le 4 octobre 2024 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision susvisée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Sauton, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier si la condition d'urgence est remplie compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe satisfaite dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

3. En l'espèce, pour justifier d'une situation d'urgence, M. B se borne à se prévaloir avoir déposé le 3 août 2023, reçue le 7 août, une demande de titre de séjour et que l'impossibilité matérielle d'obtenir une réponse à sa demande porte atteinte à ses droits puisqu'il se trouve, de ce fait, maintenu en situation de séjour précaire, provoquant des difficultés auprès de son employeur dans le cadre de son activité professionnelle, qui pourrait le licencier. Toutefois, si M. B allègue être entré en France en 2018 et y demeurer depuis, l'intéressé ne justifie ni même n'allègue y résider sous couvert d'un document de séjour, ni même avoir effectué des démarches avant l'année 2023 en vue de régulariser sa situation administrative. Dans ces conditions, la situation d'urgence qu'invoque M. B est moins imputable à l'administration qu'à son propre fait. Par ailleurs, M. B ne justifie d'aucune circonstance particulière au regard de la durée et des conditions de son séjour en France, de la date et du fondement de sa demande de titre de séjour ou de sa situation personnelle et familiale, impliquant que sa demande de titre de séjour soit examinée prioritairement par rapport à celles d'autres ressortissants étrangers se trouvant dans la même situation. A cet égard, le requérant, qui soutient avoir été recruté en qualité d'agent de service dans le secteur du nettoyage industriel dès l'année 2018 et y poursuivre son activité auprès du même employeur depuis 5 ans, ne démontre pas le risque d'être licencié par celui-ci. Dans ces conditions, M. B ne justifie pas de l'existence d'une situation d'urgence rendant nécessaire l'intervention d'une mesure provisoire édictée par le juge des référés dans de brefs délais.

4. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner s'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, il y a lieu de rejeter la requête pour défaut d'urgence.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera remise pour information au préfet du Var.

Fait à Toulon, le 11 octobre 2024.

Le juge des référés,

Signé

JF. SAUTON

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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