jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2403388 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 octobre 2024, la SA Bouygues Telecom et la société Cellnex France Infrastructures, représentées par Me Hamri, demandent au tribunal :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 30 mai 2024 par laquelle le maire de la Roquebrussanne s'est opposé à la déclaration préalable de la seconde en vue de l'implantation d'un pylône pour 6 antennes relais sur un terrain cadastré D 441 ;
2°) de lui enjoindre d'y faire droit ou subsidiairement de réexaminer la demande sous un mois et 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de la Roquebrussanne la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Les requérantes sont unies par un mandat.
Sur l'urgence : elle est constituée car compte tenu de l'intérêt public qui s'attache pour chaque opérateur à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile au moyen de ses propres installations et des engagements pris en cette matière par les opérateurs de téléphonie mobile toute décision qui fait obstacle à l'implantation d'une station relais emporte un préjudice suffisamment grave et immédiat pour regarder la condition d'urgence comme remplie puisque ses objectifs de couverture ne sont pas encore atteints dans le secteur considéré.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision, il est constitué car :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'erreur de droit par l'application de l'article A. 2. 1 du règlement du plan local d'urbanisme alors que la commune aurait dû appliquer l'article A. 2. 4 que le projet nécessaire aux services publics ou d'intérêt collectif ne viole pas car il n'est pas incompatible avec l'exercice d'une activité agricole et ne porte pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et agricoles et des paysages.
Vu :
- la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond.
Vu
- le code de l'urbanisme ;
- le plan local d'urbanisme en vigueur ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Privat, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 octobre 2024 :
- le rapport de M. Privat, juge des référés ;
- les observations de Me Anglars pour les requérantes ;
Les parties ayant été informées que l'instruction serait close à l'issue de l'audience en application des dispositions de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
Sur l'urgence :
2. Il ressort des pièces du dossier que le territoire de la commune de la Roquebrussanne n'est que partiellement couvert par les réseaux de téléphonie mobile propres à la société Bouygues Telecom notamment pour la partie du territoire concernée par le projet, outre qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante a déjà rempli ses obligations en termes de couverture. Ainsi - après avoir fait la balance entre les intérêts des deux parties - eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile ainsi qu'aux intérêts propres de la société Bouygues Telecom qui a pris des engagements vis-à-vis de l'Etat quant à la couverture du territoire et de la population par son réseau et ses propres installations, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
3. La décision attaquée doit être regardée comme fondée sur un unique motif de droit tiré de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme l'argumentaire suivant sa citation venant à son soutien. En l'état de l'instruction le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit par l'application de l'article A. 2. 1 du règlement du plan local d'urbanisme alors que la commune aurait dû appliquer l'article A. 2. 4 que le projet nécessaire aux services publics ou d'intérêt collectif ne viole pas car il n'est pas incompatible avec l'exercice d'une activité agricole et ne porte pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et agricoles et des paysages est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Les sociétés requérantes sont, par suite, fondées à demander la suspension de son exécution. En application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme l'autre moyen de la requête ne paraît pas, en l'état du dossier, susceptible de fonder ladite suspension d'exécution.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
4. La présente ordonnance implique nécessairement mais seulement que le maire de la Roquebrussanne prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction sur la demande présentée par la société Cellnex France Infrastructures. Cette nouvelle décision devra intervenir dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer une astreinte.
Sur l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à chacune des parties la charge de ces frais.
ORDONNE
Article 1er : L'exécution de la décision susvisée du maire de la Roquebrussanne du 30 mai 2024 est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la Roquebrussanne de prendre à nouveau une décision après une nouvelle instruction, sur la demande de la société Cellnex France Infrastructures, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la SA Bouygues Telecom, à la société Cellnex France Infrastructures et à la commune de la Roquebrussanne.
Fait à Toulon, le 24 octobre 2024.
Le vice-président désigné,
signé
J-M. PRIVAT
La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
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