vendredi 28 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2403405 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | PACARIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 octobre 2024 et 8 janvier 2025, M. D B, représenté par Me Pacarin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 septembre 2024 par lequel le préfet du Var lui a retiré sa carte de résident et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var, à titre principal de lui restituer sa carte de résident, et à titre subsidiaire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " travail ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant retrait de sa carte de résident a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur de droit à défaut pour les dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de s'appliquer aux cartes de résident délivrées en application des stipulations de l'article 10 a) de l'accord franco-tunisien ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant retrait de titre de séjour.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 janvier 2025, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens sont infondés et sollicite une substitution de base légale au profit de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que la carte de résident délivrée a été obtenue par fraude.
Par une ordonnance du 11 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 janvier 2025.
Un mémoire en défense présenté par le préfet du Var a été enregistré le 24 janvier 2025 sans être communiqué en application des dispositions de l'article R. 613-3 du code de justice administrative.
Un mémoire présenté par le requérant a été enregistré le 27 janvier 2025 sans être communiqué en application des dispositions de l'article R. 613-3 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Martin, rapporteure,
- les observations de Me Pacarin, représentant le requérant,
- le préfet du Var n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B, ressortissant tunisien né le 4 juin 1993, est entré en France le 9 mars 2023 sous couvert d'un visa long séjour et a bénéficié de l'octroi d'une carte de résident valable du 22 mars 2024 au 21 mars 2034 en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Par arrêté du 3 septembre 2024, le préfet du Var a retiré sa carte de résident et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
2. En premier lieu, par un arrêté du 12 avril 2024, publié au recueil des actes administratifs n° 83-2024-069 du 12 avril 2024, le préfet du Var a donné délégation à Mme C E, directrice de cabinet, à l'effet de signer tous actes en matière de police des étrangers. Par suite, Mme E, signataire de la décision contestée, était compétente pour signer la décision portant retrait de carte de résident de
M. B. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " 1. Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français : a) Au conjoint tunisien d'un ressortissant français, marié depuis au moins un an, à condition que la communauté de vie entre époux n'ait pas cessé, que le conjoint ait conservé sa nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état-civil français () ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans à condition qu'il séjourne régulièrement en France depuis trois ans et que la communauté de vie entre les époux n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français (). Elle peut être retirée en raison de la rupture de la vie commune dans un délai maximal de quatre années à compter de la célébration du mariage () ".
5. La possibilité de retrait prévue à l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable aux cartes de résident délivrées sur le fondement de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, dès lors que l'article L. 423-6 renvoie explicitement aux seules cartes de résident délivrées sur le fondement du premier alinéa du même article, dont le régime ne peut être assimilé à celui des cartes de résident délivrées de plein droit aux conjoints tunisiens de ressortissants français mariés depuis au moins un an sur le fondement du a) de l'article 10 de l'accord franco-tunisien. La circonstance que l'article 11 de l'accord franco-tunisien prévoit que ces stipulations ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points qu'il ne traite pas est ainsi sans incidence.
6. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le préfet du Var, qui ne le conteste pas, a commis une erreur de droit en retirant la carte de résident de M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
8. Aux termes de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () un acte administratif unilatéral obtenu par fraude peut être à tout moment abrogé ou retiré ". Un acte administratif obtenu par fraude ne crée pas de droits et, par suite, peut être retiré ou abrogé par l'autorité compétente pour le prendre, alors même que le délai de retrait de droit commun serait expiré. Toutefois, dès lors que les délais encadrant le retrait d'un acte individuel créateur de droit sont écoulés, il appartient à l'administration d'établir la preuve de la fraude, tant s'agissant de l'existence des faits matériels l'ayant déterminée à délivrer l'acte que de l'intention du demandeur de la tromper, pour procéder à ce retrait.
9. Le préfet du Var sollicite une substitution de base légale en faisant valoir que la carte de résident de M. B aurait pu être retirée sur le fondement des dispositions de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il l'a obtenue par fraude en versant à son dossier, de dépôt de demande de titre de séjour, une fausse attestation sur l'honneur de communauté de vie rédigée par son épouse alors que son intention n'a jamais été de construire une cellule familiale mais uniquement de disposer d'un titre de séjour pour se maintenir en France.
10. Il ressort des pièces du dossier que M. B a déposé sa demande de titre de séjour le 28 décembre 2023, en y versant une attestation sur l'honneur de communauté de vie avec son épouse Mme A. Pour soutenir que celle-ci est une fausse attestation, le préfet du Var se prévaut de ce que l'écriture diffère de l'attestation sur l'honneur de fin de communauté de vie. Si cette dernière est effectivement rédigée par Mme A, la première déclaration sur l'honneur, étant signée par M. B et Mme A, elle n'a pas nécessairement été écrite par cette dernière, qui a pu se contenter d'y apposer sa signature. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'attestation de Mme A, que le couple est séparé depuis le 27 juin 2023 suite aux violences dont elle se dit victime et pour lesquelles elle a déposé une plainte, que M. B a ensuite vécu en colocation à Paris jusqu'à la mi-septembre 2023, date à laquelle Mme A l'a à nouveau hébergé le temps qu'il puisse trouver un emploi. Il ressort également des pièces du dossier qu'à compter du 27 juin 2023, la caisse des allocations familiales des Côtes d'Armor a enregistré la séparation de fait entre les époux, et qu'à compter de cette date, M. B dispose de plusieurs adresses, tel qu'il ressort des divers justificatifs qu'il verse au dossier. Il en résulte que l'attestation sur l'honneur de communauté de vie versée au dossier de demande de titre de séjour doit être regardée comme témoignant de l'intention de M. B de contourner les règles relatives au séjour en énonçant une communauté de vie avec son épouse, avec qui il est séparé de fait depuis le 27 juin 2023. Dans ces conditions, le préfet du Var aurait pris la même décision en se fondant sur la fraude pour retirer la carte de résident de M. B.
11. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation tenant à l'absence de violences conjugales et à l'absence de procédure de divorce intentée doit être écarté.
12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
13. Il ressort des pièces du dossier que M. B qui était, à la date de la décision attaquée, marié avec Mme A mais séparé de fait à la suite de violences conjugales pour lesquelles cette dernière a déposé plainte le 27 juin 2023, est entré sur le territoire français en mars 2023. Si l'intéressé justifie, par des bulletins de salaire, avoir travaillé entre avril et septembre 2024 en qualité d'agent polyvalent hôtelier, il n'allègue ni n'établit être titulaire d'un contrat de travail. S'il soutient être bien intégré dans la société française, sa seule affiliation au système de la sécurité sociale est insuffisante à le caractériser, et les diverses formations auxquelles il s'est inscrit sont postérieures à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, en retirant la carte de résident de M. B, qui ne conteste pas avoir de la famille dans son pays d'origine dans lequel il a vécu pendant presque trente ans, le préfet du Var n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen doit être écarté.
14. En cinquième lieu, si M. B soutient que la décision méconnait les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il pourrait bénéficier d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", cette circonstance est sans incidence sur la légalité du retrait de la carte de résident. Par suite, le moyen doit être écarté.
15. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant retrait du titre de séjour ne peut qu'être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Var.
Copie en sera adressée au ministre de l'Intérieur.
Délibéré après l'audience du 7 février 2025 à laquelle siégeaient :
M. Sauton, président,
M. Quaglierini, premier conseiller,
Mme Martin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2025.
La rapporteure,
signé
K. Martin
Le président,
signé
J.-F. Sauton
La greffière,
signé
B. Ballestracci
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026