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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2403407

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2403407

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2403407
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Ce résumé concerne une requête en référé suspension déposée devant le Tribunal Administratif de Toulon par des parents contestant le refus de l’autorisation d’instruire leur enfant en famille pour l’année 2024-2025. Les requérants invoquent une atteinte grave à l’intérêt supérieur de l’enfant, notamment en raison de son état de santé (diabète de type 1) et de la continuité de son instruction à domicile avec ses frères et sœurs déjà autorisés. Ils soutiennent que l’administration a violé les articles L. 131-5 et R. 131-11-5 du code de l’éducation en exigeant des critères excessifs et en commettant une erreur manifeste d’appréciation. La solution retenue par le tribunal n’est pas précisée dans l’extrait fourni, mais la demande porte sur la suspension de la décision attaquée et une injonction sous astreinte, fondée sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 octobre 2024 2024, M. et Mme B représentés par Me Fitzjean Ó Cobhthaigh, demandent au juge des référés de :

A titre principal :

- Suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 16 septembre 2024, par laquelle la commission de l'académie de Nice a rejeté le recours administratif préalable obligatoire exercé à l'encontre de la décision du 8 juillet 2024 par le directeur académique des services de l'éducation nationale du Var, a refusé de leur délivrer l'autorisation d'instruire leur enfant C B au sein de leur famille et rejeté la demande d'autorisation d'instruction en famille pour cet enfant au titre de l'année 2024/2025 ;

- Enjoindre à l'Etat de leur délivrer une autorisation provisoire d'instruire leur enfant C en famille au titre de l'année scolaire 2024/2025, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête en annulation présentée à l'encontre de cette décision, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

A titre subsidiaire :

- Suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision attaquée jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête en annulation présentée à l'encontre de cette décision ;

- Enjoindre à l'Etat de réexaminer leur demande dans un délai de 7 jours calendaires à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

En tout état de cause :

- Mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée porte une atteinte grave et immédiate aux intérêts des exposants et de leur enfant, en ce notamment qu'elle les contraint à le scolariser dès à présent et alors qu'Albertine a exprimé le souhait de poursuivre son instruction en famille et que son état de santé nécessite une surveillance. Cette appréciation est la seule conforme à l'intérêt supérieur de l'enfant, qui se trouverait gravement atteint par la perspective d'une scolarisation contrainte. Il en est d'autant plus ainsi pour une enfant comme C, instruite en famille depuis trois années scolaires, conjointement avec ses trois petits frères et sœurs bénéficiant, eux, d'une autorisation d'être instruits en famille pour l'année à venir, et dont un diabète de type 1 a récemment été diagnostiqué.

- en rejetant la demande d'autorisation aux motifs que les éléments constitutifs de la demande et du recours administratif préalable obligatoire n'établiraient pas une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, l'administration ne s'est pas bornée à contrôler que la demande présentée par les intéressés exposait de manière étayée la situation propre à leur enfant, mais a porté une appréciation et remis en cause l'existence de celle-ci, violant ainsi les dispositions du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation, lues à la lumière des débats parlementaires et autres travaux préparatoires à l'adoption de ce texte, ainsi que du point 76 de la décision n° 2021- 823 DC du 13 août 2021 du Conseil constitutionnel.

- l'administration ne pouvait, sans commettre une erreur de droit, fonder sa décision sur des exigences excédant les seuls critères d'appréciation fixés par les dispositions des articles L. 131-5 et R. 131-11-5 du code de l'éducation.

- les trois frères et sœurs C, conjointement instruits avec elle en famille depuis désormais trois ans, ont chacun fait l'objet d'une autorisation d'instruction en famille pour l'année scolaire 2024-2025. Tout comme ses frères et sœurs, C a fait l'objet de plusieurs contrôles pédagogiques ayant conduit les inspecteurs à conclure à la qualité ainsi qu'à la richesse de l'enseignement dont elle bénéficiait au sein du domicile familial. 101. Une telle situation est en effet parfaitement susceptible de caractériser une " situation propre " à l'enfant au sens du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation.

- c'est par des motifs en totale décorrélation avec la gravité des implications concrètes d'une telle décision sur l'état de santé C, et au prix d'une erreur manifeste d'appréciation, que l'administration s'est bornée à affirmer, sans s'en expliquer plus avant, qu'" [u]n projet d'accueil individualisé pourra être mis en place dans le cadre scolaire, concernant le diabète de l'enfant ".

- c'est au titre d'une erreur manifeste d'appréciation que l'administration a affirmé que le projet éducatif C ne reflétait pas sa situation propre et qu'il n'était " nullement indiqué " qu'il était " dans l'intérêt de l'enfant de justifier d'une instruction en famille en comparaison avec une scolarisation en établissement d'enseignement ".

- en refusant de délivrer aux exposants l'autorisation d'instruire leur enfant C en famille, et en les contraignant ainsi à l'inscrire dans un établissement scolaire, alors qu'un tel mode d'instruction est, dans les circonstances particulières de l'espèce, contraire à l'intérêt supérieur de leur enfant, l'administration a manifestement méconnu l'intérêt supérieur de C, ainsi que l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 2 du premier protocole additionnel à cette convention, l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article 3 de la Convention relative aux droits de l'enfant du 20 novembre 1989.

- la décision attaquée est irrégulière, dès lors qu'insuffisamment motivée, contrairement aux exigences des dispositions combinées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

- il n'est aucunement justifié de ce que la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure régulière et, en particulier, que la commission académique était valablement composée et que le quorum était atteint, conformément aux règles fixées par les articles D. 131-11-11 et D. 131-11-12 du code de l'éducation.

Par un mémoire enregistré le 21 octobre 2024, la rectrice de l'académie de Nice conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie et qu'en outre les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le numéro 2403390 par laquelle M. et Mme B demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- Le code de l'éducation

- Le code de justice administrative.

Le vice-président du Conseil d'Etat a désigné M. A en qualité de président du Tribunal par intérim par arrêté du 30 septembre 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 22 octobre 2024, M. A a lu son rapport et entendu les observations de Me Bernardi pour M. et Mme B.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

2. M. et Mme B ont adressé à l'administration académique une demande d'autorisation d'instruction en famille au titre de l'année scolaire 2024-2025, pour leur enfant C sur le fondement du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation. Par décision du 8 juillet 2024, un refus explicite leur a été opposé par le directeur académique des services de l'éducation nationale du Var. Par décision du 16 septembre 2024, la commission de l'académie de Nice a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire.

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. En l'espèce, la décision en litige est de nature à modifier de manière importante la situation de l'enfant C et de sa famille du fait d'une situation propre et préjudiciable faisant obstacle à l'inscription dans un établissement d'enseignement, alors que sa scolarisation ne serait pas conforme à ses besoins. La condition d'urgence prévue pas les dispositions citées au point précédent doit, dans les circonstances de l'espèce, être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :

5. Les articles L. 131-2 et L. 131-5 du code de l'éducation, dans leur version applicable jusqu'au 31 août 2022, prévoient que l'instruction obligatoire peut être donnée soit dans les établissements ou écoles publics ou privés, soit dans les familles par les parents, ou l'un d'entre eux, ou toute personne de leur choix et soumet l'instruction dans la famille à un simple régime de déclaration. Le troisième alinéa de l'article L. 131-10 du même code prévoit un contrôle au moins une fois par an pour vérifier que l'instruction dispensée au même domicile l'est pour les enfants d'une seule famille et que l'enseignement assuré est conforme au droit de l'enfant à l'instruction tel que défini par le code de l'éducation.

6. L'article 49 de la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République a modifié le régime de l'instruction dans la famille à compter de la rentrée scolaire 2022. Il a modifié l'article L. 131-2 du code de l'éducation pour prévoir qu'à compter du 1er septembre 2022, l'instruction obligatoire sera donnée dans les écoles et établissements d'enseignement et qu'elle ne pourra, par dérogation, être dispensée en famille par les parents ou par toute personne de leur choix, que sur autorisation délivrée dans les conditions fixées à l'article L. 131-5 du même code.

7. En vertu de l'article L. 131-5 du code de l'éducation, dans sa version applicable à compter de la rentrée scolaire 2022, l'autorisation d'instruction dans la famille est accordée, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant, pour quatre motifs distincts : 1°) l'état de santé de l'enfant ou son handicap, 2°) la pratique d'activités sportives ou artistiques intensives, 3°) l'itinérance de la famille en France ou l'éloignement géographique de tout établissement scolaire public et 4°) l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif d'instruction en famille. Le législateur a prévu qu'un décret en Conseil d'Etat préciserait les modalités de délivrance de cette autorisation. Il a également prévu que la décision de refus d'autorisation ferait l'objet d'un recours administratif préalable auprès d'une commission présidée par le recteur d'académie, dans des conditions fixées par décret, dispositions qui figurent désormais aux articles R. 131-11 et suivants du code de l'éducation.

8. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la décision attaquée au motif que l'instruction dans la famille, sur la base du projet pédagogique produit comportant les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de l'enfant ainsi qu'à son état de santé, est la plus conforme à l'intérêt de l'enfant des requérants, est dans les circonstances de l'espèce, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

9. Par suite, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 16 septembre 2024 par laquelle la commission académique de Nice a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé par M. et Mme B contre la décision du directeur des services académiques rejetant la demande d'autorisation d'instruction dans la famille qu'ils ont formée pour leur enfant C au titre de l'année scolaire 2024-2025.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Compte tenu du motif de suspension retenu, ainsi que du caractère provisoire des mesures du juge des référés, la suspension de l'exécution de la décision contestée implique qu'il soit enjoint à la rectrice de l'académie de Nice de délivrer, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de ces décisions, l'autorisation sollicitée dans un délai de 7 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais de l'instance :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. et Mme B de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision de la commission de l'académie de Nice en date du 16 septembre 2024 est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint à la rectrice de l'académie de Nice de délivrer à M. et Mme B, à titre provisoire, l'autorisation d'instruction en famille de leur enfant C pour la rentrée scolaire 2024, dans un délai de 7 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à M. et Mme B une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme B et à la rectrice de l'académie de Nice.

Copie en sera adressée au directeur académique des services de l'éducation nationale du Var

Fait à Toulon, le 22 octobre 2024.

Le président du Tribunal par intérim,

signé

Ph. A

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Le greffier

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