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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2403412

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2403412

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2403412
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Melle Sélina C. Celle-ci demandait à être affectée dans un autre collège que le collège La Marquisanne, en raison de craintes de harcèlement. Le juge a estimé qu'en l'absence de preuve de faits de harcèlement actuels et compte tenu de l'engagement de l'administration à assurer sa protection, la condition d'urgence n'était pas remplie. La requérante a néanmoins été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 octobre 2024 à 10h48, Melle Sélina C, représentée par Mme A C, sa mère, et par Me Jourdaa, avocat, demande au juge des référés du tribunal administratif, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative (CJA) :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au directeur académique des services de l'éducation nationale (DASEN) du Var de la rescolariser dans un établissement adapté à son état de santé, tel que préconisé par le corps médical, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Elle soutient que :

- en refusant sa demande de scolarisation dans un autre collège que le collège La Marquisanne à Toulon, la direction des services départementaux de l'éducation nationale (DSDEN) du Var porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à l'éducation et à la scolarisation ;

- il y a urgence à statuer.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 octobre 2024, la rectrice de l'académie de Nice conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les conditions prévues à l'article L. 521-2 du CJA ne sont pas remplies.

Vu :

- la Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'éducation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative (CJA).

Le président du tribunal administratif par intérim a désigné M. Kiecken pour statuer sur les demandes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique du 17 octobre 2024 à 13h30 :

- le rapport de M. Kiecken, juge des référés,

- les observations de Me Jourdaa, pour la requérante, qui a essentiellement réitéré ses observations écrites ;

- les observations de Melle Sélina C, qui a précisé qu'elle craignait d'être victime de harcèlement de la part d'un groupe de jeunes filles scolarisées à La Marquisanne ;

- et les observations de Mme B, pour la rectrice de l'académie de Nice, qui a indiqué que le collège La Marquisanne était classé REP+, que les services de l'éducation nationale veilleront particulièrement à ce que la requérante ne soit pas victime de tels agissements à La Marquisanne et qu'elle informera la direction du collège de cette situation.

Une note en délibéré présentée pour Melle Sélina C a été enregistrée le 17 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que Melle Sélina C, qui est âgée de 14 ans, a été définitivement exclue du collège Les Pins d'Alep à Toulon au mois de mai 2024 et que la DSDEN du Var l'a affectée en 4ème au collège La Marquisanne à Toulon pour l'année scolaire 2024/2025. Craignant d'être victime de harcèlement de la part d'un groupe de jeunes filles également scolarisées à La Marquisanne, la requérante refuse de suivre les enseignements scolaires à La Marquisanne et présente une anxiété attestée par des certificats médicaux. Par le présent recours, elle doit être regardée comme demandant au tribunal administratif d'enjoindre au DASEN du Var de l'affecter dans un autre collège, comme par exemple le collège Pierre Puget à Toulon.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Eu égard à l'urgence, il y a lieu d'admettre la requérante à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, en application de l'article 20, alinéa 1er, de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur la demande en référé :

3. L'article L. 521-2 du CJA prévoit : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "

4. L'usage par le juge des référés des pouvoirs qu'il tient de ces dispositions est subordonné à la condition qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention dans les 48 heures d'une mesure destinée à la sauvegarde d'une liberté fondamentale.

5. Il résulte de l'instruction que Melle Sélina C a refusé dès la rentrée de suivre les enseignements au collège La Marquisanne au motif du harcèlement dont elle a indiqué à l'audience craindre être de nouveau victime de la part d'un groupe de jeunes filles anciennement scolarisées avec elle aux Pins d'Alep. Face à cet élément nouveau dont la requérante ne faisait pas état dans ses observations écrites, la représentante de la rectrice de l'académie de Nice a indiqué à l'audience que les services de l'éducation nationale veilleraient particulièrement à ce qu'elle ne soit pas victime de tels agissements à La Marquisanne, et elle a pris l'engagement devant le juge des référés d'informer la direction de La Marquisanne de cette situation. En l'état de l'instruction, aucun élément ne vient confirmer que la requérante serait effectivement et actuellement victime de faits de harcèlement à La Marquisanne.

6. Dans ce contexte, il n'apparaît pas qu'une urgence particulière rendrait nécessaire l'intervention, en extrême urgence, d'une mesure de sauvegarde d'une liberté fondamentale prononcée par le juge des référés. Ainsi, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, la demande en référé de Melle Sélina C doit être rejetée.

7. La présente décision ne fait toutefois pas obstacle à ce que Melle Sélina C présente une nouvelle demande en référé dans le cas notamment où, malgré l'obligation des services de l'éducation nationale de prévenir les faits de harcèlement et de prendre en charge les victimes (protocole pHARe), elle serait soumise ou susceptible d'être soumise à une situation de harcèlement dont elle estimerait qu'elle n'est pas correctement prise en charge au collège La Marquisanne.

O R D O N N E :

Article 1er : Melle Sélina C est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Article 2 : La demande en référé de Melle Sélina C est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, à Me Jourdaa et à la ministre de l'éducation nationale.

Copie en sera transmise au préfet du Var et à la rectrice de l'académie de Nice.

Fait à Toulon le 18 octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

A. KIECKEN La greffière,

signé

L. APARICIO La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en cheffe,

Et par délégation,

La gréffière.

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